‹ Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âgeChapitre 3 sur 340 · XII PREFACE · texte numérisé non relu

XII PREFACE

possible des origines, et d'étudier surtout, dans les manuscrits, la généalogie des textes. C'est là ce que nous avons essayé de faire.

Mais quel ordre devions-nous choisir et quelle direction devionsnous donner à des recherches qui ne pouvaient s'étendre sans fin ?

Pour tout dire en un mot, et s'il n'est pas trop ambitieux de parler de méthode, nous nous sommes apphqué à suivre avec une fidéhlé constante l'ordre géographique. C'est de la géographie des textes que nous nous sommes préoccupé avant tout, nous avons mis tout notre soin à rechercher l'origine locale des diverses recensions du texte bibhque et, pour cela, à poursuivre toutes les indications qui pouvaient servir à classer géographiquement, soit les manuscrits, soit les textes, soit les leçons elles-mêmes.

Voici pourquoi celte recherche s'imposait particulièrement à nous.

On ne peut pas dire qu'il y ait un texte gaulois de la Vulgate. La Gaule est restée longtemps fidèle aux anciennes versions et c'est du dehors que lui sont venus les manuscrits de la Vulgate. A cet égard, les Irlandais, ces maîtres en l'art d'écrire, ces missionnaires par naissance et par vocation, ont exercé sur notre pays une profonde influence. 11 ne faut pas en séparer les Anglo-Saxons, ces fidèles serviteurs de l'Église de Rome, qui s'étaient formés aux mœurs de l'Irlande pour mieux gagner les Scots schismatiques. D'autre pari l'empire visigolh n'avait pu occuper une partie de notre pays sans y laisser des (races très étendues de sa riche civilisation. Les Iles Britanniques et l'Espagne, ces pays longtemps fermés au dehors et qui ont conservé plus longtemps que d'autres leur caractère, devaient nous fournir un point de départ très bien déterminé. Ce n'est pas en une fois que les textes irlandais et espagnols ont fait la conquêtr parlielle de notre pays. On peut, il nous semble, suivre la march»» des textes irlandais des rives de la Manche aux bords de la Loire. On sait mieux» encore quel chemin ont suivi les textes visigoths. La Septimanie, terre gothique, et la vallée du Rhône sont la grandi' route d'invasion des textes espagnols, et c'est au cœur do la France (|ue nous trouvons les deux courants réunis et confondus.

Mais les textes étrangers n'ont pas, à l'époque carolingienne, exercé une inlluence directe sur rétablissement des textes français L'autorité a appartenu tout entière aux textes que nous pourrions

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appeler des textes de pénétration, à ces rejetons des textes, soit espagnols, soit irlandais, qui se sont implantés, de proche en proche, dans notre pays. Ce sont ces textes, natiirahsés français, que nous devons étudier avec le plus de soin. Or les manuscrits anciens du midi de la France sont rares : trop de catastrophes ont passé sur ce malheureux pays. Mais les textes anciens peuvent se retrouver dans des manuscrits récents 11 en est surtout ainsi lorsque le pays qui a produit ces textes a été longtemps, comme nos provinces du Midi, volontairement étranger à Fintluence de ia mère patrie et enfermé dans son particularisme. C'est au treizième siècle que nous chercherons notre point d'appui, et nous le trouverons dans les versions en langue vulgaire, fidèles témoins de la tradition du pays. Or les versions provençales nous font connaître un texte tout particulier, espagnol ou, pour mieux dire, catalan par son origine, mais très distinct des textes espagnols, plein d'interpolations et remph de souvenirs des versions anciennes. Nous retrouvons ce texte dans un certain nombre de manuscrits récents, mais parfaitement groupés localement et qui rayonnent autour de Carcassonne et de Narbonne : c'est le texte languedocien du moyen âge et le texte de l'ancienne Septimanie. Remontant dans l'histoire, nous voyons le texte espagnol d'invasion établi, du huitième au dixième siècle, sur les bords du Rhône, à Vienne et autour de Lyon, mais le principal profit que nous tirons de son étude, c'est qu'il nous mène directement à Théodulfe : le célèbre évêque d'Orléans était Visigoth et Narbonne était sa patrie. Le texte de Théodulfe est avant tout un texte septimanien, fondu avec un texte franco-irlandais et corrigé par la main d'un évêque franc.

C'est une opinion étabhe depuis quelques années, que la Bible de Théodulfe est une bible espagnole, copiée et corrigée en France. C'est prendre la partie pour le tout et confondre l'ancien empire des Visigoths avec l'Espagne. Il ne faut pas chercher les modèles de Théodulfe plus loin que dans sa patrie la plus restreinte. Sans doute, la disposition générale de sa Bible est espagnole et certains hvres représentent le texte usité en Espagne : tels sont les livres des Rois et surtout les Épîtres de saint Paul. Dans ces derniers livres, Théodulfe ne fait que reproduire une édition, célèbre dans toute l'Espagne, des Épîtres de l'Apôtre. Cette édition des Épîtres de saint Paul a été

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rédigée par un inconnu qui se cache sous le pseudonyme de Peregrinus ; elle se recommande du nom de l'hérélique que l'Espagne a vénéré comme un saint et dont saint Martin de Tours a été l'ami, de Priscillien. Mais les rapports du texte de ïhéodulfe avec les textes des bords du Rhône et avec ceux du Languedoc ne sont pas moins évidents. Certains livres, les Actes des Apôtres en particulier, nous ont conservé un texte presque identique au texte languedocien, et, pai' une juxtaposition étrange, ces textes méridionaux sont associés à la recension irlandaise des Évangiles. Pour parler plus exactement, le texte des Évangiles qu'a reproduit ïhéodulfe est de ceux qui appartiennent par origine à l'Irlande et par adoption à la France du nord.

La P)ible de Théodulfe présente encore pour nous cet intérêt particulier, qu'elle est aussi conlorme au génie du peuple hébreu qu(-' peut être une traduction. Les passages poétiques sont écrits sous forme de vers, selon le « parallélisme » de la poésie hébraïque, el les livres saints sont classés à peu près dans l'ordre de la Bible des Hébreux : la Loi, les Prophètes, les écrits sacrés. Cette fidélité à l'esprit de la Bible est un héritage de la tradition espagnole, mais elle suffirait à rendre l'œuvre de l'évêque d'Orléans très précieuse à nos yeux.

Tout ceci n'est pourtant pas encore l'œuvre personnelle de Théodulfe. Ayant recueilU en un volume les textes hétérogènes qui forment sa Bible, et les ayant rangés dans l'ordre même de la Bible hébiaïque, il les a corrigés avec beaucoup de sagesse, exponctuant les interpolations et s'efforcant de se rapprocher toujours, autant (|ue possible, du texte le plus pur. C'est ainsi que sa Bible représente, en beaucoup d'endroits, un texte excellent. Malheureusement son travail est inégal, peut-être par faute de bons manuscrits, peutêtre par la lassitude du correcteur. Au reste à aucun endroit Théodulfe ne fait disparaître entièrement les leçons qu'il a écartées : il les conserve à titre de renseignement, en les marquant d'un signe de blâme. En outre, par une curiosité de collectionneur qui était dans les traditions espagnoles, il s'est appliqué à inscrire sur les marges de sa lUble toutes les variantes qu'il avait pu réunir : les manuscrits espagnols et ceux du midi de la France lui en ont fourni une ample moisson. Certains bons manuscrits espagnols lui ont également sci'vi [)Our la conection du texte, car rEs[)agne est la patrie

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