LE BOOK OF ARMAGH
ment bretonne et irlandaise?M. Haddan paraît l'avoir établi, pour l'Ancien Testament comme pour le Nouveau. Pour les Évangiles, en tous cas, nous en avons un témoin excellent, c'est le Codex Usserianus \ si bien publié par M. Abbott. Le texte que contient ce précieux débris est « européen», mais il représente une recension particulière et certainement irlandaise -. Non seulement M. Haddan nous le montre se rencontrant en plusieurs passages avec le texte de Fastidius et de saint Gildas, mais nous avons sous les yeux un autre fragment irlandais, absolument identique à notre texte et qui en confirme le témoignage.
Il existe en effet, dans le recueil qui porte le numéro 1395 à la bibliothèque conventuelle de Saint-Gall, un fragment de messe des morts, d'origine écossaise ou irlandaise, paraissant dater du viii^ ou du ix^ siècle et dans lequel se lit l'Évangile de la résurrection de Lazare (Jean, xi, 14- 44). Ce fragment liturgique, irlandais s'il en fut, est d'accord, dans ses traits les plus caractéristiques, avec le Codex Usserianus. Il y a du reste une grande distance entre cet ancien texte irlandais et les textes mêlés du viif et du ix" siècle, dont il va être question.
Avant d'aborder l'histoire de la fusion des textes romains et irlandais, d'où est sorti le texte irlandais postérieur et telle qu'elle se fit surtout en Grande-Bretagne, je dois d'abord parler de deux des plus importants manuscrits nationaux de l'Irlande, le Dook of Armagh et le Book of Mulling\
Le Liber Armachanus est un des plus précieux manuscrits de la littérature nationale de l'Irlande. Il est conservé, sans numéro, à la bibliothèque de l'Université de Dublin, et on conserve avec lui l'ancienne besace, ou satchet, en cuir moulé avec entrelacs, qui lui servait d'enveloppe, suivant l'ancien usage des Irlandais, peuple missionnaire et voyageur. Un auteur de beaucoup de mérite, M. Schœll, abusant de la critique interne, a cru pouvoir faire descendre ce célèbre manuscrit jusqu'à la fin du x^ siècle. Mais l'écriture en est certainement du ix* siècle. Au reste on ne pourrait guère se refuser à accepter la très ingénieuse combinaison de l'évêque Graves. Cet auteur a lu, non sans peine, au folio 214, la signa-
1. Bibliothèque de TUnivcrsité de Dublin, ou Triaihj Collège, A. 4. 15, vii° siècle. Ce ms. est désigné, dans les collations, par la lettre r.
2. Nous n'y trouvons qu'une seule des interpolations classiques des mss. irlandais postérieurs (.Jean, xix, 30), mais le détail du texte nous révèle un grand nombre de leçons qui se retrouvent dans le texte irlandais postérieur. (Matth., xviii, 10: de pusillis istis qui credunt in me. — xxiv, 38 : nubebaiit et uxores ducebaid. — bue, II, 1 : ce iisum profiter eiitur universi in orbe terrarum. — xxii, 5 : gacisi suiit et poUiciti sunt, etc.) Le texte ancien dont le Codex Usserianus se rapproche le plus est, d'après les collations qu'a bien voulu me communiquer le Rev. G. -M. Youngman, le ms. h.
3. C'est pour mémoire que je mentionne les très anciens débris trouves dans le « coffret d'argent » ou Doinnavh Airgtd et qui sont conservés à Rotjal Irish Academy. Voyez Pétrie, Traas. R. I. A., t. XVIII, 1832; O'Curry, Lectures, p. 321; Gilbert, pl. i.
ture du copiste : Pro Ferdomnacho ores. Les Annales des quatre Maîtres mentionnent deux scribes de ce nom. Le premier, « Feardomhnach, scribe d'Armagh », est décédé en 727 et doit être mis hors de cause. Le deuxième, c( Fordomnach, le sage et l'admirable scribe d'Armagh », a son obit marqué à 845. Or M. Graves a cru pouvoir lire, au folio 52 V, dans le mélange de lettres grecques et latines qui est habituel à notre copiste, les mots : ... ach hune /pôrw]m... e dictante... bach herede Patricii scripsit. «Héritier de Patrick » fut, jusqu'au xii" siècle, le seul titre des abbés et archevêques d'Armagh, et Torbach est, parmi eux, le seul dont le nom convienne à cette place; il siégea de 812 à 813. La fin de l'Évangile de saint Matthieu étant datée in feria Mattei, le manuscrit doit avoir été copié en 812.
