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LA BIBLE DE GRANDVAL. 2H

verrons plus lard qu'il est très rapproché de celui de la bible de Paris, avec quelques dilîércnces qui permettent de croire la bible de Grandval antérieure à celle do Charles le Chauve. Les caractéristiques du premier groupe des manuscrits de Tours, telles que nous les avons relevées dans les bibles de Bamberg et de Zurich, ne se retrouvent plus ici. A tous égards, notre bible est un beau type de la deuxième manière de l'école de Tours.

Les péripéties par lesquelles le manuscrit de Grandval a passé, avant d'entrer au Musée Britannique, valent la peine de les rappeler.

Moùtiers-Grandval, dont il provient, était une antique abbaye située dans les gorges du Jura et dont il ne reste plus qu'une petite église romane. Ce monastère a eu sa célébrité et il a tenu un rôle honorable dans l'histoire des lettres; Iso et Mœngal, les maîtres bien connus, l'ont illustré au ix^ siècle, et le nom de l'abbaye fondée par saint Germain se rencontre sans cesse dans les inléressantes chroniques de Saint-Gall ', Sur la dernière page de la bible on lit^ne déclaration signée du prévôt, de l'archidiacre et de tous les membres du chapitre de Grandval et dans laquelle ces religieux affirment qu'ils sont seuls propriétaires de ce manuscrit et interdisent qu'il soit jamais aliéné ni déplacé. Cet acte n'est pas daté, mais on voit par les signatures qu'il a été écrit entre les années 1589 et 1597. L'acte commence par les mots : a Sancta Maria, ora pro nobis. Sanctus Germanus et Randoaldus veri hujus libri possessores. » A ce moment, le siège du chapitre n'était plus Grandval. Chassés par la Réformalion, les chanoines s'étaient établis, en 1534, dans la ville voisine de Delémont ; ils y restèrent jusqu'à la réunion de l'évêché de Bâle à la France, en 1792. Plusieurs des plus célèbres reliques du trésor de l'ancien chapitre furent respectées par la Révolution, ainsi la crosse abbatiale, les sandales et les bas qui avaient appartenu, au vu® siècle, à saint Germain. Je laisse la parole à M. Quiquerez, sans me porter garant de tous les détails de son récit : « Le livre qui nous occupe fut abandonné et relégué dans un galetas chez de vieilles demoiselles qui le vendirent pour 24 batz (3 fr. 60 c.) au maire de Delémont, le sieur Bennot. Lors du rétablissement du culte catholique, le curé du lieu, qui connaissait la provenance du livre, en offrit 192 fr. au maire, dans l'intention de le réintégrer au trésor de l'église avec une partie des objets du chapitre qu'il était parvenu à réunir. Le maire refusa; mais, en 1822, il se laissa tenter par une offre de 240 fr., plus 48 fr. d'épingles à sa vieille servante ;.

1. Sur rhistoire et les antiquités de Grandval, voyez G. -F. Morel, Histoire du cidevant évcché de Bdle, Strasbourg, 1813 ; J. Trouillet, Mon. de VHi.d. de l'ancien evcche de Mie, t. 1, rorreulniy, 1852; A. Quiquerez, Mém. de la S)C. des mon hut d'Alsace, 2° série, t. IV, 2 (18GG), p. 1, et Mon. de léoêché de Bâle, Eglises (uis. de la bibliothèque de Bâle); L. Yautrev, Hist. des évé/ues de Bdle 2 vol. in-4°, Einsiedeln, I88i et 188G. ""

2. Nous trouvons un récit un peu différent dans le fiippirt sur la hihliolhèque de Porrentruy, I8i9.par M. TrouiUat, p. 3U (cité par GauUieur) : « Ge manuscrit de

L'acquéreur, M. de Speyr-Passavant, de Bàle, sut bien lot apprécier la valeur de son acquisition. 11 remit en ordre le manuscrit et (it beaucoup de dépenses et de démarches pour le vendre à haut prix. 11 parait que le roi Charles X l'avait acquis pour soixante mille francs, mais que ses ministres ne purent accepter un tel marché. Ayant échoué à la cour de France, où il négociait encore cette vente en 18:29, M. de Speyr finit par livrer sa bible au Musée Britannique pour quelque dix-huit mille francs'.

