‹ Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âgeChapitre 37 sur 340 · LES TEXTES IRLANDAIS ET ANGLO-SAXONS · texte numérisé non relu

LES TEXTES IRLANDAIS ET ANGLO-SAXONS

Plus encore que l'Espagne, l'Irlande a été un pays fermé à l'influence du monde romain, car elle a voulu lui demeurer étrangère. L'obstination des Scots à résister à l'invasion latine n'a été vaincue que par la persévérance de Rome, ou plutôt par la patience infatigable et la capacité d'accommodation infinie dont ont fait preuve les missionnaires romains. Tel est le caractère principal de l'histoire de l'Église dans les Iles Rritanniques. L'histoire de la Vulgate suit pas à pas les progrès de l'Église romaine en Irlande et en Grande-Rretagne, L'histoire de la Rible dans les pays celtiques n'est pas autre chose que l'histoire des relations de ces pays avec le continent, et particulièrement avec l'Église de Rome'.

Les manuscrits irlandais et anglo-saxons de la Rible latine sont très nombreux. A fort peu d'exceptions près, ils ne paraissent pas beaucoup plus anciens que le viii^ siècle, mais ils appartiennent aux chefs-d'œuvre les plus achevés de l'art calligraphique. Il est douteux qu'aucun pays, dans l'occident, ait jamais produit d'aussi beaux manuscrits que le Book of Kells et le Book of Lindisfarne. Il était donc naturel qu'un culte particulièrement fervent s'attachât à ces admirables monuments de l'art national, et que les savants des Iles Rritanniques eussent quelque peine à renoncer à l'antiquité légendaire de leurs célèbres manuscrits. Il faut pourtant savoir les mettre à la place qui leur appartient dans l'histoire des mœurs irlanlaises ; ce ne sera pas leur enlever le premier rang. Ils figurent avec d'autant plus d'autorité dans l'histoire nationale de l'Irlande, que leur témoignage est plus unanime. En effet, ils sont étroitement groupés entre eux, et le développement de leur texte se suit comme du regard. Malheureusement, par une rencontre qui n'est pas fortuite, presque tous nos manuscrits se bornent aux quatre Évangiles. Nous ne possédons qu'un seul

1. Sur ce sujet, voyez avant tout Tarticle VuUjale, de M. Westeott, clans le Dictionanj of the Bible de W. Smilh, et la belle étude de M. Haddan (A.-W. Haddan et \V. Stubbs, Couaciis and eccles. Doi:umeiif.s rckit. to Gr. Britaiii and Ireland, t. f, Oxford. 1S69), ainsi que la remarquable publication de M. T.-Iv. Abbott [Evan- (/cNonim versio anfeliieron/jiniana ex corl. Usseriano, etc., Dublin, 1SS4, 2 vol.). La description des principaux mss. se trouve dans les grandes publications de West- ^vood et du D"^ Gilbert, ainsi que dans la collection de la J'alœofjrap/iicaf sociely et dans le Calai, of a noient mss. of the British museuni. Une esquisse de cette bistoire a été tracée dans la Recrue celtique, t. VI (18S6), p. 318 et suiv. Comparez E. CGurry, Lectures^ Dublin, 18G1, et H. d'Arbois de Jubainville, Catal. de la littérature épique de l'Irlande, Paris, 1883.

Nouveau Testament irlandais, et quatre manuscrits des Epîtres de saint Paul; quant à l'Ancien Testament, il ne nous en reste guère, en dehors de quelques fragments grecs-latins', que le Psautier et les livres sapientiaux. Nous sommes donc réduits, pour les temps les plus anciens et pour la plus grande partie de la Bible, aux citations des auteurs irlandais ou bretons. Il est vrai que ces témoignages ont été étudiés par M. Haddan avec une conscience parfaite. Nous pouvons donc, même en dehors des manuscrits et avant l'époque d'où ils datent, voir clair dans l'histoire de la Bible irlandaise.

Les anciens textes latins sont le fond commun de toute la tradition ecclésiastique de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, mais, dès l'origine, nous voyons les pays celtiques s'entr'ouvrir à l'usage de la Vulgate, dans la mesure où ils subissent l'influence du monde latin. Au commencement du v** siècle, à un moment où la Bretagne est en relations actives avec le sud de l'Europe, la Yulgate apparaît dans les écrits de Fastidius. Cinquante ans après, lorsque, par le malheur des temps, ces relations ont presque cessé, nous trouvons saint Patrick confiné dans l'usage de l'ancienne version. Les invasions barbares avaient coupé le chemin aux relations littéraires avec les pays du midi. Du vi^ au vm' siècle, la Vulgate progresse, dans les Iles Britanniques, d'une marche lente mais sûre. Dès 560 environ, elle a pénétré assez profondément en Bretagne pour remplacer, avec saint Gildas, l'ancienne version dans quelques livres et pour la pénétrer, dans d'autres livres, d'abondantes altérations : je parle des plus usités parmi les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. Dans des livres moins souvent employés, tels que les Chroniques, Job, les Proverbes, Ézéchiel et les petits prophètes, l'ancienne version maintient ses positions. Si M Haddan en a bien jugé, la recension de la Vulgate ainsi peu à peu introduite ressemble au texte du Codex Amialiiius sans lui être identique : c'est dire que c'est un texte de bonne famille. En avançant dans le vil'' siècle et en entrant dans le vin°, nous constatons sans cesse, en Ecosse comme en Irlande, avec Cummian et Adamnan, comme dans les documents du droit canon irlandais, les nouveaux progrès de la Yulgate. Bientôt il ne restera plus que quelques traces lointaines de l'ancien texte latin, dont le souvenir s'en va s'alVaiblissant sans cesse. Au xiv® siècle, nous recueillons encore, dans une version anglo-normande de la Bible, les derniers échos de l'ancien texte irlandais.

Y a-t-il eu une famille de textes anciens, que l'on puisse dire spéciale-

1. iMs. Bodl. auci. F. \. 32, dont uno partie est sigiu^c do saint Ounstan, arc'luvcMjnc iU Canlcrbury (■\ ySS). Il provient do Glaslonlmry. Voyez Haddan, p. Vyi ot H. Bradslunv, CoUecied papers, 1889, p. 155 et 483.

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