Versus contra judices, v. 137-142. DiimmltT, p
THÉODULFK. 147
Les auteurs modernes ont conclu de ces vers que Théodulfe était né en Espagne '. La chose est au-dessus du doute, mais elle ne serait pas aussi certaine s'il fallait limiter l'Espagne à la péninsule ibérique. La Gothie, terre plus espagnole que franque, s'étendait jusqu'au Rhône et comprenait la Septimanie, qui en a longtemps retenu le nom; Théodulfe en a rencontré les frontières entre Avignon et Nimes. De 791 à 797, les Sarrasins avaient envahi quatre fois la Septimanie; dans l'automne de 793, après avoir pris Girone, ils s'étaient avancés jusqu'aux portes de Narbonne, et ils avaient mis le pays à feu et à saiig. Les émigrés de l'invasion sarrasine ont été nombreux en 793, et l'on raconte que l'abbaye de Conques a été fondée par eux. Théodulfe, de même, a été chassé de sa patrie par un désastre affreux : inmensis cladibus exuP. Il n'est guère douteux qu'il n'ait été une des victimes de l'invasion de la Septimanie par les Arabes. Le bonheur que Théodulfe éprouve à revoir Carcassonne et le pays de Rasez, c'est-à-dire les contrées mêmes qui ont été ravagées par les Sarrasins ou épouvantées par leur approche, nous fait penser au retour d'un exilé dans sa patrie.
L'histoire du texte biblique confirme absolument l'origine septimanienne de Théodulfe. Deux bibles, dont le texte semble avoir été très rapproché de celui de Théodulfe, se sont longtemps conservées, l'une à Narbonne et l'autre à Carcassonne. D'autre part, nous verrons que le texte de sa bible appartient en grande partie au rameau catalan, que nous avons vu si prompt à pénétrer dans ce qui fut plus tard le Languedoc, et non au groupe léonais, c'est-à-dire à la tradition des Visigoths demeurés indépendants. Mais ce sont là des questions auxquelles nous ne devrions pas encore, pour le moment, donner de réponse. Nous ne pouvons donc suivre MM. Ebert et Dummler, et nous ne pouvons affirmer avec eux que Théodulfe est né au sud des Pyrénées. Les Pyrénées n'étaient pas plus la frontière de l'Espagne qu'elles n'ont été la limite des textes bibliques espagnols. En tous cas, Théodulfe était Visigoth, c'est-à-dire Espagnol.
En quelle année fut-il sacré évêque d'Orléaiis et installé abbé de Fleury? La question est obscure. Il n'était peut-être pas évêque depuis longtemps en 798 ^ La première date que nous puissions fixer dans sa vie est marquée par l'épitaphe qu'il composa à la fin de 794 pour la reine Fastrade. Une bulle sans titre, qui est attribuée à Adrien l^" et qui serait, dans ce cas, antérieure à la Noël de 795, le nomme, en des termes singuliers, pseudoepiscopus " ; il n'était pas encore abbé de Fleury, s'il faut
1. Ainsi, après Mabillon, M. Ediarésiii {Singularités histo7'iques et littéraires , 1861, p. 37), Ebert {Berichte de TAcadéuiie de Leipzig, phil.-hist. Klassc, 1878, fasc. III, p. 9j, et Gesch. der Literatur des MittelaUers, t. II, p. 70) et M. DuDimler (t. I, p. -437).