Voyez plus haut, p
LES KVANGILKS DE SAINT-EMMERAN. 21)5
rencontré plusieurs manuscrits de Corbie. Nous devions le faire remarquer.
Le texte des Evangiles est sans caractère et comme intermédiaire entre les diverses recensions du ix^ siècle. Les manuscrits dont il s'éloigne le moins sont les Evangiles franco-saxons et celui du manuscrit du groupe de Reims qui est le plus rapproché de ces derniers. En elfet, sur 260 passages colla tiennes, le Codex Paulinus s'éloigne :
97 fois du manuscrit Harl. 2788 ;
87 fois de la bible de Bamberg;
80 fois de la deuxième main du Codex Adœ ;
76 fois des Évangiles de Saint-Médard;
75 fois du manuscrit de Saint-Corneille {add. 11848);
72 fois de la deuxième bible de Charles le Chauve et du manuscrit d'Ebbon ;
71 fois de la première bible de Charles le Chauve ;
68 fois des Évangiles de Lothaire ;
06 fois du Codex Vallicellianus ;
62 fois d(^s manuscrits B. N. 17968 et Lyon 357, et
59 fois du manuscrit B. N. 257.
Dans les Épitres de saint Paul, le texte paraît encore se rapprocher, mais non dans tous les cas, de la première bible de Charles le Chauve.
Ainsi le texte de la bible de Saint-Paul paraît être un mélange de toute espèce de textes. Les manuscrits de Tours en fournissent le fond, mais les manuscrits du nord d'une part, ceux de Théodulfe de l'autre, y ont apporté des éléments intéressants. Cette fois encore, nous avons pu constater que la compilation est le caractère des textes neustriens (nous pourrions dire picards), car nous ne doutons plus guère que les pays qui ont formé plus tard la Picardie ne soient la patrie des textes franco-saxons et de leurs dérivés ou de leurs collatéraux.
Il nous faut parler encore des Évangiles de Saint-Emmeran et du Psautier de Charles le Chauve.
Le superbe volume par lequel nous devons terminer la revue des manuscrits royaux est également dédié à Charles le Chauve. Conservé aujourd'hui à la bibliothèque royale de Munich sous le numéro lat. 14000 et sous la cote « Cimelie 55 », il est aussi célèbre par la reliure en or dont il est revêtu que par sa riche illustration. 11 porte le nom de l'abbaye de Saint-Emmenin, à Ratisbonne, dont il a été longtemps l'ornement; on l'appelle aussi le « livre d'or ».
Ce manuscrit est peut-être, de tous les manuscrits des Évangiles qui sont conservés, le plus luxueusement décoré. 11 est écrit en entier en lettres d'or.
Les figures des évangélistes sont exécutées dans le style exagéré qu'ont inauguré les Évangiles d'Ebbon; chacune de ces figures est suivie d'une image symbolique, qui représente, non pas les emblèmes traditionnels des
évangélisles, mais les incarnations de la divinité. Le Lion de Juda, l'image du Christ, l'Agneau de Dieu et la Main divine fournissent le sujet de ces peintures. Autour de la Main divine ', on lit les deux vers:
Dextera liœc Patris mundum dicione gubernans Protegat et Karolum semper ab hoste suum.
En tète du volume, trois miniatures attirent notre attention. La première est l'image de Charles le Chauve, sur laquelle nous reviendrons tout à l'heure. La deuxième représente le triomphe de l'Agneau, adoré parles vingt-quatre vieillards sous un ciel étoile : en bas la Terre et l'Océan. La troisième est l'image de la Majesté divine : le Christ est représenté dans sa gloire, au milieu d'un losange; les quatre grands Prophètes occupent des médaillons aux quatre coins, et dans les angles on voit les évangélisles assis et entourés d'un arc-en-ciel en quart de cercle '. Celte figure est accompagnée des vers qu'on attribue, sans doute à tort, à Alcuin :
Ordine quadrato variis depicta figuris... ^.
La figure de l'Agneau doit être rapprochée de l'image analogue que nous avons vue dans la bible de Bamberg, de même que dans les Évangiles de saint Gauzelin ; le Christ dans sa gloire est le sujet classique des manuscrits des Évangiles copiés à Tours \ Quant à la figure de Charles le Chauve, elle est semblable à celle que nous avons vue dans le Codex Paulinus. La main de Dieu, sortant d'un ciel étoile, bénit le souverain, deux anges, deux hommes d'armes et les images symboliques de la France et de la Gothie l'entourent :
Francia grata tibi, rex inclite, munera defert. Gotia [te] pariter ciim regnis iuclioat altls.
Cette peinture est accompagnée de quelques vers à l'honneur du fils de Louis le Débonnaire :
HUidowic justus erat, que non rex jiislior alter Aima viro peperit Judith de sanguiue claro... Hic noiuon uiagni Karoli de nomine sumpsit... Istius imperio hic codex resplendet et aiiro.
1 , Le sujet de la Waiii divine a iHà égalemeul traité dans le manuscrit du yicdcriininslrr de Tlalisbonne (Ril)li(»lliè(iiie royale de Munich, /af. 13G0t). (pu a été décrit par le P. Cahier (Nouveaux MéUimjcs, t. I. p. 27 et |)1. n ; comparez le Catalogue, t. IV, il. p. 115).