Épîtres de saint Paul
Les Épîtres de saint Paul ne nous présentent pas un texte facile à classer. Les bonnes leçons y sont nombreuses ', mais elles n'y sont pas seules. On en jugera par les citations que voici :
RoM., lY, 18*, à la fiD : sicat stellss cseli et arena maris {== /. g. dem. Sixt.; œtn*. et vers. prov. [fr. 2425] : et sicut).
X, 8* : GDI. scriptura {= toi. dem. B. N. 11553. S. Gall 70).
XII, 6 : secundum gratiam fidei (unique).
XV, 19 : evangelium Christi Domùii nostri [it.].
Ib., 30 : in orationibus vestris lit oretis pro me ad Deum {long. B. N. 10440, 17250**. Bàle B. I. G** [al.] : in orationibus et oretis pro me ad Dominwn).
I. Cor., XI, 24, la seconde moitié du verset est écrite sur un grattage; dans Puy, les mots : quod pro vobis tradetur, manquent, de même que dans S. Gall 70**; dans B. N. 11553, comme dans les bons manuscrits grecs, les mots quod et tradetur sont omis; quod manque dans am. cav.
XV, 55 et 56 : aculeus {= ambstr. toi. cav. Ambr. E. 26 inf.).
Il Cor., I, 6 : om. sive consolamur pro vestra consolatione (^ toi.).
Gal. , II, 2 : qui videbantur prœstantiores (unique).
III, 1 : non credere veritati {= toi. cav. B. N. 1. 2. 6. 254. 10440. 11505. 11533. 17243**. 17250. vall. paul. Berne A. 9).
Ib., 6 : Sicut scriptum est : Credidit Abraham Deo { = fuld. g. S. Gall 70. B. X. 10440. Ambr. E. 26 inf.).
Ib., 28* : neque gentilis (unique).
iv, 26 : mater omnium nostrum {= Ambr. E. 26 inf. et plusieurs Pères).
VI, 1 : in spiritu ?nansuetudi/ns {= fuld. laud. S. Gall 70),
I TiM., II, 3* : salutari nostro (om. Deo) — unique.
Ib., 10* : promittentes castitatem (B. J\. 342* : castitatem vel pietatem).
V, 16 : si quis fidelis vel si qua fidelis (= ambstr. fuld. toi. cav. harl** . vall. paul. S. Gall 70. 75. B. N. 1*. 2. 3. 4*. 6. 10. 47. 254. 309. 343. 11533*. 11932. 16262. 17250*. Zurich. Col, 1. Eins. 6, manuscrit provençal de Lyon).
II TiM., IV, 10 : Gallatia (Puy : Gallaciam ; Galliam : am*. toi. cav. long**. B. N. 11553*; Galaciam : vall.; Galatiam : am** . fuld. dem., etc., Vulg. — La leçon de Tliéodulfe semble être un compromis entre les deux leçons originales).
HÉBR., I, 12* : involves eos {= fuld. arm. harl*. laud*. B, N. 11553. Cambr. Trin. B. 10. 5 [involvens]) .
V, 12 : non cibo forti (unique).
X, 30 : ego reddam, dicit Domimis (unique en latin).
1. Je n'en citerai qu\me. Ei'H., iv, 29 : ad xdificaHonem opportunitatis (= am, fuld. toi. sem. harl*. don. Metz 7*. Genève 1*. Miin. 6229, Berne A. 9. B. N. 4**. 6. 11553*. 17243).
J'ai surtout attiré l'attention sur les leçons singulières ou même uniques de notre manuscrit. Si nous faisons abstraction de ces particularités, notre texte nous apparaîtra comme un texte assez fortement mêlé, où les leçons des manuscrits visigoths tiennent une large place. Mais il ne faudrait pas céder à l'entraînement et ranger sans examen notre texte parmi les textes espagnols, car, si on le compare avec les manuscrits Toletanus et Cavensis, on trouvera plus de désaccords que de ressemblances'. Néanmoins la notion d'un texte espagnol est chose si variable, et les textes espagnols diffèrent tellement entre eux, qu'à tout prendre nous devons attacher plus d'importance aux ressemblances qu'aux dissidences, et nous pouvons en tous cas ranger le texte de saint Paul, sinon parmi les textes espagnols, du moins à leur suite.
Dans les parties extérieures des Épîtres de saint Paul, tout est espagnol. La Théologie paulinienne de Priscilli(^n, la préface de Peregrinus, l'énumération des tesiimonia de Veteri Testamento tirés de chaque Epître, les préfaces empruntées à saint Isidore et, en général, les accessoires du texte, tout l'extérieur de l'édition, en un mot, est dans les traditions espagnoles. Les sommaires des Épîtres de saint Paul sont également ceux des manuscrits espagnols; il en est de même de l'appareil assez compliqué de chapitres et de renvois qui est sur les marges de notre maimscrit. On y voit en effet deux séries différentes de chapitres et tout un système de renvois aux a canons » de Priscillien. Tout ceci est encore l'héritage des textes espagnols ou, pour mieux dire, de l'édition de Peregrinus. Au reste, la division en chapitres (la principale, celle qui correspond aux sommaires) paraît, dans notre manuscrit et dans ceux de sa famille, moins ancienne que celle par canons. Les chapitres ne sont pas même toujours accompagnés d'une lettre rouge. Ces chapitres sont évidemment plaqués; ils commencent parfois au milieu d'une phrase, ainsi, Phil., m, 4, quamquam est le dernier mot du chapitre m, et le chapitre iv commence avec ego haheam. Peut-être l'édition de Priscillien comprenait-elle les paragraphes, petits et nombreux, qu'a conservés la bible de Théodulfe; il est fort probable qu'elle ne connaissait pas les sommaires des manuscrits espagnols, qui sont aussi ceux de notre bible.
J'ai dit que les numéros des canons de Priscillien sont marqués sur la marge, soit simplement par leur numéro, soit par un chiffre précédé de la lettre K {kanon ou plutôt kapitulum, suivant l'orthographe espagnole). 11 est un chiffre, fréquemment employé, que je ne peux comprendre, c'est celui-ci : K. QS. Le même signe est employé dans le Codex Toletanus.
1 . Parmi les leçons de TÉpître aux Galatos (fiio M. Corsson regarde eooime mauvaises. 22 sont propres à Théodulfe, 7 communes à Tliéiul . à lof. et à car . W à Théod. et à toL, 3 à Théod. et à car. Parmi le nu^me choix de h'çons. (of. a 12 leçons propres et cav. en a 0, Tuu el Paufre ont 1 j leçons en commun eonire Théod.. et en tout 22 leçons en commun.
La slicliométrie des Épîtres de saint Paul présente un caractère tout particulier : elle ne se retrouve, à peu près complètement, que dans les anciens manuscrits de Saint-Gall, écrits par Winitharius ou par Hartmut; les manuscrits méridionaux (B. N. 7. 321; 11553), dont l'un provient de Carcassonne, un autre du Languedoc et le troisième peut-être des bords du Rhône, montrent quelques-uns des chiffres de la bible de Théodulfe.
En résumé, les Épîtres de saint Paul, dans la bible de Théodulfe, représentent la recension espagnole, mais altérée par un élément qu'on ne peut appeler que languedocien.