Les anciennes versions
Le lecteur est en droit de nous demander quels étaient, parmi les nombreux textes latins qui nous sont conservés, ceux qui étaient usités en Gaule. La réponse à cette question est difficile à donner, et il sera sage de nous maintenir, à cet égard, dans une certaine généralité.
Les textes anciens des Évangiles sont, parmi les anciens textes bibli ques en latin, les seuls qui soient parfaitement connus. MM. Westcott et Hort en ont donné le classement, résultat d'une étude de vingt ans '. Ces textes sont de trois espèces : les plus anciens sont les textes « africains », qui sont généralement d'accord avec les citations de saint Cyprien; le Codex Bohiensis en est le type. Nous reconnaissons ensuite les textes dits « européens », qui ont été en cours au iv'' siècle dans l'ouest de l'Europe, et spécialement dans le nord de l'Italie : les manuscrits en sont nombreux, le meilleur est peut-être le Veronensis; à sa suite se rangent le Vercellensîs, le Colbertinus et beaucoup d'autres. Enfin les textes qu'on appelle ((•italiens», pour se conformer à l'expression de saint Augustin, sont d'accord en une large mesure avec les citations de ce Père ; postérieurs au milieu du iv^ siècle, ils semblent être des textes européens retouchés, le Codex Brixianus en est le représentant le plus connu. Ces derniers textes ont servi de base à la révision de saint Jérôme, c'est-à-dire à la Vulgate.
Le même classement paraît pouvoir s'appliquer au reste du Nouveau Testament, et les auteurs anglais ont fort bien groupé, d'après ce système, les manuscrits des Actes, des Épîtres et de l'Apocalypse. Parmi les textes «africains», il nous faut compter un palimpseste des Actes des Apôtres et de l'Apocalypse, récemment étudié et qui provient de Fleury : on trouve ainsi, en tous lieux et à toute époque, des textes errants et dépaysés. En tête des textes « européens » des mêmes livres, nous placerons ceux qui sont tirés du manuscrit appelé Gigas librorum, et qui ont été publiés par M. Belsheim : c'est de la Bohème, cette patrie d'élection des textes mêlés et impurs, que nous vient cet étrange manuscrit, le plus grand qui soit au monde. Les Epîtres de saint Paul ne nous fournissent aucun manuscrit tant soit peu complet des versions anciennes, en dehors des manuscrits grecs-latins, dont il faut souvent se défier ; mais un commentaire qu'on appelle VAmbrosiaster^ semble reproduire le texte « italien ». On doit également rattacher aux textes « italiens » quelques fragments tirés de