‹ Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âgeChapitre 182 sur 340 · Voyez p · texte numérisé non relu

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Il suffirait de cette leçon, aussi rare que bonne, pour que nous puissions à la fuis avancer que notre bible a emprunté son texte aux plus anciens documents du texte d'Alcuin, et qu'elle est néanmoins restée en dehors de la tradition des bibles de Tours ou qu'elle est plus ancienne. Aussi bien, parmi les bibles que nous savons copiées à Tours, les plus anciennes ou à peu près, celles de Zurich et de Berne, sont celles dont la bible de Monza se rapproche le pbis.

Le manuscrit A. N. I. 3 de la bibliothèque de l'Université de Bàle est la seconde moitié d'une bible ; il s'étend des Machabées à l'Apocalypse. Il provient de la chartreuse de Strasbourg, à laquelle il avait été donné à la mort de Conrard Cleinherre, chantre de la cathédrale. L'ordre des livres qu'on y remarque est absolument inusité: une grande partie des livres de l'Ancien Testament suivent les Machabées. En tête des Évangiles on voit de beaux canons dans le style de l'école de Tours ; les couleurs en sont violâtres; ils sont surmontés d'oiseaux parmi lesquels on remarque des grues. La première ligne de certains livres est en semi-onciale, de même que les six dernières lignes de la préface d'Esther et le commencement de la préface des Proverbes, mais cette semi-onciale paraît être une imitation de celle de Tours. La disposition singulière des livres de la Bible aurait suffi à nous rendre attentifs au peu de probabilité qu'il y a à ce que notre bible provienne de la même école que les bibles de Tours. Au reste, bien qu'en général le texte soit celui qu'ont répandu les manuscrits de Tours, il y a quelques différences entre notre manuscrit et ceux de Tours. Les Évangiles n'ont ni sommaires ni chapitres. Les sommaires et les chapitres des Épîtres de saint Paul sont à peu près les mêmes que les chapitres et les sommaires de la bible de Bamberg, et exactement les mêmes que ceux de la bible de Monza. Notre manuscrit paraît copié sur un modèle analogue à la bible de Monza.

Enfin nous devons mentionner quelques fragments des deux Sapiences et des Évangiles conservés dans le manuscrit 9397 de la Bibliothèque nationale et qui montrent, à la première ligne de chaque paragra[)he, une semi-onciale qui a presque tous les caractères de l'école de Tours. Cette écriture, où les e forment ligature, n'est pas exactement celle que nous connaissons par les grandes bibles de Tours '. Au reste, le manuscrit des deux Sapiences et celui des Évangiles, auxquels ces fragments ont été empruntés, n'ont jamais été achevés.

1 . On romarqiio dans h^ pivnùor fragment une loçon digno d'attention, romissiou de Siii., in, 23 ot 24. La division de rÉvangile selon suint Matlhien est celle du Codex Vallicellianus.

ClIA PITRE IV

A en juger par leurs caractères extérieurs, les manuscrits de Tours forment un groupe parfaitement déterminé. Sans parler de la paléographie et de rorncmentalion, la disposition des parties de la Bible, les sommaires et les accessoires de toute espèce présentent un parfait accord et, si jamais nous avons été en présence d'une véritable édition, c'est ici. Là même où, comme dans les Épîtres de saint Paul, nous rencontrons des différences sensibles aux yeux, ces différences sont si apparentes qu'elles indiquent dès l'abord un changement dans la tradition. Mais si nous abordons l'étude du texte biblique lui-même, nous arriverons à un résultat tout opposé. L'étude comparative du texte de la Bible dans tes grandes bibles copiées à Tours ne nous présente, au premier abord, qu'incertitude et que variété sans raison. Sans doute, les grandes questions sont toujours résolues de même; les grandes interpolations sont également absentes de toutes nos bibles, à l'exception d'un petit nombre qui y sont toujours. A cet égard, on peut dire que la pensée d'Alcuin a été respectée et que l'atelier de Tours n'a livré que d'assez bons textes, dignes d'être répandus sous l'invocation du nom de l'illustre abbé de Saint-Martin. Il y a uji texte de Tours et il y a une tradition alcuinienne. Mais pour pouvoir, juger ainsi, il faut ne voir les textes que de loin. Lorsque nous voulons déterminer, dans le détail, le texte des manuscrits de l'école de Tours, il nous échappe et, dans le plus grand nombre des cas, nous ne pouvons, ni donner la raison de ces variations sans fin, ni dire dans quel ordre les variantes ont dû se succéder. Sans doute l'explication d'une partie de ces variations est dans la correction incessante que nos manuscrits ont subie dans l'atelier même de Tours : certains d'entre eux sont de véritables types de manuscrits corrigés ; mais cette explication n'est probablement pas suffisante, tant est grande, dans nos bibles, la diversité du détail. Il est surtout à peu près impossible, malgré le grand nombre des volumes qui sont entre nos mains, d'en dresser l'arbre généalogique et de dire sur quel manuscrit chacun d'eux a été copié. Peut-être la question est-elle mal posée ainsi. Nos bibles n'ont probablement pas été copiées les unes sur les autres. Les unes étaient commandées à l'avance et livrées aussitôt achevées, les autres ne restaient sans doute pas longtemps sur les rayons, car l'offre assurément était dépassée de beaucoup par la demande, je veux dire par les besoins des églises et par la générosité de leurs bienfaiteurs. 11 est donc probable que les modèles de nos bibles Ont été parfois des

