‹ Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âgeChapitre 5 sur 340 · PREFACE. XVII · texte numérisé non relu

PREFACE. XVII

l'établissement des textes et dans la copie des manuscrits. Que l'on considère ce qu'étaient les textes bibliques qu'on a copiés jusqu'au milieu du ix* siècle, et plus tard encore dans les lieux reculés : un mélange désolant de textes excellents et de textes détestables, quelquefois deux traductions du même livre juxtaposées, les anciennes versions mêlées à la Vulgate dans une confusion indicible, et les livres de la Bible copiés, dans chaque manuscrit, suivant un ordre différent. Après Alcuin, tout est changé; le niveau a passé sur ces singularités, le texte est devenu plus égal et sa couleur plus terne. Les anciennes versions ont été mises, presque partout, hors du texte biblique et les exemplaires du livre sacré sont devenus plus ou moins semblables entre eux : tout ceci sous la réserve de variations de détail innombrables et d'altérations incessantes. Mais, du moins, ce l'ésultat a été acquis : depuis Alcuin, la seule Bible en usage a été la version de saint Jérôme et les anciennes versions ont disparu. C'est bien là ce que Gliarlemagne avait voulu.

L'œuvre de Théodulfe n'était pas née viable, parce qu'elle tendait à perpétuer l'ancienne liberté et la diversité des textes dans un empire dont l'unité était la loi. La réforme d'Alcuin, au contraire, était inspirée par Tesprit même du règne de Gharlemagne. Quoique aucune loi ne l'ait imposée, la pensée qui l'a produite était une pensée d'autorité : la science individuelle, l'érudition et la curiosité n'avaient rien à faire sous le règne des Carolingiens. Les hommes de goût et ceux qui ont le sens de l'histoire n'en regretteront pas moins l'insuccès de la tentative de Théodulfe. Son œuvre n'était pas de son temps.

L'histoire de la Bible au ix^ siècle présente encore bien des problèmes. La paléographie les a posés, et elle en donnera sans doute la solution. Quelle est la patrie des manuscrits des Evangiles, écrits en lettres d'or et enluminés à grands frais, qui représentent l'art décoratif du règne de Charlemagne dans toute sa richesse ? Ont-ils été copiés dans l'école palatine créée par Alcuin 7 C'est à la science paléographique à en décider. Grâce à elle déjà, les manuscrits du nord de la France ont pu être groupés en une famille et localisés, comme l'avaient été auparavant ceux de Tours et ceux de Fleury. Nous connaissons leurs origines et nous savons qu'ils ne sont pas antérieurs à l'invasion des Normands, qui avait fait refluer la civilisation des

HIST. DE I.A VUliGATB. h

Page 1