Jean, xx, 28 : vup. r.cxviii
LA BlBiLE DU PU Y. 173
Irouveiil dans le Codex Vallicellianus, souvent mentionné clans le chapitre précédent; l'accord de Théodulfe avec ces textes mêmes, dans l'Octateiujue, nous a paru devoir être relevé. On ne peut douter qu'un ou plusieurs manuscrits, fort rapprochés à certains égards du Codex Amialinns, n'aient figuré dans la bibliothèque de Théodulfe. Nous en avons ici une nouvelle preuve, et nous constatons en même temps que le manuscrit du Puy, dans les endroits mêmes où il est plus près de ses originaux que le manuscrit de Mesmes, n'est, alors même, qu'un texte retouché.
L'original commun de nos deux abrégés du Spéculum paraît avoir été fort rapproché du fragment du viii^ siècle que M. Hort a retrouvé parmi les manuscrits de Lord Ashburnham et que M. Delisle nous a fait connaître '. On sait que ces importants débris proviennent de Fleury. - Comparons maintenant les parties accessoires, c'est-à-dire les préfaces et arguments et les sommaires des divers livres, dans nos deux manuscrits.
Lorsque nous relevons, dans la description parallèle et dans les collations que donne M. Delisle, les différences qui séparent un manuscrit de l'autre, ces désaccords paraissent au premier abord extrêmement nombreux et, dans bien des cas, l'avantage semble rester au manuscrit du Puy. Mais si nous examinons de près ces supériorités apparentes de la bible du Puy, elles se réduiront à fort peu de chose. Vers la fin, sans doute, le manuscrit du Puy semble plus près de l'original, ce que du reste nous savons déjà par le Spéculum ; il a seul conservé (fol. 319) le titre de la Chronographie de saint Isidore, et peut-être telle leçon, comme deliciarum pour delictorum dans le traité qu'on a cru être de Méliton * (fol. 337 v*"), est-elle meilleure. Pour les dernières pages, la supériorité du manuscrit du Puy est chose accordée. Quant au reste des différences, celles qui sont à l'avantage du manuscrit du Puy, dans les quatorze pages de la collation de M. Delisle, se bornent, si l'on ne tient pas compte d'un ou de deux noms hébraïques, qui étaient dans toutes les mémoires, et des deux incipit des Psaumes et de l'Ecclésiaste, qui paraissent tirés de la fantaisie du copiste, à la moitié d'un mot, dans l'argument mutilé de l'Épître à Philémon, et au sommaire de Judith, que la bible du Puy est seule à donner \
1. Kouv. acq. lat. 159G. L. Delisle, Bibliothèque de l'École des Chartes, t. XLV, p. 478; Catalogue des manuscrits Libri et Barrois, p. 25.
2. Cet ouvrage, qui a été publié par le cardinal Pilra sous le nom de la Clavis de Méliton de Sardes, n'est qu'un dictionnaire mystique de la Sainte Écriture, tiré des écrits des Pères occidentaux (voyez G.-E. Steitz, Studienu. Kritiken, t. XXX, 1857. p. 584).
3. Les mots : Expliciunt capitula libri primi vel secundi, à la fin des sommaires des deux premiers livres des Rois, qui forment un seul livre dans beaucoup de manuscrits, pourraient faire penser à une double source. Il y a très souvent, dans le nombre des chapitres des sonmiaires, une différence d'une unité entre les deux manuscrits ; cette différence semble provenir do la négligence du copiste de la bible du Puv.
Si donc la bible du Puy est indépendante du manuscrit de Mesmes en quelque chose, c'est en très peu de chose.
Passons au texte même de la bible du Puy.
M. Delisle a collalionné le texte de 78 passages choisis dans les deux premiers livres des Rois et tous importants par leurs interpolations, leurs corrections ou leurs variantes marginales. Dans ce nombre, une seule leçon marginale de la bible du Puy, la glose de I Rois, xiv, 14, n'a pas son équivalent dans le manuscrit de Mesmes. A l'exception de ce seul texte, toutes les leçons de la bible du Puy citées par M. Delisle, première et seconde main, texte et marge, s'expliquent parfaitement par les leçons du manuscrit de Mesmes. Ainsi il paraît résulter de l'étude détaillée des deux livres de la Bible les plus remarquables peut-être par les variations de leur texte, que le manuscrit de Mesmes — M. Delisle ajoute, avec sa prudence accoutumée : ou un manuscrit très voisin de celui-ci — a été le modèle, et le modèle presque unique, sur lequel a été copiée la bible du Puy.
Telle est également l'impression produite par la comparaison d'un très grand nombre de passages, pris dans toutes les parties de la Bible.
Presque partout, en effet, la bible du Puy nous apparaît comme une copie, faite sans intelligence et sans aucun principe, du manuscrit de Mesmes. Le texte même est composé, tour à tour et à peu près au hasard, des leçons de la première et de la seconde main ou des variantes de la marge ; la marge reproduit, avec le signe al[tbi], tantôt certaines variantes prises parmi les notes marginales de la bible de Mesmes, tantôt certaines leçons du texte, que le copiste a interverties avec les variantes de la marge. Le copiste n'a pas compris la pensée de Théodulfe : ce calligraphe a fait tout le contraire de ce que le critique avait voulu. Jamais un savant n'a été plus mal récompensé de ses efforts. Au reste, il ne semble pas que Théodulfe ait trouvé grand plaisir à l'œuvre de son copiste, car le manuscrit de Mesmes est seul resté dans le trésor de sa cathédrale, et la bible du Puy n'a, à notre connaissance, jamais été copiée.
Ces observations resteraient vraies dans le cas même où la bible du Puy n'aurait pas été copiée sur le manuscrit de Mesmes, mais sur un autre manuscrit presque exactement semblable. C'est cette hypothèse qu'il nous faut maintenant examiner.
Quand on compare avec soin la bible du Puy et le manuscrit de Mesmes, on remarque un certain nombre de leçons qui ne s'expliquent pas facilement si l'on admet que le premier nommé de ces manuscrits a été copié sur l'autre. Ces leçons ne sont pourtant pas nombreuses et elles ne sont généralement pas impoiiantes. Sur plusieurs centaines de passages collationnés, et qui presque tous diffèrent du texte du manuscrit de Mesmes, nous n'en avons remarqué que vingt-deux, soit neuf leçons de la marge et treize leçons du texte, où la bible du Puy ne paraît pas dépendre de ce manuscrit. Des neuf leçons marginales étrangères au manuscrit de