LE CODEX AD/E
niiscrit 50 de la bibliothèque palatine. Ces manuscrits forment, dans le développement de l'art carolingien, une belle et riche famille, désormais connue, grâce à la Société d'histoire rhénane, par une série d'excellentes reproductions. Le rapprochement de ces figures est du plus haut intérêt. Peut-être le prototype doit-il en être cherché dans le célèbre évangéliaire de Godescalc, mais ce rapprochement est assez lointain : les évangélistes de Godescalc sont barbus, ceux de l'école que nous étudions sont imberbes et jeunes, et l'architecture n'est pas la même. Au reste, l'art du manuscrit de Godescalc est beaucoup plus grossier et la main paraît sensiblement plus ancienne.
Nous avons dit que le Codex Aux a été écrit en deux fois et que le deuxième copiste est également l'auteur des nombreuses corrections qui se voient dans la première partie. M. Corssen a comparé le texte de la première main avec celui d'un grand nombre de manuscrits, et voici les résultats auxquels il est arrivé :
Sur 62 passages, choisis à cause des variantes que présentent les deux mains ', la première main du Codex Ad se est d'accord
43 fois avec le manuscrit B. N. 11957 (de Corbie) ;
30 fois avec la bible de Zurich ;
27 fois avec celle de Berne ;
26 fois avec les bibles de Bamberg et de Grandval et avec les manuscrits B. N. 250 et 267 et add. 11848 ;
26 fois avec les Évangiles de Saint-Martin de Tours;
25 fois avec la bible de Cologne ;
24 fois avec le Codex ValUcellianus et avec le manuscrit B. N. 9385;
23 fois avec le Codex Paulinus et avec le manuscrit Harl. 2788 ;
21 fois avec le manuscrit d'Oswego ;
17 fois avec le manuscrit Arsenni 599 ;
\o fois avec les Évangiles d'Épernay;]
12 fois avec la deuxième bible de Charles le Chauve ;
11 fois avec les Évangiles de Lothaire et avec les manuscrits B. N. 257 et Abbeville 1 ;
7 fois avec les manuscrits B. N. 8849 et 9383 ; enfin 5 fois avec le manuscrit B. N. 11955 et 4 fois seulement avec les Évangiles de Saint-Médard (B. N. 8850).
Comme le dit fort bien M. Corssen, ces chiffres sont éloquents. Ils nous montrent que la première main du Codex Adse (en dehors de la ressemblance très frappante qu'elle présente avec un manuscrit de Corbie) se rapproche le plus des anciennes bibles copiées à Tours, un peu moins du beau manuscrit Harléien en lettres d'or et du manuscrit d'Oswego, et beaucoup moins des derniers de Tours. Enfin la première main du Codex
l. Il n'y a, dans ces conditions, aucune proportion entre ce calcul et celui qui résulte de nos collations ordinaires.
26i LES GRAND'ilS ÉCOLES CAROLINGIENNES.
Adae s'éloigne absolument du plus grand nombre des manuscrits en lettres d'or, qui pourtant lui ressemblent par leurs caractères extérieurs.
Mais, ainsi que M. Corssen l'a senti, la stalistiqne n'est pas, en matière de critique, un guide parfaitement sûr, et il faut peser les leçons plutôt que les compter. Certaines ressemblances bizarres entre deux textes du reste très différents ont plus de valeur pour nous éclairer sur leur parenté primitive que l'accord ou le désaccord du plus grand nombre de leurs leçons. Ces ressemblances caractéristiques sont la marque de fabrique, tandis que les différences, si nombreuses qu'elles soient, ne sont souvent que la preuve de la retouche. Or, en considérant l'importance des leçons plutôt que leur nombre, nous trouverons un singulier accord entre la première main du Codex Adse (la deuxième beaucoup plus encore) et les manuscrits en lettres d'or, dont plusieurs paraissent, à ne consulter que les chiffres, en différer profondément. A cet égard encore, le manuscrit Harléien 2788 trahit une parenté particulière avec le manuscrit d'Ada ; j'en pourrais dire autant du manuscrit de M. Irwin. Je citerai seulement la leçon Matth., xiii, 14: ut adimpletur (Ada*, Haii. 2788, B. N. 267*j, la leçon mercede sua, Matth., x, 10 (voyez p. 261) et Matth., xi, 23: usgue in cœlum exallaveris (Harl. : eœaltaberis), elsi exallata fiieris, usque in infernum descendes (Msi* c. hig. Harl. 2788. B. N. 9383**. 11957)'. C'est ainsi que la critique des textes, faite cum grano salis, rapproche notre manuscrit de ses alHés naturels.
