‹ Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âgeChapitre 134 sur 340 · LA BIBLE DU PUY · texte numérisé non relu

LA BIBLE DU PUY

11 est temps d'aborder l'examen de la bible du Puy et de la comparer avec le manuscrit de Mesmes. Nous ne savons rien de son histoire, sinon que, d'après une note reproduite par M. Delisle, elle appartenait en 1511 à Pierre Rostaing, chanoine du Puy et en même temps chanoine-comte de Lyon. Il serait superflu d'insister, après la démonstration qu'en a donnée M. Delisle, sur la ressemblance presque parfaite des deux manuscrits, ressemblance beaucoup plus grande pour l'extérieur des manuscrits que pour leur texte môme. La bible du Puy est copiée avec moins de soin que le manuscrit de Mesmes. On y remarque d'assez nombreuses fautes de copie ; je n'en citerai qu'une : nomen pour semen, Rom., iv, 8. De même que le manuscrit de Mesmes, la bible du Puy a été corrigée, mais elle l'a été beaucoup moins. On y remarque un certain nombre d'additions et de variantes marginales. La main qui a écrit ces notes paraît la même à laquelle nous devons les variantes du manuscrit de Mesmes, mais les variantes sont ici moins nombreuses et on n'y relève pas d'autre signe que al. ou alibi.

Les différences qui distinguent les deux textes étant, grâce à l'étude de M. Delisle, aussi connues que la ressemblance des deux manuscrits, il nous importe de chercher à reconnaître si l'un des deux a été le modèle de l'autre ou, plutôt, si la bible du Puy peut avoir été copiée sur le manuscrit de Mesmes. Nous prendrons pour point de départ la conclusion de M. Delisle : « Le manuscrit A (de Mesmes), ou un manuscrit très voisin de A, a été l'un des modèles d'après lesc^uels le manuscrit R (du Puy) a été copié, corrigé et annoté. » Nous ne nous attacherons donc pas à rechercher les preuves, trop nombreuses, de la dépendance où la bible du Puy semble être à l'égard du manuscrit de Mesmes, mais au contraire les exceptions à cette remarque, c'est-à-dire les cas dans lesquels le manuscrit du Puy semble plus près de l'original.

La première et la principale différence des deux manuscrits est dans le Spéculum qui se lit à la fin. Comme M. Delisle l'a fait remarquer et comme on peut le vérifier dans l'édition de M. Weyhrich, le texte du manuscrit de Mesmes, qui a seul conservé le titre et la table du traité, est retouché d'après la Vulgate et le manuscrit du Puy représente le texte primitif de ce recueil d'extraits d'une ancienne version de la Rible. Ici donc, le rapport ordinaire de nos deux textes est, sauf pour le titre, renversé. Nous nous en étonnerons moins si nous nous souvenons que

récriture change, dans le manuscrit de Mesmes, au milieu de l'Apocalypse. Or, il n'en va pas autrement du manuscrit du Puy, où le dernier cahier de l'Apocalypse est, de même que les textes qui suivent, d'une autre écriture que ce qui précède. Les chapitres ne sont pas marqués dans ce cahier, et en général ils ne sont pas numérotés dans l'Apocalypse. Au reste, il ne s'agit pas ici de la Bible môme, et nous ne devons pas oublier que les deux manuscrits ont été exécutés, presque en même temps et peut-être par le même copiste, dans la bibliothèque même de Théodulfe, où étaient conservés les modèles qu'il avait ordonné de copier. Cette remarque nous met, dès à présent, à l'aise pour apprécier les anomalies que nous observons dans le rapport de nos deux manuscrits.

Mais nous devons ouvrir ici une parenthèse et nous demander comment était divisé le texte biblique dans les manuscrits qui ont servi de modèle aux deux copies du Spéculum.

Pour le manuscrit de Mesmes, la réponse est fort simple. Ce manuscrit reproduit purement et simplement les chiffres de la division employée par Théodulfe dans le corps même du manuscrit.

Le manuscrit du Puy, au contraire, se réfère, dans tous les livres de la Bible où l'on remarque une division des chapitres, à un système de divisions qui paraît identique à celui du Codex Amiatinus, à trois exceptions près : l** la division en chapitres se borne au Pentateuque, aux Juges, au livre de Job, aux livres sapientiaux et au Nouveau Testament ' ; 2° dans les Evangiles, la numérotation la plus fréquente, qui est celle de Théodulfe, est entremêlée à celle du Codex Amiatitius, et même les sections d'Eusèbe sont confondues avec les chapitres * ; 3° enfin la numérotation du Deutéronome est difficile à comprendre : il semble que deux systèmes y soient appliqués à la fois, et l'un des deux ne se rencontre avec aucune division de ce livre qui soit connue. Aucun manuscrit du Spéculum, en dehors des deux manuscrits de Théodulfe, ne porte la trace d'une numérotation des chapitres.

Ainsi, sans parler davantage de la division du manuscrit de Mesmes, dont l'original est sous nos yeux, nous pouvons dire que les chapitres du manuscrit du Puy sont, non seulement fautifs, mais d'origine récente. En effet, nous verrons plus tard qu'une partie des sommaires qui sont à la base de la division du Codex Amiatinus sont tirés de la Vulgate et n'ont rien de commun avec l'ancienne version dont est tiré le Spéculum. Nous n'oublierons pas non plus que les sommaires d'un giand nombre de livres de y Amiatinus, en particulier ceux de l'Octateuque et ceux des Evangiles, c'est-à-dire ceux mêmes dont il est question ici, sont fort rares et parfois presque uniques dans les manuscrits, et que ceux des Évangiles se re-

1 . Daus Josuc, les Rois, les Chroniques, Esdras, Tobie, Judith, Esther, les IM'ophètes et les Maehabées, les numéros des chapitres sont restés eu Manc.

Page 1