‹ Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âgeChapitre 116 sur 340 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

La première main.

L'étude des bibles de Théodidfe n'est plus à faire. Le lecteur sait, par Tadmirable étude de M. Delisle, que nous avons conservé deux bibles do Tliéodulfe qui sont, du moins en apparence, plus semblables l'une à l'autre que l'imagination ne saurait le rêver; l'une est conservée à la Bibliothèque nationale (n° 9380) et l'autre au trésor de la cathédrale du Puy. c( L'aspect des deux manuscrits (ainsi s'exprime M. Delisle) est tellement pareil qu'il serait difficile de les distinguer entre eux. Certaines pages pourraient, sans beaucoup d'exagération, se comparer à des épreuves tirées sur une même planche typographique. » Je ne décrirai pas ces deux manuscrits, qui sont au nombre des plus beaux qu'on ait jamais exécutés. Je chercherai seulement à en étudier le texte avec exactitude, à établir les rapports des deux manuscrits entre eux et surtout à déterminer le caractère de leur texte et à reconnaître à quels originaux il a pu être emprunté. L'écriture de l'une et de l'autre est le chef-d'œuvre de la calligraphie du commencement du ix® siècle. Rien ne dépasse, comme finesse et comme élégance, cette gracieuse minuscule écrite, en plus de soixante feuillets de l'un comme de l'autre manuscrit, sur parchemin pourpré, en des traits déliés d'argent rehaussé d'or. Malheureusement l'usage que l'on a fait, depuis le moyen âge, du manuscrit conservé a Paris, l'a beaucoup fatigué. Quant à la bible du Puy, elle est sous la garde d'un prélat dont il me sera permis de louer la bienveillance et l'esprit à la fois chrétien et éclairé.

Le manuscrit de la Ribliothèque nationale appartenait, au temps des bénédictins, à la famille de Mesmes; un rapprochement dû, soit à la vanité, soit à la flatterie, lui a valu le nom de Codex Memmianus. Ce nom, changé par certains érudits de notre temps en Codex Mesmianus, est la cause de l'erreur d'un savant allemand que nous ne nommerons pas, n'étant pas habitué à le prendre en faute et qui fait venir notre manuscrit de l'abbaye de Saint-Mesmin. Tout ce que nous savons des anciennes destinées de notre manuscrit, c'est qu'il appartenait encore, au xi'' siècle, à la cathédrale d'Orléans; une charte de l'an 4025 environ, intéressant l'église d'Orléans et copiée au folio 346 v" sur une page restée blanche, suffit à l'attester. L'admirable écriture du manuscrit, cette petite écriture fine qui fatigue tant les yeux, confirme absolument ce que l'histoire nous a enseigné touchant sa date probable. L'écriture change avec le commen-

cernent du folio 319 (Apoc, xviii, 9 reges). Je n'insiste pas sur quelques fautes de lecture, qui pourraient faire supposer un original visigoth ' ; il faut attacher plus d'importance à l'orthographe du manuscrit, où on lit constamment quur et quum et où M. Corssen a relevé les formes sequuti et quoetaneos: c'est là l'orthographe de plusieurs des plus anciens manuscrits espagnols ^ En revanche, on n'y trouve pas le « bétacisme » espagnol ni les aspirations incorrectes des manuscrits visigoths, et l'orthographt^ en est généralement bonne \ Peut-être n'en pourrait-on pas dire autant de la bible du Puy. Il semble pourtant que l'arbitraire du copiste soit la seule raison d'un assez grand nombre des variantes. L'écriture fine ne peut être rapprochée d'aucune autre, sinon de celle du Codex Cavensis,

Le premier coup d'œil jeté sur notre manuscrit nous révèle une bible de type espagnol. Des disques de couleur, qui ressemblent fort à ceux dont on peut voir des modèles dans les facsimile d'Ewald et Lœwe, séparent les principales parties de la Bible. Ils sont remplis par des formules telles que : ExpUcit ordo propheticus, Incipit ordo agio gr a forum (folio 130 v°). Les livres de la Bible sont en effet partagés, comme dans les plus anciens manuscrits visigoths, en six classes : Ordo legis, ordo prophetarurn, ordo agi ogr a forum, ordo eorum librorum qui in Hebrseorum canone non habeniur, ordo evangelicus et ordo apostolicus. Cette division, on le sait, est enipruntée dans son principe au canon des Hébreux, et elle n'est pas éloignée de celle que saint Jérôme a lui-même pratiquée; c'est pourquoi, la retrouvant dans les meilleurs manuscrits espagnols, des auteurs anciens ont pu croire que la tradition des Bibles de l'Espagne remontait jusqu'à Lucinius Beticus, auquel saint Jérôme avait permis de faire prendre une copie de sa traduction. Le troisième feuillet est occupé par un texte disposé en forme de croix comme le commencement de l'Évangile de saint Mattliieu dans le Codex Cavensis; ce n'est autre chose qu'un extrait des Étymologies d'Isidore de Séville où sont énumérés les livres de la Bible, et nous avons déjà rencontré ce texte en tête de la première bible d'Alcalà. L'ordre même où sont rangés les livres de la Bible varie grandement dans les manuscrits espagnols; la bibh^ de Théodulfe reproduit à peu près exactement l'ordre du Codex Toletanus, et avec une parfaite exactitude celui de la deuxième bible d'Alcalâ, qui est tiré de saint Isidore.

Les sommaires qui précèdent le plus grand nombre des livres de la Bible nous présentent un véritable problème. Un certain nombre de ces

1. Gen., VIII, 21, en marge : animum pour animam. — l Pierke, m, 7 : vasa pour vasu (vasu : harl. S. Gall 907; vaso : am. loi. cav. Puy. icni. B. N. 93).

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