inST. DE liA. VUIiGATB. 15

exemplaires vieillis et sans valeur marchande, des nianuscrils plus ou moins anciens, peul-ètre fort différents du type reçu, et qu'on avait raturés et corrigés pour les mettre au courant de la science du temps. De telles corrections sont loujours imparfaites. La néi;ligence du correcteur se doublant de celle du copiste, l'arbitraire en outre se donnant libre carrière et les marges du modèle se couvrant de corrections gratuites ou tirées de n'importe où, il est naturel qu'en cinquante ans le texte copié soit devenu méconnaissable, et que nous ayons, ici encore, tôt exemplaria quoi codices. Si encore le modèle à copier était partout le même, on pourrait suivre comme à la piste les altérations du texte primitif, mais il est fort probable que les modèles ont été nombreux et divers. Saint-Martin était une fort grande abbaye, et on reprochait à Vivien d'avoir réduit le nombre de ses moines à deux cents : beaucoup d'entre eux ont dû être employés à la lâche, lucrative pour la maison et honorable pour l'artiste, de copier les manuscrits de la Bible. Nos bibles paraissent écrites chacune d'une seule main, loutes sont écrites posément et sans précipitation, et il n'est guère possible d'admettre que plusieurs n'aient pas été copiées à la fois et, par conséquent, sur des manuscrits déreliés ou plutôt sur des modèles différents. C'est ainsi qu'on a toujours procédé aux époques où les exigences de l'usage courant ont surexcité la production, et c'est ainsi que s'explique, en particulier, la diversité saus limite du texte des bibles copiées à Paris au xiii" siècle. On prenait un vieux texte sur lequel on appliquait les chapitres nouveaux et que l'on corrigeait avec plus ou moins de soin d'après le type reçu et on copiait ce nouvel original. Il dut en être de même au ix® siècle. En outre, bien qu'il n'y ait pas de raison de penser (ju'aucune de nos bibles ait été copiée hors de l'abbaye de Saint- Martin, il n'y aurait rien que de fort naturel à ce que les moines des abbayes de Marmoutier et de Corméry, proches parentes de Saint-Martin, eussent partagé les studieuses occupations de leurs confrères. Nous nous étonnerons donc moins de ne pouvoir suivre les progrès de l'altération du texte dans nos manuscrits.

Il paraît pourtant possible d'établir un certain ordre dans la succession des manuscrits et de reconnaître des degrés dans l'autorité des textes qu'ils représentent. S'il est diiïicile de conduire avec rigueur une semblable recherche, on peut néanmoins en espérer des résultats suffisamment certains.

Le lecteur qui voudrait étudier de plus près encore les relations de no.s divers textes entre eux trouvera, dans le travail de M. Corssen sur le Codex Adx, des tables, dressées avec beaucoup d'exactitude, desquelles il pourra tirer des preuves nombreuses de la variété de nos textes et de la difficulté de leur classement. Si dangereux qu'il soit de vouloir, dans l'état où sont nos textes, les classer chronologiquement, on peut dire que M. Corssen a réussi sur ce point important. Les conclusions (pi'il tire de la collation de quelques passages des Évangiles, sont, dans leurs trait?

