‹ Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âgeChapitre 35 sur 340 · Priscillien et Peregrinus · texte numérisé non relu

Priscillien et Peregrinus

Nous aimerions à réunir les traits caractéristiques des bibles espagnoles et à présenter, pour ainsi dire, le tableau de leur contenu. Des chapitres spéciaux et des appendices devant grouper, avec tous les rapprochements désirables, les renseignements relatifs à l'ordre des livres, aux sommaires, à la stichométrie, etc., nous devons être très court en ce moment et nous borner à ce qui intéresse l'origine de nos textes.

L'ordre des livres de la Bible varie à l'infini dans les manuscrits espagnols. Il semble toutefois que l'on puisse y reconnaître, à cet égard, plusieurs traditions. La première n'est pas uniquement espagnole, c'est celle de la fameuse préface de saint Jérôme, le Prologua galcatus des quatre livres des Rois; c'est à cette autorité que le plus grand nombre des manuscrits visigoths doivent leur division presque hébraïque en ordo legis, ordo prophetarum, hagiographoriim, opocryphorum et Novl Testamenll. La deuxième influence est celle de l'ancienne traduction, telle que l'avait éditée Cassiodore, et la troisième autorité semble être la préface des deux Testaments par saint Isidore. Les livres du Nouveau Testament sont, dans presque tous les manuscrits, groupés, d'après saint Isidore, dans l'ordre, tout espagnol, que voici : Evangiles, saint Paul, Epîtres catholiques, Actes, Apocalypse. Le Codex Toktanus, suivi par deux manuscrits, montre, pour le Nouveau Testament, l'ordre du Décret de Gélase et du concile de Cartilage, qui est celui de nos bibles imprimées. La bible de Rosas, qui semble être compilée d'éléments divers, fait groupe à part.

Quant au texte de nos manuscrits, le lecteur sait déjà que c'est souvent

1. Tel est le jnjj;euient (rArevalo [Isklorkina, t. I dos Œuvres de saint Isidore, 1797, p. 508; t. 11, p. 'J?, etc.).

PRISCILLIEN. 2l

un texle très mêlé. Certains livres, tels que les Actes des Apôtres et les Épîtres catholiques, montrent des leçons de l'ancienne version en abondance. Il me sulïira pour le moment de dire que j'y pourrais relever des rapprochements tout particuliers avec le texte de Priscillien \ Au reste, Vercellone a parfaitement établi que le texte de nos bibles espagnoles est celui du bréviaire et du missel mozarabes : ce seul mot suffît à gi déterminer le caractère.

Dans tous les manuscrits du groupe le plus important, nous avons rencontré les Canons des Épîtres de saint Paul, qui portent le nom de Priscillien. Cette œuvre remarquable n'est autre chose qu'une théologie de saint Paul. Je n'en parlerai pas longuement, car elle vient d'être publiée, après les éditions insuffisantes de Zaccagni, d'A. Mai et de D. B. Caetani, par M. Schepss, à la suite de son Priscillien (Voyez F. Paret, Priscillianus, Wurzbourg, 1891). Quoique retouché par Peregrinus, cet opuscule est véritablement, à toutes les pages, signé de Priscillien. On jugera de son style et de son caractère ascétique par quelques extraits.

Canon 1 : Deus verax est, spiritus- quoque DeuS; et Deus sœculorum; possidens inmortalitatem, estque invisibilis, liicem babitans inaccessibilem, rex etiam atque dominus : ciijus est imago ac primogenitus Gbristus, in que non invenitur est et noji, sed est tantummodo.

Canon vi : Quia peccata vel dsemones tenebrœ sive opéra tenebrariim ab apostolo nuncupenlur.

Ca"::on \ii : Quia stultorum atque carnalium vel dubiorum sit crasse de divinitate sapere vel sentire.

Canon xn : Quia Cbristus similitudinem carnis peccati sumpserit in mysterio, in quo sunt Ibesauri sapientiae : qui fecit utrumque in unum, et ascendens in altum captivam duxit captivitatem; quemque jam non secundum carnem nosse se dicebat apostolus.

1. Je n'en donnerai qu'un exemple, pris dans le passage des trois témoins (I Jean, y, 7 et 8), déjà cité à propos du palimpseste de Léon :

Priscillien : Tria sunt quse testimonium dicunt in terra, aqiia caro et sanguis, et hsec tria in unum sunt; et tria sunt quse teslimoiiium dicunt in cselo, Pater Verbum et Spiritus, et hsec tria umim sunt in Christo Jesu.

Compl^ . : Quia très sunt qui testimonium dant in terris, aqua sanguis et caro (en marge: vel spiritus), et tria hec unnm sunt; et tria sunt que testimonium dicunt in celo, Pater Verbum et Spiritus, et hec tria unum sunt in Christo Jhesu.

Leg^ : Quia très sunt qui testimonium dant in terra spiritus et aqua et sanguis et tria hsec unum sunt; et tria sunt qui (sic) testimonium dicunt in cselo Pater Verbum et Spiritus et Mi très unum sunt in Christo Jhesu.

Toi. cav. leg-** . ose. compl- ^ . B. N. 321* dem.: Quia [cpP : Quoniam) très sîint qui testimonium dant {toi. : dicunt) in terra spiritus et (om. ose. cpl'^ . 321 dem.) aqua et sanguis et hi (om. dem.) très unum sunt in Christo Jhesu (om. dem.). Et (om. toi. cpl- ; 321** : Quia) très sunt (cpl^ om. Et 3 s.) qui testimonium dicunt [dant: cpl.^ 321. dem.) in cselo Pater Verbum et (om. 321*) Spiritus {ose. cpf^ ^ . 321 : sanctus) et hii très nnum sunt.

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