Tours 22 [mt). — Voyez plus haut, p
3 Sur 231 passages collanouiu''s, le manuscrit Tours 22 se prononce :
'.)7 fois contre le manuscril llarl. 2788 et contrôla deuxième main du Codex Adœ ;
91 fois contre les Évangil.^s de Saint-Médard ;
00 fois contre le manuscrit d'Oswego ;
A'k fois contre le Codex ValUcellianus ;
31 fois contre la bible de lîamberg;
2S fois contre la bible de Monza, et
20 fois seulement contre le manuscrit add. U 8 iS (Evangiles de Saiut-Corueille).
LE TRXTi*] DES MANUSCRITS EN LETTRES d'OR. 273
ces mnnuscrits que de l'étude de leur texte. A l'un et l'autre litre, en effet, il n'y a pas de continuité entre le développement de l'école chrysograpliique et les traditions de la calligraphie dans l'école de Tours.
La décoration des manuscrits chrysograpliiques n'appartient pas à la même école que celle des manuscrits de Tours. L'ornementation des manuscrits en lettres d'or est directement empruntée à l'art irlandais ou anglo-saxon : pour les manuscrits de Tours, cette imitation est très loinlaine. La différence peut être particulièrement appréciée dans l'initiale à ligature LI de l'Evangile selon saint Matthieu. Dans cette lettre double, les formes de l'école d'Adalbald sont anguleuses, celles de l'école chrysographique, aussi bien que de l'école franco-saxonne, sont arrondies. Il ne faut pourtant pas exagérer les ressemblances entre nos manuscrits et les manuscrits franco-saxons : les lettres en fer de flèche, les têtes d'animaux aux initiales, les entrelacs zoomorphes et les pointillés irlandais ne se trouvent pas ici. C'est donc directement sur les modèles anglo-saxons, ce n'est pas sur nos manuscrits que les artistes de l'école du nord de la France ont formé leur art calligraphique.
Quant à la tradition artistique des manuscrits écrits en lettres d'or, elle s'est éteinte avec l'école qui les avait produits. Les belles et grandes figures des évangélistes, d'un style si noble et si décoratif, n'ont guère été imitées. La belle image de la Fontaine de vie, empruntée à Godescalc, n'a pas été comprise des générations suivantes. Le grand style disparaît avec le règne de Charlemagne. L'école de Tours, dans les dernières années de Louis le Débonnaire et sous le règne de Charles le Chauve, n'a produit que les peintures de l'histoire sainte, grêles dans le manuscrit de Bamberg, lourdes et disgracieuses dans les bibles de Grandval et de Metz. Les artistes du Nord ont reproduit quelques beaux motifs anciens dans les Évangiles de Saint-Emmeran, mais leur œuvre principale est la bible de Saint-Paul, dont l'exécution est chargée et dépouvue de simplicité. Encore une fois, la tradition du grand art n'a guère survécu au règne de Charlemagne.
Quant au texte, il suffît de parcourir avec soin les collations, si soigneuses et si bien disposées, de M. Corssen, pour se rendre compte de ce fait, que les manuscrits en lettres d'or* marchent généralement avec les manuscrits franco-saxons et avec ceux de l'école de Reims, tandis qu'ils vont presque toujours à l'enconlre des manuscrits de Tours, les derniers peut-être exceptés. J'ai, en effet, déjà fait remarquer (et M. Corssen l'avait observé le premier) que le texte des manuscrits les plus récents de l'école de Tours paraît avoir été retouché, soit d'après les manuscrits en lettres d'or, soit d'après les manuscrits franco-saxons. Il y a pourlant lieu de distinguer, à cet égard, entre les plus anciens et les plus
1. Je ne parle phis ici du manuscrit d'Oswego ni du texte de la première main du Codex Adœ, dont Tétude a déjà été faite.
IIIST. DE liA VUL.GATE, 18
récents des manuscrits écrits en lettres d'or. L'examen des uns et des autres nous donne les résultais suivants ' :
V Le manuscrit Harléien 2788 s'écarte (sur 269 passages collationnés)
130 fois de la bible de Bamberg ;
118 fois du manuscrit add. 11848 (Evangiles de Saint-Corneille) ; 111 fois de la première bible de Charles le Chauve ;
97 fois de la bible de Saint-Paul ; 92 fois du Codex Vallicellianus ; 81 fois de la deuxième bible de Charles le Chauve; 73 fois du manuscrit B. N. 257, et 69 fois des Évangiles d'Ebbon.
2" Les Évangiles de Saint-Médard, au contraire, s'éloignent (sur le même nombre de passages)
139 fois de la bible de Bamberg ;
119 fois du manuscrit add. 1184-8 ; 117 fois du Codex Vallicellianus ;
SI fois de la première bible de Charles le Chauve ;
76 fois de la bible de Saint-Paul ;
48 fois de la deuxième bible de Charles le Chauve ;
43 fois des Évangiles d'Ebbon ;
40 fois du manuscrit B. N. 257, et
37 fois seulement du manuscrit B. N, 17968.
Si nous comprenons bien ces chiffres, ils signifient que les plus anciens de nos manuscrits diffèrent moins que les derniers du Codex Vallicellianus. Les plus récents au contraire marchent, pour ainsi dire, vers les manuscrits franco-saxons et vers ceux de l'école de Reims. Les manuscrits de ces deux dernières familles ont été, selon toute apparence, copiés sur le modèle des derniers manuscrits en lettres d'or. Ce résultat n'a rien qui soit contraire à ceux auxquels les chapitres précédents nous ont amenés. Mais nous devons reconnaître que, pour le texte comme à tous égards, l'école chrysographique n'a légué ni tradition ni modèle à l'école de Fréciégise et d'Adalbald, à l'école des maîtres de l'écriture semi-on- ►ciale. La tradition du texte évangélique n'a pas passé des manuscrits en lettres d'or à l'école de Tours, mais à l'école du Nord, à l'école francosaxonne.
Il est vrai que l'on paraît avoir également copié à Tours des manuscrits qui, par leur texte, et par leurs parties extérieures, appartiennent nu même groupe que les manuscrits franco-saxons * ; mais ces manuscrits paraissent être plus récents que les autres et ne peuvent par conséquent pas servir à caractériser le texte et le style décoratif de l'école de Tours.
1. On a dt'jh vu, p. 2i(') et 2 11), que le texte des manuscrits en lettres d'or (Harl. 27SS ci 15. N. 8Sô0j est fort éloigné de c.^lui d'Adalbald cl du Icxle des Évangiles de :saint Gauz din.
2. Voyez p. 232-233 et 238 (manuscrits B. N. 201, «//. 11810, etc.).