SYSTÈME DE M. CORSSEN. 227

principaux, à peu près d'accord avec ce que nous croyons pouvoir conclure de Télude d'un grand nombre de passages, choisis dans les différentes parties de la Bible. Il est vrai que nos conclusions sont plus vagues et moins assurées que les siennes, et que nous leur avons dès l'abord enlevé une partie de leur portée, en mettant en doute la possibilité de classer nos textes d'une manière strictement chronologique. Au reste, le lecteur ne s'étonnera pas de nous trouver plus timide dans nos affirmations, si l'on peut parler ici d'affirmations. M. Corssen avait la tâche plus facile : il n'avait qu'à comparer le texte des Évangiles. C'est une besogne bien plus ardue de rechercher les rapports des textes dans la Bible entière. La méthode qui convient à un travail restreint ne peut être appliquée à une étude beaucoup plus vaste; la clarté des conclusions et la certitude des résultats diminuent et s'effacent à mesure que la base de la recherche, en s'élargissant, devient plus vague et plus fuyante. Peut-être n'est-ce pas entièrement notre faute et peut^Hre la prudence est-elle, en une matière si délicate, plus près du chemin qui mène à la vérité. J'en ai dit tout à l'heure les raisons.

Voici quelles sont, pour les Évangiles seulement, les conclusions de M. Corssen. 11 est d'autant plus nécessaire de les formuler ici, que l'auteur, par une défiance que justifie la difficulté du sujet, s'est parfois abstenu de les exprimer en propres termes, et qu'il a laissé, pour une large part, au lecteur le soin de les tirer lui-même de ses collations fort habilement disposées.

Il y a, dit M. Corssen, en dehors des manuscrits solitaires, deux grandes familles de manuscrits bibliques carolingiens; les uns représentent une tradition diversement variée, depuis les manuscrits des Évangiles copiés en lettres d'or au temps de Charlemagne jusqu'aux manuscrits que M. Delisle appelle franco-saxons ; les autres sont les manuscrits de Tours. Ceux-ci peuvent être classés, plus ou moins exactement (je néglige les manuscrits qui ne contiennent que les Évangiles), dans l'ordre suivant : Bible de Zurich.

Bible de Bamberg.

Bible de Berne.

Bible de Monza '.

Bible de Grandval (M. Br. add. 10546).

Bible de Cologne.

Bible incomplète, n° 47 de la Bibliothèque nationale. Bible du comte Borigon ou de Glanfeuil (B. N. 3). Première bible de Charles le Chauve ou bible du comte Vivien (B. N. 1).

Tous les manuscrits de Tours ont, avant les Évangiles, les quatre pré-

1. M. Corssen place à cet endroit la bible de Saint-Gall, dont récriture est toute différente de celle des bibles copiées à Tours.

228 Âlcuin et les bibles de toubs.

faces usuelles dans l'ordre suivant : Noviim opus... Sciendum tamen... • Plures fuisse... Ammonius quidem (Epître d'Eusèbe à Carpien)... Les bibles deMonza, de Grandval et de Glanfeuil suppriment l'Épître à Carpien.

Les sommaires sont les mêmes dans le plus grand nombre des manuscrits de Tours (Generatioîium notnina y etc.). Les bibles de Zurich et de Berne ont seules, pour saint Matthieu, un autre sommaire, commençant par : De nativitate D. N. J. G. in Bethléem, et qui ne s'applique pas sur les chapitres du texte. Nous avons déjà vu que la bible de Monza, qui n'a pas de sommaires pour les Évangiles, montre une division en chapitres à peu près semblable à celle de ces manuscrits.

Dès à présent donc, les manuscrits de Monza, de Zurich et de Berne d'un côté, les bibles de Grandval et de Glanfeuil de l'autre, se détachent du groupe principal, et le manuscrit de Monza se place entre les deux groupes détachés.

Si nous pénétrons dans le détail du texte, nous verrons, à une extrémité, les manuscrits de Bamberg et de Zurich étroitement unis, et la bible de Glanfeuil et la première bible de Charles le Chauve, à l'autre extrémité, si rapprochées l'une de l'autre qu'on a peine à ne pas croire que l'une est copiée sur l'autre. Le manuscrit B. N. 47 est très proche voisin de ce dernier groupe, qui du reste présente une analogie frappante avec les Evangiles de l'empereur Lothaire, eux-mêmes copiés à Tours. La bible de Charles le Chauve a été elle-même corrigée par une main contemporaine et d'une écritufe semblable à celle du copiste, et ces corrections reproduisent, à peu près sans exception, le texte des Évangiles de Lothaire. Mais si nous nous demandons en quoi le texte des trois derniers manuscrits (bible de Glanfeuil, première bible de Charles le Chauve et ms. B. N. 47) se distingue du texte ordinaire des manuscrits de Tours, nous remarquerons avant tout que les variantes des manuscrits dissidents reproduisent presque toujours le texte de la deuxième famille de manuscrits, la plus ancienne, la famille des Évangiles en lettres d'or et des manuscrits franco-saxons ^ La bible de Granval ne se' rapproche pas plus qu'aucune autre des trois manuscrits que nous avons distingués des autres, en particulier de la bible de Charles le Chauve. Elle forme groupe avec toutes les autres bibles copiées à Tours. Les manuscrits de Bamberg et de Zurich, sans être toujours d'accord, se rencontrent pour accepter un certain nombre de leçons intéressantes et qui ne se trouvent pas ailleurs ^ Quant à la bible de Charles le Chauve, quelles que soient les ap-

