‹ Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âgeChapitre 224 sur 340 · La deuxième bible de Charles le Chauve · texte numérisé non relu

La deuxième bible de Charles le Chauve

Le ch^f-d'œuvre de l'école franco-saxonne est la deuxième bible de Charles le Chauve (Bibliothèque nationale, n*" 2), appelée aussi, du nom du lieu où elle était conservée, bible de Saint-Denis.

Cette bible, en effet, porte la cote de Saint-Denis, marquée au xiii^ et au xv^ siècle. On lit au folio 1 une note, datée du 23 octobre 1598, aux termes de laquelle Eme de Veelu, religieux de Saint-Denis et « garde des Chartres » de ladite abbaye, a remis à ce jour notre bible entre les mains de M. le président de Thou, garde de la bibliothèque du roi, suivant l'arrêt de la cour du 20 dudit mois. Ce volume, auquel il manque les dernières pages, a été en outre mutilé d'une autre manière. Une note, inscrite au folio 407, nous dit que treize feuillets de ce manuscrit, portant les numéros 408 à 420, après avoir fait partie du manuscrit Harl. 7551, ont été réintégrés dans le présent volume le 6 mai 1878 ; un quatorzième feuillet, renvoyé de Hollande par le baron de Stosch, avait été rendu à la Bibliothèque en mars 1720. Les feuillets qui ont manqué longtemps à ce précieux manuscrit avaient été dérobés en 1707 par un triste personnage, trois, fois apostat, qui avait nom Jean Aymon '. Ce ne sont pas les seuls trésors dont la trahison d'Aymon ait dépouillé notre bibliothèque, et nous n'osons pas espérer de voir les précieux manuscrits de la Vulgate, Harl. 1772, 1775 et 1802, reprendre leur place sur nos rayons. Mais ce que ne dit pas la note que nous avons citée, c'est à la suite de quelles négociations persévérantes, et grâce à quelle patriotique obstination les célèbres

1. Voyez, sur J. Aymon, La France protestante, deuxième édition par II. Boi'dier, t. I, 1877, p. G 15, et auparavant, après le Mémoire historique de Tabbé Jourdain (1 73*)), Hauréau, Singularités historiques et littéraires, 1861. p. 2^^ ^ei Le Cabinet des Manuscrits, t. 1, p. 329.

manuscrits de la Vulgate, B. N. 2, 25 et 93 (sans parler d'autres jovaux d'une égale valeur) ont retrouvé leur intégrité ' : digne prélude de restitutions plus Ijelles encore et augure de celles que la justice et l'équité nous doivent encore et que nous ne nous lasserons pas d'espérer.

Nous ne pouvons décrire ici la riche ornementation de la bible de Saint- Denis. 11 nous suffira de dire que les principaux traits du tableau de l'art franco-saxon que nous avons tracé plus haut lui ont été empruntés. La distinction, la simplicité et le bon goût unis à la richesse en sont les caractères les plus remarquables. C'est, avec moins de science géométrique mais avec plus de convenance et de sévérité, l'art irlandais dans toute sa beauté.

Trois feuillets de pourpre, placés en tète du manuscrit, contiennent un poème écrit en capitale rustique d'or dans un cadre orné d'entrelacs. En voici quelques vers (je ne les cite pas pour leur valeur littéraire) :

Biblorum seriem Karolus rex inclitus istam Contexit chryso, corde coleiis catliaro... Bihlorum série de multis muKa feruûtur, Gorrectis aliis reprobatis dcnique muhis... Fortis namque David per te regnavit et egit... Quid de evangelico textu replicabo colendo ? En ipsos apices gemmis circumdat et auro... Amisit David regnum rursusque recepit, Morte tamen geniti tristatus valde dolebat. Tuque tuo Karolo reparasti régna paterna, Nec dolor accessit, sed amor fraternus adhcesit... iEquivoco Karolo Irustratus germiue digno, Induisit pro te sœvo scœvoque tyrauno, Omnibus atque suis regno privaiitibus ipsum, Tarn bonitate proba, tanta pietate pepercit, Quin pervalde suis inimicis maxima rursus l'rœdia restituit, donans ac plura quibusdam...

Nous sommes déjà accoutumés à chercher, dans le prince qui prend le nom littéraire de David, non point Charlemagne, quia gardé ce nom dans l'histoire, mais Charles le Chauve, l'héritier des prétentions, mais non du génie du grand empereur. Le poème dont on vient de lire des extraits porte avec lui sa date, car il fait allusion, comme à un événement récent, à la mort du jeune Charles, roi d'Aquitaine, le (ils de Charles le Chauve, qui mourut le 29 septembre 865. Je n'insiste pas sur ce cpi'a de choquant l'allusion à 1' « amour fraternel » qui a uni Charles le Chauve à ses frères â

aînés.

1 . Voyez les Mélanges de Paléographie et de Bibliographie de M. Delisle, 1880, p. V.A.^

Page 1