Le Nouveau Testament commence au folio 25, après la Confessio Patricii. Après les quatre Évangiles, on lit (fol. 105) un prologus Hilarii in apostoluni^, suivi des Épîtres, dont chacune est précédée d'une préface ou d'un argument; ces morceaux sont les mêmes que l'on trouve dans presque toutes les Bibles, mais ils sont accompagnés d'un nom d'auteur bien inattendu : Incipit prologus Pilagii in omnes sepislolas, etc.^. Après les Épîtres catholiques, l'Apocalypse et les Actes des Apôtres, on lit, au folio 191, la Vie de saint Martin. Quant au texte lui-même, il est remarquable d'un bout à l'autre du manuscrit. Dans les Évangiles, les leçons les plus pures et les plus rares se rencontrent avec les leçons et les interpolations classiques des textes irlandais. Tout le reste du Nouveau Testament est également rempli d'interpolations % et c'est surtout dans les textes
1. ut rerum nolilia tiabealur, principia rerum requircnda suât...
2. Primuin querilur quare... Romani sutit ex judels. . . Riinaai sunt in parli- Inia Halisc..., etc. L'Épître aux. Galates seule est précédée d'iiu morceau autrement intitulé : Arrjumetilum Hlrunimi in 8epi,slolam ad Galatas : Argiimentum œpistolrc liKJus brevitcr comprchendens . . .
3. Pour les Évangiles, je ne citerai que Tomission de Jean, y, 4, renvoyant à Tédition de M. ^Vo^ds\vorth. — Act., ii, 37 : demonsfrale nobia {= cpl\, etc.). — v. 17 : Aiinas priaceps sacerdotum. — ib., 29 : .1^ il/i dixcrnnt: Dco. R'.spondit aiitcm Petriis (= Théod., etc.). — vi, iO : proptcr quo'.t aryiierentur afj eo cum omni fiducia (= Théod. /fv/'j- — xiv, 2 : sed Dominus confinno pacem fecit infer illos [:= B. N. 17230**). — xv, 29: et ea que vobia fi'ri non vultis ne fecerilis afiquibns (Cf. Théod., etc.). — xvii, 27, 2^ main: dedfl itnminibus qnœrere lk'>im (= B. jN'. g** 172.>0** etc.). — xxii, 28: Qiiam facile le cirem romannm dicis {= B. N. 17200** etc.). E(jo sumnia pecini'a liane cirilafem, etc. — xxv, 21 : iiiterpeltavit me in Ern.solimis ut traderem eiim morli. Inaccnsabilem non pofui (radere einn propfer mandata que liabemus Cessaris. Si quia aitfem accussa' enm .seqnafur Cc.s.saream ubi custoitilar. Qui cum conveni.s.fent cfamarerunt : To'litc cum de vilu (== B. N. 172J0**), non oporirf rirere cum amp/ius. K(jo vero compcri, etc. — Rom., iv, 18: Tun'juam sielliv avli et lanquam liarena que e<' ad oram maris non denumerabilur a muUitudîne. — xv, 30 : utso/icifudinem inpertiamini in orationibus vesiris ad Dominum pro me (cf. ambstr. BûleB. I. G*. Monza I. 1. B. N. 172-13). — I Cor., vu, 35: ut sit frequens orafio restra ad Dominum sine iilla occupai iono. — xi, 2i: ([uod tralidi pro robis. — tl.vi.., h. 2: qui existimabantur esse jnajo'es. — Erii., ii, 5: j)rcca'is et concitpi.icrn'iis, rinijUarit nos in Cliristo, cujus gralia su m us suivi per Jldem favfi, et simul suscitaril