‹ Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âgeChapitre 41 sur 340 · Ganterbury et Lindisfarne · texte numérisé non relu

Ganterbury et Lindisfarne

Passons en Grande-Bretagne et reprenons, avec l'arrivée de saint Augustin, l'histoire des conquêtes de la Vulgate sur l'ancien texte latin.

Lorsqu'on 596 saint Augustin aborda dans l'île de Thanet, apportant la

1. Choix des leçons de la première main. M.vttii., vi, 12: remitfe... remittemus.

— il)., 13: et ne pal taris nos indiici in temptaiionem. — x, 12, la 2" main exponctue : dicenles, pax huic domui. — xiii, ô5 : yonne liic est fil ius fabri Joseph .

— XIV, 35 : adoracerunt eum et . — xxiii, 25 : plenisimt. — xxv, 1-4 : peregre exp. — ià., 30: inulilem servum nequam ciecite foras. — xxvi, 9: prelio multo. — iù., 26: accipite et mandmale. — ib., 70 : neque intellego. — xxvii, 58: corpus Jhesu. El cum uccepisset Joseph corpus Jhesu. — Marc, yi, 3: yoiine isle est fabri JiUus et Mariœ. — xii, 40: elpupellorum. — ib., 42: vcra duo minuta. — Lie, x, 21 : sic fuit placitum ante te. Et conrersus ad discipufos di.vit. — xiii, 27: omues operamini. — xiv, 23: et compelle introire quoscumque inreneris. — xv, 21: fac me sicul vnmn de merciiiariis tuis. — ib., 31 : mccum fuisti et es. — Jean, V, i: AïKjelus aulcm Domini secundum lempus lerabalur iu nalatoria et movebalur aqua. Et quicuinque prior disceudisset in nalatoria posl molationcm aqux sanus ficbat a langore quocuinque tenebatur. Voyez aussi, plus loin, lo tableau dos interpolations irlandaises.

2. 'OXiywv ôe èiTi ypsia f) §vo; : B. CM., l. 33. Hier. syrr"'K.

CANTERBURY ET LINDISFARNE. 35

liturgie romaine, la Pàque et la tonsure romaines, le christianisme autochthone avait presque entièrement disparu des pays occupés par les Anglo Saxons. Les rapprochements que l'on tenta d'établir entre les missionnaires romains et l'ancienne Église du Pays de Galles échouèrent : on devrait donc croire que l'Église missionnaire anglo-saxonne resta pure de tout mélange avec les anciennes traditions du pays. S'il faut en juger d'après nos manuscrits, il n'en a nullement été ainsi. 11 s'est conservé plusieurs manuscrits de la Bible, des plus anciens et des plus beaux, qui portent le nom de saint Augustin ou du pape saint Grégoire. Examinonsles par le détail.

Nous écarterons d'abord la célèbre Biblia Gregoriana (Musée Britannique, I. E. VI), qui est, en réalité, un manuscrit des quatre Évangiles. Ce superbe manuscrit, chef-d'œuvre de la calligraphie et de l'art saxons, n'est certainement pas plus ancien que le viii® siècle. On suppose qu'il a fait partie d'une bible complète, car il s'est conservé une numérotation des cahiers, datant il est vrai du xiii® siècle seulement, dans laquelle le folio 12 porte la cote du cahier lxxx. Le texte est une Vulgate mêlée de quelques leçons de caractère irlandais*.

Les Évangiles qui portent le numéro 286 à Corpus Christi Collège, à Cambridge, proviennent du couvent de Saint-Augustin, à Canterbury. Le plus célèbre des a maîtres » de Corpus, Matthieu Parker, fut élevé par Elisabeth au siège primatial d'Angleterre : c'est par lui que Canterbury fut privé, au profit de Cambridge, de plusieurs de ses plus beaux joyaux. Notre volume est un superbe manuscrit, écrit stichométriquement, ou per cola et commata, d'une belle écriture onciale qui paraît du vii^ siècle. En tète de l'Évangile de saint Luc, on admire une histoire de l'Évangile, en douze tableaux avec inscriptions, et une figure de saint Luc véritablement grandiose et qui est directement inspirée par l'art romain le plus pur. Néanmoins le manuscrit ne vient très probablement pas de Rome. Son texte est un texte un peu mêlé, exempt des grandes interpolations irlandaises et qui paraît admettre certaines leçons espagnoles remarquables, mais qui, dans le détail, semble tenir par bien des points aux textes irlandais et anglo-saxons*.

