CHAPITRE m
LA STICHOMETRIE
Le sujet délicat qui nous occupera pendant quelques instants a été traité, en une occasion différente, par un jeune savant dont le nom restera parmi ceux des maîtres. Charles Graux ne sera pas oublié de ceux qui ont apprécié la sûreté de son caractère et la modestie de son aimable nature, et ce qu'il a eu le temps de faire, dans une très courte vie, demeurera comme un choix de modèles accomplis, tant pour la méthode qui a dirigé ses travaux que pour la simplicité avec laquelle il les a présentés. Heureux l'homme qui a si bien ordonné sa vie et son étude, qu'il n'est pas possible de rencontrer son nom sans lui payer un hommage de regrets! Dans un sujet aride et rendu plus obscur par des confusions perpétuelles, Graux a apporté tant de lumière, que l'on peut continuer à coup sûr une recherche commencée sur des bases si bien établies. Nous n'avons plus même à faire pour la Bible latine ce que Graux a fait pour les textes grecs, car les résultats qu'il a acquis sont également bons pour notre sujet. Il ne nous reste qu'à les appliquer aux objets de notre étude, et ce travail ne sera ni long ni difficile. Il ne sera pas non plus sans profit '.
« C'était, dit Graux, la coutume chez les Grecs et les Romains d'évaluer l'étendue des œuvres littéraires en lignes («11:7,0'., en latin versus). La stichométrie, comme le montre l'étymologie, c'est tout simplement le compte de lignes. Pour les ouvrages poétiques, on comptait autant do. lignes que de vers. Pour la prose, on était convenu d'une ligne normale. On l'avait prise de môme grandeur qu'un vers homérique de longueur moyenne. Par suite, on se servait indifféremment des termes ïr.r, ou ati/o-., qu'il s'agît d'un compte de lignes de prose ou d'un compte de vers'. ».
c^ Il demeure dûment constaté que, à la réserve de quelques cas entachés d'erreurs et qu'on a discutés, toutes les évaluations stichométriques de l'antiquité sur lesquelles il est actuellement possible d'opérer — elles se rapportent toutes, jusqu'ici, uniquement à l'antiquité grecque — (k)nnent régulièrement, pour la valeur du stique, de 34 à 38 lettres environ, ce qui revient à 15 ou i 6 syllabes ^ ».
Ainsi « l'on demeurera convaincu, d'abord, que le stique était une unité
1. La (IcM-nière élude sur co sujcl se trouve dans le livre de M. Th. Zahn. Gcschtchfe (les nf'iiIrsIamcnUfchcn h'anoiis, t. lll, i, ISUO, p. 38 4. Il n'est uialheureuseaieut pas p()ssil)l(' de rejiarder le travail de M. Zahn comme déliuitif.