‹ Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âgeChapitre 62 sur 340 · Lyon et Vienne · texte numérisé non relu

Lyon et Vienne

La vallée du Rhône est le chemin naturel qui conduit de la côte orientale d'Espagne au centre de la France. Nous examinerons, avec un soin particulier, les manuscrits qui nous viennent des bords du Rhône, et en particulier ceux qui sont conservés à la bibliothèque de la ville de Lyon.

Je ne m'arrêterai pas au célèbre Psautier oncial, n° 351 de Lyon, que complète aujourd'hui le volume 1585 des nouvelles acquisitions latines de la Bibliothèque nationale (n° 5 de Libri). C'est un superbe manuscrit écrit en une grosse écriture onciale du vi" siècle. Le texte est celui du Psautier a gallican M) . Je ne parlerai pas non plus longuement d'un bon

1. Au contraire, le célèbre Psautier de Saint-Germain (B. N, 11947) est un Psautier ancien, c'est-à-dire antérieur à saint Jérôme.

manuscrit des Rois et des Chroniques conservé à Lyon sous le numéro 327. Les deux parties dont se compose ce manuscrit remontent, selon toute apparence, à la fin du viii® siècle et présentent une analogie toute particulière avec l'écriture qui était pratiquée à Saint-Gall vers le même temps. On lit, à la fin du manuscrit, une légende de saint Maurice : saint Maurice est le patron de la cathédrale de Vienne depuis le commencement du IX® siècle.

Le manuscrit 356 nous présente un tout autre intérêt. Il est écrit d'une écriture minuscule qui paraît dater des premières années du ix"* siècle. Il contient d'abord les livres d'Esdras et de Néhémie, d'après la Vulgate, puis la Confession d'Esdras, morceau emprunté au IV livre d'Esdras (viii, 20^-36), d'après un texte qui présente certaines ressemblances avec celui du manuscrit d'Alcalâ'. On y lit ensuite les livres des Machabées dans un texte ancien qui doit attirer toute notre attention. Ce texte est très rapproché de celui de la première Bible d'Alcalâ (le même que nous retrouvons, incomplet, dans le manuscrit B. N. 11553). Enfin nous trouvons le livre d'Esther, dans l'ancienne version, tel qu'il se lit également dans le manuscrit d'Alcalâ, ainsi que dans un manuscrit de Corbie (B. N. 11549), dans les manuscrits 6225 et 6239 de Munich, dans un manuscrit du Mont-Cassin (n° 35), et dans un manuscrit de Bobbio (Ambr., E. 26 inf.), et tel qu'il se lisait dans le manuscrit B. 7 de la Vallicellane, aujourd'hui égaré, et dans un manuscrit de Carcassonne qui est perdu. Bref, notre manuscrit lyonnais représente certainement un texte espagnol analogue à celui du Codex Complutensis. Ne semble-t-il pas que nous ayons trouvé à Carcassonne, que nous venons de nommer, et à Lyon les étapes de la marche des textes espagnols vers Paris ?

Un manuscrit non moins intéressant est conservé à la bibliothèque de l'Université de Berne (A. 9). L'écriture, qui est de plusieurs mains, ne semble pas remonter plus haut que le xi' siècle. Mais si le manuscrit est récent, son texte est ancien, et aucun manuscrit ne peut, mieux que celui-ci, nous apprendre quel a été le texte usité dans la vallée du Rhône. Il provient en elï'et de la ville de Vienne en Dauphiné, et l'on trouverait difficilement un manuscrit dont l'origine soit mieux élablie. A divers endroits on y trouve des textes étrangers à la Bible, insérés par des mains contemporaines et qui nous montrent que le manuscrit était conservé, au xi* siècle, dans une des églises de Vienne. Au commencement du Psautier, qui est c( gallican », après la préface à Sophronius, on lit des prophéties relatives aux empereurs d'Allemagne et attribuées à une sibylle-. Plus loin,

1. La Confession d'Esdras se trouve encore dans les mss. Il N. 4**. 6. 167. Grenoble 3. A. 25, et dans deux mss. cités par M. Bensly. Ces mss. sont presque tous uiéridionauK.

2. Ce texte a été publié par M. U. Usinger dans les Forschungcn zur dcufschen GcsdUdde, t. X, 1870, p. G21 ; cf. t. XI, 1871, p. 147.

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