Pour mettre sa trouvaille en valeur et pour démontrer que « nulle part ailleurs que dans ses mains ne se trouve la bible d'Alchuin )),M. de Speyr a réuni en une Jjrochure, dont la lecture est attristante, les témoignages de divers savants et de nombreuses découpures de journaux. Quelque étranges que soient les dernières vicissitudes de ce manuscrit, acheté pour quelques batzen et indignement colporté, il importe davantage de connaître ses destinées anciennes. M. de Speyr les raconte avec assurance :

Lothaire I", petit-fils de Charlcmagne, entra dans le couvent de Pram en Lorraine, y prit l'habit de moine et y mourat l'an 856. Dans un diplôme accordé par ce prince à l'abbaye de PrQm, il est fait mention des images en caractères d'or dont était orné le commencement des manuscrits qu'il avait donnés à son gouverneur-. L'an 157G, le couvent de PrlUn ayant été dissous, et ses ressourças données à l'électeur de Trêves, les Pères bénédictins transportèrent reUgieuscment la bible d'Alchuin et la déposèrent à Grandis- Vallis.

Si cette notice avait quelque sérieux, il suffirait, pour la réfuter, de la remarque de M. Quiquerez : Depuis cinq cents ans les bénédictins avaient été remplacés à Grandval par des chanoines, qui ne pouvaient avoir aucune relation avec les religieux de Prum. La bible de Grandval n'est pas la seule, parmi toutes celles qui sont conservées ou qui ont existé, dont la description puisse convenir à la bible de Priim.

Le manuscrit n° 1 de la Bibliothèque du chapitre de Cologne a été donné à la cathédrale par un évoque nommé Heriman : d'après l'écriture, il s'agit d'Hermann 1" (890-925). L'ordre des livres, dans ce manuscrit, paraît au premier abord tout différent de celui qui se rencontre dans tous les manuscrits de Tours ; mais en faisant le décompte des cahiers, on voit qu'avant le xiii° ou le xiv® siècle l'ordre devait être celui des manuscrits de

M de Speyr a 6t6 vendu par M. Benuot, qui Tavait acheté à la veute du mobilitr d'in» chanoine de Moutiers, à un juif pour 3 fr. ; h> juif le céda à M. de Speyr pour

23 louis. » , . , ,.

1. « Selon les uns, le pri\ de veute fiU de 1/200 et selon d autres de 1.500 livr/s sterling. » (.\ole de M. Quiquerez.) Au lenioiguage de Sir F. Maddeu, le uiauuserit fiU acheté, en juin 1830, |)our 750 Hvres seulement. Ce chiffre est le vrai. Le prix demandé'élait de 12,000 livres (communication de M. G. Waruer).

2. EraïujcliuiH sàlicct ex cborc, cnjsfalio afque aura (jcninusf/nr cnmihisihiin. Ji/h/nlhrcam cum. hnaginihus, cl majoiihus clianiclcr/fiiis in vohiminum priiicipiis dmnraiis. fC.. Ihow.ri AnI/qiiilafcs et Annules Trecirenses. 2" édit., t. i. Liège, 1070, p. lli.)

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la même famille. Les initiales sont dans le style de Tours, en argent et en violet; les canons des Kvanglles sont accompagnés de lampes' et de cors suspendus; en voit, en haut, des grues. La semi-onciale se remarque aux endroits ordinaires. Le manuscrit a été corrigé, ou plutôt interpolé, à Tours même, par une main contemporaine, et l'étude de ces corrections est fort instructive; elle montre que notre bible a dû servir en partie de modèle aux manuscrits postérieurs. Au reste, le manuscrit de Cologne a, lui aussi, ses singularités : les sommaires des Chroniques que l'on y trouve ne se rencontrent dans aucune autre des bibles de Tours.

Nous dirons peu de chose du manuscrit 47 du fonds latin de la Bibliothèque nationale, qui provient d'Antoine Faure. II est en effet extrêmement mutilé. 11 n'a pas d'autre décoration, du moins dans les parlies qui subsistent, que de grandes initiales en rouge, en noir et en argent, avec quelques entrelacs. La semi-onciale de l'école de Tours se remarque dans les prologues et, au commencement des paragraphes, dans les Machabées. Le texte semble inégal.

C'est encore un débris que le manuscrit 68 du fonds latin de la Bibliothèque nationale. Il ne contient que certaines parties de l'Ancien Testament et il est très mutilé. La deuxième ligne des divers livres et quelques autres passages sont en semi-onciale. A certains endroits, le texte est écrit en lignes courtes et comme per cola et commuta. Du reste, en général, dans la plus grande partie du I" livre des Rois, les anciens cola semblent s'être imposés à la ponctuation, qui est foi't intéressante à étudier à cet endroit.

