Ada sanctorum, 20 jauvicr, p
LE CODEX PAULINUS. 293
pas ici de Charles le Chauve. Ce prince, nous dit-il, n'était pas sans héritier lorsqu'il reçut la couronne impériale, et l'espoir d'une descendance illustre, qu'expriment les premiers vers, ne saurait lui convenir. « Auricomum decus » semble être une allusion à la chevelure blonde d'un jeune roi. C'est donc au fils de Louis le Germanique, à Charles le Gros, qu'a été offerte la bible de Saint-Paul. A nos yeux, celle conclusion ne s'impose nullement. Charles le Gros reçut la couronne impériale en 881 , et il fut fait roi des Francs en 885 : Ingobert ne vivait sans doute plus à ce moment. Quelques vers prétentieux ou flatteurs comme étaient ceux des panégyristes de Charles le Chauve, et qui peuvent s'entendre de plus d'une manière, ne suffisent pas à contredire toutes les vraisemblances. Si nous ne nous trompons beaucoup, la bible de Saint-Paul a été offerte à Charles le Chauve et non à aucun autre prince.
Comme nous l'avons dit, l'illustration de notre bible est riche, mais d'un art grossier, lourd et disgracieux, et qui sent la décadence. Comme M. Janitschek le fait remarquer, le modèle des figures historiques qui ornent ce manuscrit doit être cherché dans la bible du comte Vivien, mais ce modèle est laissé bien en arrière quant au nombre des sujets. Les principaux motifs qui sont trailés ici sont d'abord l'histoire de saint Jérôme, puis l'histoire d'Adam et celle de Moïse, plus développée que dans le modèle. On voit figurer ensuite Josué, Samuel, David, Saûl et Salomon. En tête du Psautier, David est représenté écrivant et accompagné des poètes sacrés et des Cerethi et Pelethi. Achab, Judith et les Machabées terminent le cycle de l'Ancien Testament. Le Nouveau Testament commence par la représentation de la majesté divine, telle que nous la voyons dans plusieurs manuscrits. Les figures des évangélistes sont encadrées dans un quart de cercle, comme nous l'avons déjà vu plusieurs fois ' ; elles sont dans le style tragique, tel que l'école de Reims nous l'a montré. Les images de l'Ascension et de la Pentecôte et l'histoire de saint Paul, plus développée que dans la bible du comte Vivien, achèvent l'illustration de l'Histoire sainte. Les figures de l'Apocalypse complètent la décoration du livre saint,
M. Janitschek relève, dans ce cycle de peintures, 'l'excès du mouvemenc et le nombre exagéré des personnages. La bible du comte Vivien n'était pas une œuvre d'art : celle-ci lui est certainement inférieure.
La décoration en général se rapproche tant du style franco-saxon, que 1 on a cru pouvoir ranger la bible de Saint-Paul parmi les manuscrits de cette école. Les initiales à entrelacs, accompagnées de têtes d'animaux, s'y retrouvent comme dans les manuscrits franco-saxons. L'écriture, petite et fine, porte tous les caractères de la calligraphie du nord de la France. Il semble que, pendant toute la durée du ix^ siècle, l'écriture de ces pays ait très peu changé.