Quant au texte de la deuxième main, ainsi que M. Corssen le fait remarquer, c'est le texte courant, celui du plus grand nombre des manuscrits. S'il est vrai que les textes du ix^ siècle se partagent en deux grandes familles, la famille de Tours et le groupe des manuscrits en lettres d'or et des manuscrits franco-saxons, on peut dire qu'en général le Codex Adx appartient à cette dernière catégorie.
Le tableau qui suit nous montrera les affinités du texte de la deuxième main.
Sur 269 passages collationnés, le deuxième copiste du Codex Adse est en désaccord, autant qu'on peut le constater, 123 fois avec la bible de Bamberg; 108 fois avec la première main du manuscrit 599 de l'Arsenal;
94 fois avec la première bible de Charles le Chauve;
86 fois avec la bible de Saint-Paul;
71 fois avec le correcteur du manuscrit 599 de l'Arsenal ;
63 fuis avec le manuscrit Harléien 2788 ;
62 fois avec la deuxième bible de Charles le Chauve ;
53 fois avec le manuscrit B. N. 8849;
1. Parmi les leçons remarquables du Codex .Ula\ il faut enc( re noter celle de Matth., i, 17 : Omues iluque (jcncrationes ab Àbriiltiun usquc ml i'iiiislum ycncraliones xl lUias (voyez p. 1 J7).
LE CODEX ADiE. 265
51 fois avec le manuscrit B. N. 9383, et
33 fois seulement avec les Évangiles de Saint-Médard •.
Nous pouvons donc dire que les deux textes du Codex Adse représentent à peu près, l'un le point de départ, et l'autre le point d'arrivée du développement du texte dans la famille des manuscrits en lettres d'or. Cette observation est de nature à nous édifier sur le peu de fixité du texte dans l'école à laquelle appartenaient les deux copistes de notre manuscrit.
11 est temps de nous demander ce que signifie le nom de Codex Adse.
A la fin du manuscrit sont écrits, à l'encre rouge, en une belle capitale rustique, les six vers suivants:
Hic liber est vitœ, paradisi et quattuor amnes, Clara salutiferi pandeus miracula Ghristi, Que pius ob nostram volait fecisse salatem. Ouem devota Deo jussit perscribere mater Ada ancila Dei, palchrisque ornare metallis. Pro qua, quisque legas versus, orare mémento.
Le premier vers semble être une allusion à l'image de la Fontaine de vie, que nous avons vue dans l'évangéliaire de Godescalc et que nous retrouverons dans les Évangiles de Saint-Médard ^ Cette image figurait peut- €tre dans l'original de notre manuscrit.
Si nos vers ne sont pas d'Alcuin, ils sont un centon tirés de ses poèmes. M. Menzel a dressé le tableau de ces répétitions ou, si l'on veut, de ces emprunts \ et il les a trouvés si nombreux et si saillants, qu'il n'a pu <îroire qu'Alcuin se fût copié ainsi. Je rappellerai le vers cité plus haut :
Hune anciHa Dei jam jusserat Ava Hbellum Scribere...
Et ceux-ci :
Jusserat lies omnes...
Alcuinus ecclesise famulus perscribere libres,
Pro que, quisque legas...
Funde preces Domino... "
Voyez encore y
Pro que, quisque legas titulos, rogitare mémento %
1 . 11 ne faut pas chercher de parenté entre les deux textes de notre manuscrit et les Evangiles d'Adalbald. Sur IGO passages collatiounés. la première main du Codex Adse est en désaccord 85 fois avec le manuscrit d'Adalbald. et la deuxième main s'en sépare 90 fois.