Nous possédons un autre manuscrit écrit à Tours, qui provient de Cologne, comme l'un des précédents. Il s'agit du manuscrit Harléien 2805. Le feuillet 1, en effet, est une garde écrite au xi^ siècle environ et comprenant un grand nombre de noms allemands, classés sous la rubrique des diverses paroisses de Cologne : De sanctis apostolis, de sancto Gereone, etc. Ce manuscrit, malheureusement mutilé, est la première moitié d'une bible de très grand format, écrite en une belle minuscule carolingienne du ix^ siècle, dans laquelle se glissent plusieurs lettres {a et n) de la semi-onciale de Tours. Les lignes 3 et 4 des prologues des quatre grands Prophètes sont en une belle et grosse semi-onciale, de même que la deuxième ligne de chacun des paragraphes d'Ésaïe et de Jérémie. Notre manuscrit se rapproche du Codex Vallicellianus en ce qu'on n'y voit pas de sommaires pour le livre de Ruth, et de la bible de Monza en ce que les sommaires des Rois y font défaut aussi bien que ceux de Ruth.

La Bibliothèque nationale conserve, sous le numéro 3 du fonds latin, une belle bible dont nous connaissons assez exactement l'origine et les destinées. Au bas du foHo 4-08 est une note, à moitié effacée, qui n'a

1 . Dans les premières pages, on voit, eu face de chaque lampe, iiu petit couteau placé horizoutalement.

pas été écrite avant le x® siècle et que M. Delisle a lue ainsi : Omnes qui hune librum libentcr legitis, orate pro hanima Rorigonis comilis, guis (?)

illum donavit s\ub\ ahbate. C'était donc une tradition, établie dans

l'abbaye où s'étaient réfugiés les moines de Glanfeuil, que notre bible avait été donnée à Saint-Maur-sur-Loire {Glanna ou Glanafolium) par Rorigon, comte du Maine et gendre de Charlemagne, que l'on croit être mort vers l'an 841. Rorigon avait épousé, en une union libre, Rotrude, à qui Alcuin avait adressé plusieurs de ses lettres, celle en particulier où il fait mention de la correction de la Bible. Les rapports du comte du Maine avec Saint-Martin de Tours étaient donc chose toute naturelle. Il est regardé comme le second fondateur de l'abbaye de Glanfeuil, dont son frère Gosbert fut abbé et à laquelle il donna, avant 840, son fds Goslin, qui fut le deuxième successeur de Gosbert. Assurément cette tradition n'est pas au-dessus du doute ; elle l'est d'autunt moins qu'un deuxième Rorigon fut comte du Maine et d'Anjou avant l'invasion des Normands, de 853 à 866; elle est néanmoins très vraisemblable et paraît suffisamment attestée. En effet, notre bible était à Glanfeuil au temps de Rorigon, premier du nom. Aux termes d'un acte copié au x'' siècle à la fin du volume, elle a servi de symbole à une donation faite à cette abbaye par le chevalier breton Anowareth, qui est datée de l'an 847 '. M. Hauréau a remarqué ^ que dans le carlulaire de Saint-Maur cette charte est datée de 843; en outre, Gosbert, qui est nommé dans le cartulaire comme ayant reçu la donation, paraît être mort en 840, ou au plus tard en 845. De toute manière, la bible était à Glanfeuil aux environs de 840, et elle y était tenue en honneur. Ce précieux manuscrit fut emporté des bords de la Loire à l'approche des Normands, et il doit avoir été transporté en 868, avec les reliques de saint Maur, sur les bords de la Marne, au lieu qui a porté depuis ce temps le nom de Saint-Maur-lès-Fossé (Fossatus). La vie du saint patron du lieu a été copiée au x*' siècle à la fin de notre bible, pour être religieusement conservée auprès de son tombeau, et les titres de l'abbaye de Fossatus y ont été également inscrits avec soin. La bible de Rorigon est restée à Saint-Maur pendant tout le moyeu âge. Comme on le voit, il n'y a pas beaucoup de manuscrits dont l'origine et l'histoire nous soient mieux connues.

La bible du comte Rorigon est sans peintures, mais elle n'est pas moins belle que les autres manuscrits du même groupe. Les incipit des principaux livres sont écrits, de deux en deux lignes, en capitales rouges et en capitales d'argent ou d'or sur pourpre. L'onciale d'or, Tonciale noire, la semi-onciale et la minuscule s'y succèdent comme dans les plus beaux manuscrits de l'école de Tours. L'Évangile de saint Matthieu commence par quelques lignes écrites alternativement en onciales d'or et rouges, et

1. F° 408 Y° : Donvm aulcw hvjiis rci est licc bibtiolvca Y. ac A. Tcstunicnfi.

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