Le manuscrit Bodley 857, connu sous le nom « d'Évangiles de saint Augustin», ressemble au précédent comme un frère. La figure de saint Luc est presque identique à celle du manuscrit de Corpus; l'écriture est très analogue; les Évangiles sont écrits de même per cola et commata. Le manuscrit n'est pourtant copié, quant à son texte, ni sur le manuscrit de Corpus ni sur son modèle, mais il contient plusieurs leçons qui paraissent

1. Matth., V, 5: lufjunt. — vi, IG: demoUuntur. — x, 29 : sine patris vestri voliuitate. — XIII, 55: Nonne hic est faO ri fi Uns. — xxvi, 9: prœtio multo.

2. Je renvoie pour les preuves à Tédition de M. Wordswortli et je me borne à citer Matth., i, 17*: Omnes itaque gène ratio nés... sunt XLII et Luc, xi, 2* : Fiat voluntas tua sicut in cselo et in terra.

irlandaises ', et il est certainement parent du manuscrit de Corpus, auquel le rattache plus d'une particularité. Ainsi, Matth. xxii, 19, l'un et l'autre ont, pour nomisma, la singulière leçon novissima. Le texte de ces deux manuscrits paraît être à la base du développement du texte anglo-saxon. Après ce qui vient d'être dit, nous comprendrons qui si nos manuscrits portent le nom de saint Augustin, c'est qu'ils proviennent de l'abbaye qui est consacrée au souvenir du grand missionnaire. Il n'en va pas autrement du Psautier « romain » qu'on appelle le Psautier de saint Augustin \ Il ne paraît pas plus ancien que le ix^ siècle. Les textes qui se réclament du nom de saint Augustin sont de beaux textes et des textes très anciens, mais ce sont déjà des textes saxons, ce ne sont plus de purs textes romains.

Ainsi, dès le moment où la Vulgate apparaît dans le Kent, elle s'y montre mêlée d'un élément local et imprégnée de la saveur du terroir. Il n'y a guère de conquête religieuse sans une certaine assimilation du vainqueur avec le vaincu.

L'Angleterre a été le champ de bataille de l'influence romaine et de la tradition irlandaise, et la victoire du siège de Canterbury n'a pas été sans bien des revers. Les Écossais ont, au vu® siècle, colonisé les pays du nord de l'Humber, et les moines d'Jona occupaient l'île sainte de Lindisfarne alors que déjà le sud de l'Irlande négociait avec Rome. Le mélange des traditions religieuses est resté longtemps la loi des provinces du nord de l'Angleterre et plus encore des pays celtiques. lona môme fut divisé pendant une partie du viii^ siècle. Il est donc tout naturel qu'une partie des meilleurs manuscrits du type irlandais proviennent de Mercie ou de Northumbrie, et ces manuscrits sont des textes mêlés, c'est-à-dire des Yulgates remplies d'interpolations irlandaises. Le mélange des textes, tel est le trait dominant de l'histoire de la Bible dans les Iles Britanniques, de même que le mélange des rites a été le caractère de la lente conquête des Iles Britanniques par les missionnaires romains.

Où la raideur d'Augustin avait échoué, la victoire devait appartenir à l'habileté du moine de Tarse qui fut archevêque de Canterbury, de Théodore (668-G90), et à la persévérance de l'évêque d'York, Wilfrid (607-709). C'est à ces hommes remarquables, où plutôt aux collaborateurs dévoués dont ils étaient entourés, qu'il était réservé d'introduire en Angleterre la Vulgate avec les traditions romaines.

On a cru récemment avoir retrouvé un manuscrit copié par ordre de Wilfrid et offert par lui au monastère de Ripon\ Il s'agit des Evan-

1. Je citerai seulement deux passages de ce ms. Matth., x\, 15* : quod rolofaccrc de rem mcam. — ib., 28: Voa auleni quœrids de modico crescere et de maxinio minui. Cum aidem introerUiSy etc.

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