S. Hieronymi opéra, éd. Vallarsi, t. XI
HIST. DE LA VULG.VTE
34 LES TKXTES PRIMITIFS.
evangelia. C'en est assez pour qu'on ait cru pouvoir attribuer notre manuscrit à un saint local irlandais qui fut évèque de Ferns à la fin du vil® siècle, à saint Moling, (d'un des quatre prophètes de l'Irlande ». Nous venons de voir qu'il est de deux siècles plus récent. Le volume n'a jamais été relié (les anciens Irlandais ne paraissent pas avoir connu l'art de la reliure) ; il est conservé dans un coffret en cuivre, qui laisse entrevoir, sous un énorme cabochon, une inscription du xiv" siècle. Les feuillets étant détachés, il a été quelque peu difficile de reconstituer les cahiers. Quant au texte, c'est un texte irlandais s'il en fut, un texte mêlé qui contient les leçons les plus curieuses et dont beaucoup rappellent le Codex Usserianus; d'autres sont d'accord avec le texte courant des Iles Britanniques'. Mais ce qu'il a de tout particulier, ce sont certaines leçons étranges et absolument uniques. Ainsi, Luc, x, 42, nous trouvons, dans les paroles de Jésus à Marthe de Béthanie, une leçon que nous connaissons bien en grec, mais qui est tout à fait inconnue en latin : Paucis vero opiis est vel etiam uno *. On a pu croire à une retouche sur le grec, et sur un bon texte grec. Mais que le lecteur veuille bien étudier de près les témoignages en faveur de notre leçon. Les excellents manuscrits qui l'ont admise ne sont pas au-dessus du soupçon, car il s'y est glissé plus d'une leçon latinisante, et parmi les rares témoins de cette variante, qui paraît bien n'être qu'un doublet, on trouve le chef de file des textes latins, le texte de la marge de la version syrienne qu'on appelle philoxénienne. Pas plus ici qu'en aucun autre cas, on ne peut dire que les Irlandais aient corrigé leur texte d'après le grec.