1 . La bible de GlaiiLniil et c.nlaius manuscrits des Évangiles, tels que les Évangiles de liOthaire (B. N. 2GG) et le uiaïuiscrit M. Dr. add. 11819, ainsi que la deuxième bil»!;; de Saiul-Aubiu, écrivent : Sciendum cUam.

2. Voyez en parliculier. sur ce point, Ada-Handsclir/j'l, \). .j8 et ôO.

* :î. MATrn., vin, 20, Banib. Zurich: tahcnuicula (le(;on irlandaise; les autres manuscrits ; tudos). — xYi, *J, Bamb. Zurich (avec uni. air., ele.) : quiniuc pauum

parences, il n'est pas probable qu'elle ait été copiée sur la bible de Glanfeuil. Ces deux bibles supposent un original commun.

Tels sont les résultats auxquels un examen attentif des Évangiles a amené M. Corssen. Il nous appartient de reprendre son étude en l'étendant à toute la Bible. Nous commencerons par comparer les deux bibles qui paraissent les plus récentes.

La première bible de Charles le Chauve, ou bible du comte Vivien, ressemble de si près à la bible de Glanfeuil, que l'on peut, même après une longue fréquentation des deux manuscrits, croire l'une copiée sur l'autre. Il n'en est rien, et les différences entre les deux textes sont en réalité moins rares qu'il ne paraît d'abord. Pour commencer par les Évangiles, nous avons déjà remarqué ', dans les textes qui précèdent ces livres, plusieurs variantes qui ne sont pas fortuites. Les variations du texte luimême ne s'expliquent souvent, ni par des ratures, ni par les erreurs du copiste, mais par une tradition différente. Sur treize divergences que relève M. Corssen, onze fois la bible de Charles le Chauve recherche les leçons des Évangiles de Lothaire (B. N. 266), plusieurs fois de ce manuscrit seul ; la seule variante qui ne se retrouve pas dans les Évangiles de Lothaire ^ est absolument insignifiante. Nous devons donc croire que, pour les Évangiles, l'original de la bible de Charles le Chauve a été copié sur un manuscrit tout semblable aux Évangiles de Lothaire. Nous trouverions, dans le reste de la Bible, un assez grand nombre de désaccords, qui ne nous permettent pas de croire que la bible de Glanfeuil ait été copiée sur la bible de Charles le Chauve, ni réciproquement.

Gen,, II, 2 : ab oinni opère {= vall. 1" m, ; ab universo opère (== B. N.

paul. Monza. Bamb. Berne. Grandv. Col. 4. 45**. Yieune 1190), B. N. 1**. 2. 45*. Mordr.).

Nombres, iv, 14, sans addition (= Après vécues* : omnia casa quibus

vall. paul. Zurich*. Berne. Grandv. B. mmistratur in sanctuario {■= Monxa. N. 2). Zarlch**. Col. B. N. 6. 68. 11504*. S.

Gall 75*).

Juges, vu, 24 : atque Jordane>i (= Om*. (= B. N. 68*. Berne),

Monza. Zurich. Col. B. N. 1**. 2. G. \'>. 68**. 11532. Théod. S. Gall 75. Eins.

quinque milia. (Monza. Berne. Grandv. Col. B. N. 1**. 47**, avec toi. vall. Théod., etc. : quinque panum in quinqve milia; B. N. 1*. 3. 47*, avec B, N. 2 : quinque panum et quinque milia). — Ib., 10, Bamb. Zurich, (avec am. cav., etc.) : septem panum quatluor milia (Monza. Berne. Grandv. Col. B. N. 1**. 47**, avec Théod., etc. : septem panum in quattuor milia; B. N. 1*. 3. 47*, avec toi. B. N. 2., etc. î septem panum et quattuor milia).

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