Ada-Handschrift, p
célèbre lui-même comme poète, Angilbert devint abbé de Saint-Riquier vers 790 et il mourut en 814. Il eut de Berthe, fille de Cliarlemagne, deux fils, dont l'un fut l'historien Nithard. Notre manuscrit figurait dès 831 dans l'inventaire des trésors de l'abbaye. A ce moment, il était recouvert d'une enveloppe d'argent ornée de pierreries'. Nous avons lieu de penser que ce volume est le même qui a été donné à Saint-Riquier par Angilbert.
Les Évangiles de Saint-Médard (B. N. 8850) n'ont pas moins de richesse et l'origine n'en est pas moins illustre. Le manuscrit est écrit en onciale d'or, et chaque colonne est encadrée en pourpre diaprée d'or et en couleurs vives. On voit en tête une peinture symbolique représentant le triomphe de l'Agneau, et l'image de la Fontaine de vie, dans le style de l'évangéliaire de Godescalc, quoique moins archaïque. Des quatre évangélistes, trois reproduisent, sans distinction de noms, le type de ceux du manuscrit d'Ada ou de celui de Harley; saint Matthieu seul sort de la tradition : il est âgé et barbu. La décoration de notre manuscrit est, au jugement de M. Janitschek, d'un art plus avancé que celle du manuscrit Harléien. Ce superbe manuscrit marque le faîte du développement des traditions artistiques dans l'école des maîtres à l'écriture d'or.
Ce manuscrit a été conservé jusqu'en 1790 dans l'abbaye de Saint-Médard de Soissons. La tradition du couvent l'identifiait avec le manuscrit qui fut offert, à Pâques de l'an 827, d'après le récit du moine Odilon, par Louis le Débonnaire et par Judith, son épouse, à l'abbaye de Saint-Médard. La même abbaye devait, peu d'années après, être le témoin de l'humiliation du malheureux empereur. Mais ce volume, offert à l'occasion d'une solennité, n'a pas été commandé par l'empereur pour la circonstance. M. Ed. Fleury remarque qu'il a été donné en même temps qu'un calice dont la patène portait le monogramme de Cliarlemagne et il pense que peut-être il provenait également de l'héritage du grand empereur. Cette observation paraît parfaitement justifiée'.
Je ne peux parler du manuscrit Palatin 50 que d'après les auteurs. Ecrit en entier en onciale et en minuscule d'or, il appartient, par sa décoration, au même groupe que les précédents. Le manuscrit ne contient que les deux premiers Évangiles. Il provient de Lorsch.
Le manuscrit B. N. 8849 est rangé par M. Corssen, à cause de son texte, dans le même groupe, bien qu'il ne soit pas écrit en lettres d'or. La chrysograpliie y tient une certaine place, et cela suffirait à donner
1. Angilberli ubbaiis de ccc/esia Centnlensi libellns (Mon. Genn., Script., t. \V, p. 77) : EvaiKji'Uum auio scriptum cum tabulis argcntcis, auro et lapidibus prcciosis mirijice paratum J.
2. Odiloiiis translaiio S. Sebastiani (Mon. Gctm., Script., t. XY, p. 388) : Textum deinccps sacronim evamjeliorum aureis curacferibus cxaralinn lumiitibusque mc/u/li ejti.sdcm ubsque admixtione materici inclusum... obtulit. — Odilou écrivait vers Tau 930.
MANUSCRITS EN LETTRES d'oR. 2^59
raison à M. Corssen. Il est écrit en entier en onciale. Les figures des évangélistes qu'on y voit sont assez disgracieuses.
Le manuscrit B. N. 11955, qui provient de Saint-Germain, est écrit en capitale d'or sur pourpre. Il est mutilé et ne comprend qu'une partie de saint Matthieu et de saint Marc. Les explicit et les titres courants sont écrits, ainsi que les sections de la marge, en argent. D'après le Catalogue des manuscrits exposés à la galerie Mazarine, ce manuscrit a été à l'usage de l'église de Metz. M. Delisle estime qu'il peut dater du viii^ siècle.
Le manuscrit B. N. 9383 est écrit entièrement en capitale rustique d'or sur pourpre. Les titres sont en onciale d'or, les titres courants en blanc, les sections et parallèles en or ou en argent. Ce beau manuscrit a été, d'après M. Delisle, à l'usage de l'église de Metz. M. Delisle estime qu'il date probablement de la fin du viii^ siècle.
