LES POEMES D ALCUIN
L'origine anglo-saxonno de rérudilion d'Alcuin, que rend déjà probable sa naissance ainsi que son éducation, est attestée par le legs considérable qu'il avait reçu de son maître. Cette circonstance doit être prise en sérieuse considération, particulièrement pour la critique de ses travaux sur la Bible. Notre remarque est confirmée par l'ouvrage môme auquel l'ait allusion la lettre à Gisèle et à Rotrude, datée de 801 et citée plus haut, par le Commentaire sur l'Évangile selon saint Jean. Ce commentaire est précédé d'un sommaire ' qui est assez rare dans les manuscrits de la Bible et que nous ne rencontrons dans aucun texte antérieur à Alcuin, excepté dans le groupe des manuscrits northumbriens. Ce sommaire est le même que nous retrouverons dans le Codex VullicelUanus. Ce rapprochement est instructif^
Peut-être, dans sa réponse à Alcuin ou en tous cas vers le même temps, Charlemagne a-t-il recommandé au fondateur de l'école de Tours d'employer de préférence les ressources de sa bibliothèque à la correction de la Parole de Dieu. Cette hypothèse n'a rien que de conforme à la pensée du souverain.
Alcuin a fait copier la Bible pour d'autres que pour Charlemagne. Nous possédons deux poèmes composés par lui pour un évêque nommé Gerfridus. Le second semble destiné à orner la cathédrale rebâtie par l'évêque ; le premier devait servir d'en-tête à une bible écrite sur sa demande pour être placée dans le chœur de l'église restaurée :
Coatinet hic sanctus uno sub corpore codex Omnia namque Novae ac Veteris mysteria legis... Jusserat liunc tomum Gerfridus scribere prœsul la laudem Christi, Genitricis et IlUus almoe, Esset in ecclesia ut prsesto legeutibus ille... ^
Peut-être le second poème n'était-il pas destiné à fournir une inscription lapidaire, mais était-il également copié, à la suite du premier, dans la bible que Gerfridus a fait déposer dans sa nouvelle cathédrale. La signature d'Alcuin, absente de l'inscription biblique et qui termine l'inscription consacrée à l'église, doit le faire penser. Un évêque de Laon, nommé Gerfredus, est connu pour avoir assisté en 798 et en 799 à la dédicace des églises de Saint-Riquier \ Il ne paraît pas avoir vécu longtemps après cette époque. La cathédrale de Laon est dédiée à la Vierge Marie
1. Iii priacipio erat Verbuni, et Verbum erat apud Deum, per q\iem fada sunt omnia... 46 chapitres. Akhuini opéra, édition Du Ghesne, t. I, p. 383, et édition Frobeniiis, t. l, p. 4G4.
2. Autant qu'il m'a été possible de comparer le texte même du Commentaire d'Alcuin à celui des manuscrits, il nfa semblé que le texte qui s'en rapproche le plus est celui du Codex ValllceUianus. En dehors des divergences très nombreuses qui proviennent des citations libres du commentateur, il y a sans doute assez peu de leçons du commentaire qui ne se rencontrent pas dans le ValllceUianus.