‹ Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âgeChapitre 4 sur 340 · PREFACE. XV · texte numérisé non relu

PREFACE. XV

des plus mauvais textes et des meilleurs, mais c'est à Alcuiii qu'il a le plus souvent demandé la règle et le modèle de ses corrections.

Il semble que l'évêque d'Orléans ait été un esprit large, ouvert au doute et hésitant à affirmer, et qui comprenait que tout n'est pas inutile pour la science dans les textes mêmes que nous repoussons, mais son œuvre ne devait pas lui survivre, car elle était tout individuelle, et par cela même elle ne pouvait pas être comprise. Théodulfe dut le sentir lui-même, si les malheurs de ses dernières années lui ont permis de s'intéresser encore à des questions de pure science, car il n'a pu faire copier exactement la Bible qui lui avait coûté tant de peines. Si son édition ne nous servait pas, aujourd'hui, à corriger le texte sacré, on pourrait dire qu'elle n'a eu d'autre résultat que d'augmenter la cori-uption du texte et de propager les mauvaises leçons. Un Visigolh, indépendant de caractère et d'esprit et Ùls d'un pays qui était depuis des siècles séparé du reste de la Gaule, devait rester un étranger dans l'empire de Charlemagne. La discipline et l'esprit de suite des Anglo-Saxons devaient mieux servir la volonté puissante et la pensée claire du souverain.

Nous connaissons les intentions du roi des Francs par un capitulaire de 789 : Charlemagne voulait des livres d'église correctement copiés : (( emendatos libros » . La correction de la Bible ne fut pas son premier souci, car l'unité de la hturgie avait à ses yeux une bien plus grande importance, mais il ne tarda pas à confier à Alcuin le soin de corriger le texte sacré. Ce fut là, du reste, une œuvre privée beaucoup plus qu'officielle, et aucun capitulaire n'a jamais ordonne l'adoption du texte étabh par Alcuin. En 796, Charlemagne autorise l'abbé de Saint-xMartin de Tours à faire venir d'York ses manuscrits; au commencement de l'an 801, nous voyons Alcuin près d'achever son œuvre et, à la Noël de la même année, il envoie son élève Nathanaël (c'est le surnom de Frédégise) présenter à l'empereur le volume achevé. Tous les renseignements que nous avons sur les travaux d'Alcuin relatifs à la Bible se rapportent aux environs des années 709 à 801 : c'est de ce temps que date la correction de la Bible.

Une grave question se pose ici : quelle est la Bible d'Alcuin, ou |)lutot (car ses autographes ne se sont pas conservés) quel est le texte alcuinien ? Nous possédons deux textes très différents l'un de

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l'autre, qui tous deux se réclament d'Alcuin : le premier est représenté par un seul manuscrit, le fameux Code^ Valllcellianus, le second se retrouve dans la grande famille des manuscrits copiés à Tours. Les manuscrits de Tours ont pour eux toutes les apparences, car ils sortent de l'atelier qui avait été fondé par Alcuin ; néanmoins la balance doit pencher le plus souvent du coté du Codex ValUcellianus : c'est un texte à beaucoup d'égards plus ancien et qui esl sans doute, sous plus d'un rapport, plus semblable à celui qu'a dû faire copier Alcuin.

Dans le texte du Codex Vallicellianus, nous rencontrons deux courants, l'un anglo-saxon et l'autre représentant le texte usité dans le nord de la France. D'excellentes leçons s'y rencontrent avec d'autres qui sont très suspectes. C'est un texte inégal, mais dont l'éditeur a recherché avec sincérité la pureté du texte sacré. Ce texte porte la marque de son origine, car de tous les manuscrits qui ont été étudiés, celui dont le texte des Évangiles, dans le Codex VallicellianuSj se rapproche le plus est un manuscrit bien connu, écrit en lettres d'or et plein de leçons irlandaises, qui est aujourd'hui encore conservé à Tours et qui faisait partie, depuis les temps les plus anciens, du trésor de la basilique de Saint-Martin.

Quant aux manuscrits copiés à Tours même et que la paléographie suffit à nous désigner, leur date, aussi bien que leur texte, semble les séparer beaucoup des originaux d'Alcuin. Les plus récents de ces manuscrits datent des années 840 à 850 ou de peu après ; les plus anciens remontent au règne de Louis le Débonnaire, et c'est sous l'administration de Frédégise, qui fut abbé de Saint-Martin de 807 à 834, que le calligraphe Adalbald inventa l'écriture qui a illustr»' l'école de Tours. Il serait inutile de parler ici des corruptions sans nombre qu'a subies, en ces quelques dizaines d'années, le textr d'Alcuin. Le texte des derniers manuscrits de Tours n'est pas un mauvais texte, car on lui a épargné les grandes interpolations et \q^ copistes de l'école de Tours ont, an fond, observé la pensée d'Alcuin : mais ce texte est un texte médiocre, abâtardi et sans caractère, comme doit être un texte sur lequel se sont exercés de nombreux copistes el de plus nombreux* correcteurs.

Malgré tout, l'intention de Charleinagne a été comprise et son désir a été respecté. Une certaine uniformité a été introduite dans

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