Le texte des sept derniers manuscrits présente une assez grande fixité. Ceux d'entre eux qui s'éloignent le plus souvent du texte ordinaire de celte famille sont d'abord le manuscrit Harléien, puis, à un moindre degré, le manuscrit B. N. 9383. Ce dernier manuscrit qui, par son âge, est sans doute un des premiers, se rapproche du manuscrit Harléien en quelques passages intéressants. Il n'est pas non plus sans se rencontrer avec le Codex Adse en des passages où la coïncidence n'est pas le fruit du hasard '. Il semble donc qu'au lieu de mettre le manuscrit B. N. 9383 à la fin de la série des manuscrits en lettres d'or, il faille le placer non loin des plus anciens représentants de l'école chrysographique.
Ainsi nous avons établi, pour la famille des manuscrits en lettres d'or, les dates suivantes : les Évangiles de Saint-Médard, qui sont peut-être le plus récent des manuscrits de cette école, sont antérieurs, et peut-être d'assez longtemps, à 827 ; le manuscrit d'Abbeville est antérieur à 814 ; le Codex Adse paraît antérieur à 803. Quant aux Évangiles de la collection Irwin, il y a tout lieu de penser qu'ils remontent aux premières années du règne de Charlemagne. Ainsi la chrysographie nous paraît être le style classique du règne du grand empereur.
Pour montrer que l'écriture en lettres d'or était pratiquée dès le commencement du règne de Charlemagne, je n'aurai qu'à rappeler que le célèbre évangéliaire de Godescalc, dont nous n'avons pas à parler ici, est daté de l'an 781 ou, au plus tard, de 783 \ Ce beau manuscrit, écrit en or sur pourpre, n'est pas sans montrer, dans sa décoration, des rapprochements avec ceux dont nous nous occupons : c'est ainsi que la belle image de la Fontaine de vie se trouve à la fois dans le manuscrit de Go-
1. Ainsi Matth., m, G. Ada* et B. N. 9383 : ul baptizabanhir. Comparez cidessus, p. 2G4.
2. Noiiv. acq. lat. 1993. — Voyez de Bastard, pi. lxxxi-lxxxvii ; G. Peignot (De Speyr, Description de la bible écrite par Alchiiiti, p. 83) ; Westwood, Pal. sacra, pi. XXIV ; F. Piper, Karls d. G. Kalendarium u. Ostertafel, Berlin, 1858 ; Le Cabinet des Manuscrits, t. III, pi. xx^ 1 ; Ada-Handschr . , p. 85 et pi. xxv.
descalc et dans les Evangiles de Saint-Médard. Le jour de Noël de l'an 800, après son couronnement, Cliarlemagne offrit au Pape, pour l'église de Latran, « evangelium cum baltcici ' ex auro mundissimo, in gemmis ornalum^ ». Il est fort possible que ce présent impérial soit sorti des mêmes ateliers que le plus grand nombre des manuscrits que nous venons d'étudier.
Quel est cet atelier, et que peut-on savoir sur le siège de la principale école chrysographique du règne de Charlemagne?
D'après le système actuellement adopté, et qui a pour point de départ certaines assertions des historiens de Metz % les manuscrits en lettres d'or auraient été copiés à Metz. M. Janitscliek a mis cette théorie à la base de sa classification. Il ne nous est pas possible de l'accepter.
Ce système paraît né d'une confusion entre deux abbayes et un prieuré, tous trois consacrés à saint Martin : j'ai nommé Saint-Martin-aux-Champs* devant Metz, Saint-Martin de Tours et Saint-Martin-des-Champs à Paris.
Metz était assurément, sous les Carolingiens, un des plus grands centres de la vie religieuse. C'est pourtant par une série d'erreurs manifest(\s que les anciens auteurs en ont fait le siège d'un grand atelier calligraphique. On a d'abord voulu que les Évangiles de Lothaire aient été copiés pour Saint-Martin-devant-Melz '. Le fait que la première bible de Charles le Chauve avait été à Metz donnait quelque vraisemblance à cette interprétation des textes, et l'on a groupé toutes les apparences autour de cette observation, que M. Delisle a prouvé être étrangère à notre sujet". Alors il n'est plus resté que les faits secondaires, et c'est sur eux que repose la théorie adoptée ou plutôt créée par M. Janitschek. On donne trois preuves à l'appui de ce système :
1° Le sacramentaire de Drogon, écrit en partie en onciale ou en capi-
1. Battacis ou hatlacium signifie imc couYorture ornée de pierreries (Viguoli, d'après Du Gange).