La traduction ci-dessus est cella de M. F.-X. Simonct
Le nom de Salvatus est probablement identique à Servandus, et la note arabe paraît n'être que le résumé de la note en latin.
Pour l'intelligence de celle-ci, il faut dire que Basti est Baza, Acci est Guadix, Astigi est Ecija et Asklona est Médina Sidonia. Toutes les villes mentionnées appartiennent à l'Andalousie et c'est à l'église de Séville (Hispalis) que notre manuscrit a été donné. Vera 102G correspond, dans la chronologie espagnole, à l'an 988.
Faut-il donc penser ([ue le Codex Toletanus, ce type des textes espagnols, n'est pas plus ancien que la deuxième moitié du x" siècle? De bons auteurs l'ont cru. Le jugement de la paléographie est pourtant formel. Ewald et Lœwe déclarent que l'écriture du manuscrit leur paraît du Yiii° siècle, et je crois que les bons juges accepteront tous cette opinion. Mais en réalité il n'y a nul désaccord entre les données de la paléographie et les affirmations de notre note. Celle-ci ne dit pas du tout que Servandus ait copié ni fait copier le manuscrit. En droit romain, aiictor rei n'est nullement celui qui a fait une chose, mais celui qui en revendique la légitime propriété. Le Codex Toletanus est donc bien du viii^ siècle ou à peu près, et Servandus en fut, au x^ siècle, le propriétaire et le donateur. Il est certain qu'avant d'être le manuscrit de Tolède, le Codex Toletanus a été le manuscrit de Séville.
Nous sommes moins heureux pour le Codex Cavensis et nous n'y trouvons point de note qui nous permette d'en déterminer exactement la patrie. Mais ce superbe manuscrit est d'un caractère national si évident, que l'on comprend à peine que l'on ait pu douter de son origine. Notre manuscrit ne le cède à aucun autre de ceux que nous étudions, sinon au Toletanus, tant pour son texte que pour sa décoration. Le texte est tantôt fortement mélangé d'éléments anciens, comme sont le plus grand nombre des textes espagnols, tantôt, dans d'autres livres, remarquablement pur; il se range très souvent aux côtés du Codex Toletanus. Quant à l'ornementation du volume, je ne puis guère que résumer la très bonne description qu'en a donnée, dans le Codex diplomatlcus Cavensis, D. Bernardo Caetani d'Aragona. En effet, je n'ai pas eu la satisfaction de le voir, mais la collation de M. Wordsworth, que j'ai eu le bonheur de pouvoir consulter, et les nombreux extraits que le P. Denille a bien voulu prendre pour moi de la collation qui est à Rome, me mettent à même de contrôler et de compléter les renseignements fournis par l'auteur italien.
Le manuscrit est signé. Après Vexplicit de Jérémie et au-dessous de Vincipit d'Ézéchiel, qui sont l'un et l'autre enfermés dans un beau rectangle en arabesques, est écrit en jaune pâle : Danila scriptor. M. Wordsworth a retrouvé ce nom, dont la forme est parfaitement visigolhe, parmi les souscriptions du xvi" concile de Tolède, tenu en 093. De nombreuses croix ornent le manuscrit, et c'est un nouveau trait de ressemblance avec les manuscrits espagnols. Le commencement de l'Evangile selon saint Matthieu, ainsi que le sommaire de cet Évangile, sont écrits sur parchemin