‹ Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âgeChapitre 227 sur 340 · LA DKUXIÈME BIBLE DE CHARLES LE CHAUVE · texte numérisé non relu

LA DKUXIÈME BIBLE DE CHARLES LE CHAUVE

avons tHnbli, aprôs M. Corssen", que ce texte forme famille avec celui des autres mamiscrits franco-saxons, qu'il dilTère beaucoup des bibles de la tradition alcuinienne, surtout des plus anciennes (beaucoup moins de la première bible de Cliarles le Cliauve), et qu'il se rattaclie directement à la famille des manuscrits en lettres d'or, et surtout à la branche rémoise qui en est un rejeton Mais nous avons constaté en même temps que le texte de notre manuscrit paraît plus jeune et plus éloigné de l'original commun que celui des Evangiles franco-saxons (Lyon 357 et B. N. 257). Si cette remarque est juste, nous comprendrons mieux encore comment s'est faite la compilation d'où est sorti notre manuscrit. Ceux qui en ont établi le texte ne pouvaient préférer aucun texte des Évangiles à celui qui était copié couramment dans leur abbaye. Ce texte était le même que l'archevêque Ebbon avait introduit dans l'église de Reims.

L'observation que nous venons de faire nous permet d'enfermer entre des limites précises l'époque où ont été écrits les plus anciens des manuscrits franco-saxons : ils sont postérieurs à l'an 835 et probablement antérieurs à l'année 865 , qui a suivi celle où Charles le Chauve a perdu son fds Charles. La grande ressemblance des deux manuscrits des Évangiles avec la bible de Charles le Chauve ne permet pas de séparer par un long intervalle ces trois manuscrits ; il est donc probable que l'art francosaxon n'est pas antérieur au milieu du règne de Charles le Chauve.

Nous voudrions pouvoir en dire davantage et déterminer le monastère d'où sont sortis ces chefs-d'œuvre de l'art carolingien. M. Janitschek donne à l'école qui les a produits le nom d'école de Saint-Denis, et son hypothèse a pour elle ce fait, que deux manuscrits de cette école, la bible et un sacramentaire, proviennent de Saint-Denis. Si l'on considère la position excentrique de Saint-Denis par rapport au cercle de propagation de l'art franco-saxon, et si l'on se souvient des liens qui rattachent nos textes à la province de Reims, on sera plutôt disposé à chercher la patrie de nos manuscrits au milieu de la région dans laquelle leur influence a rayonné. Nous savons du reste comment la bible de Charles le Chauve est entrée à Saint-Denis. Saint-Vaast, qui peut montrer également un sacramentaire, un évangéliaire et un manuscrit des Evangiles, aurait des titres au moins égaux à faire valoir. Nous nous souvenons que, vers le commencement du siècle, on y copiait la Bible*. La paléographie de notre grande bible, qui paraît être celle du nord de la France, et les sommaires des Épîtres de saint Paul, qui concordent avec ceux d'un important manuscrit de Corbie, doivent également diriger nos recherches du côté de la Picardie. C'en est assez sur une question qui, si elle n'est pas encore arrivée à maturité, n'est peut-être pas loin de sa solution.

Page 1