LYON ET VIENNE
sur un feuillet resté blanc au milieu des Machabées, on a écrit la formule du serment de respecter et de défendre les droits temporels deTéglise de Vienne dans les diocèses et comtés de Vienne et de Belley, dans le diocèse de Lyon et dans le comté de Sermorens. Ce document, intéressant par rénumération des propriétés de l'Eglise, paraît la répétition d'un serment prêté une première fois sous l'archevêque Theutbaldus (970-1000 environ) par le comte laïque de Bourgogne, à titre de comte de Vienne '. A la suite de l'Apocalypse on a écrit, d'abord la Vie de saint Jean attribuée à Mellitus, évêque de Laodicée, puis une notice sur les évêques de Vienne, de saint Crescent à saint Avit, qui n'est pas empruntée à Adon\ Ces divers morceaux sont de si peu postérieurs au manuscrit où ds ont trouvé place, que l'on serait tenté, n'était l'absurdité de la chose, de croire l'écriture des additions plus ancienne que celle du manuscrit, et de dater du x® siècle le Psautier « hébraïque » qui termine le manuscrit et qui est copié après les additions. Notre bible a donc été, selon toute apparence, copiée dans la ville môme de Vienne et pour l'usage de l'église de Vienne. L'écriture est méridionale, le parchemin mauvais, l'encre pâle. Les grandes initiales sont en rouge et en noir, avec des entrelacs; après elles, les premiers mots sont écrits en une sorte d'onciale méridionale. Les premiers mots de certains livres sont ménagés en blanc (ils sont parfois passés à la couleur rouge) sur un fond noir, avec quelques lettres enchevêtrées, à la mode du midi.
L'ordre dans lequel les livres de la Bible sont rangés dans ce manuscrit ne se retrouve nulle part, sinon dans le troisième manuscrit d'Alcalâ (il s'éloigne peu de celui de la grande bible française, B. N. 45 et 93). Le texte du Pentateuque semble montrer quelques leçons espagnoles. En tète du P' livre des Bois on trouve un sommaire (c'est le seul qui soit dans tout le volume) que nous n'avons rencontré que dans deux manuscrits. Il suffît de les nommer pour marquer à la fois l'origine et le caractère local de notre texte : l'un est la bible de Bosas en Catalogne (B. N. 6) et l'autre le manuscrit 337 de Lyon. Après ce sommaire, on lit un texte de saint Isidore de Séville. Le texte des Prophètes, non compris Daniel, est exactement celui que nous retrouverons dans la bible de Théodulfe \ En tète des petits Prophètes, on lit une interprétation de leurs noms {Osée salvans, etc.) qui se retrouvera dans le manuscrit 15 de Saint-Germain (B. N. 11553). Le livre de Job est divisé, en marge, par une main con-
1. Le comté de Vienne, après avoir eu pour comte laïque Paton, vers la tin du x^ siècle, passa au xi® siècle (on ne peut fixer la date) dans la maison comtale de Bourgogne (communication bienveillaute de M. Longnon).
2. M. Tabbé Duchesne publiera ce texte dans ses Fastes ecclésiastiques des provinces du sud-est.
3. Je relèverai en particulier le livre de Baruch, avec les rubriques (/>e oraHone et sacrificio j^ro vifa Aafjucodoaosor, etc.) et la glose de Ez. , xxi, 29: Non est dœmomun divinaHo, sed Dei, etc. (Voyez plus loin, à propos de Théodulfe),
temporaine, en cinq parties, exactement comme dans le manuscrit de Rosas, déjà cité. Le texte des Proverbes semble interpolé : on y trouve, dans les trois derniers versets seulement, les additions de Théodulfe'. La Sapience et l'Ecclésiastique (ce dernier livre est mutilé) paraissent avoir le texte de Théodulfe-. Le texte des Évangiles paraît en général peu intéressant : il a sans doute subi l'influence des textes courants du ix® siècle ; celui des Épîtres de saint Paul présente également peu d'intérêt. Dans les Épîtres catholiques, au contraire, notre manuscrit montre le plus grand nombre des leçons caractéristiques de Théodulfe \ Le texte des Actes ressemble surtout à celui qu'a copié Théodulfe; ; on y voit néanmoins assez peu d'interpolations et on y trouve également un certain nombre des leçons du Codex Toletanus ou du Cavensis''. Enfin on remarque, à la fin de l'Apocalypse, de nombreuses corrections contemporaines. La deuxième main représente un texte curieux et très incorrect \ On trouve également dans les Épîtres catholiques et dans les Actes des corrections intéressantes \ Tel que nous le connaissons par notre manuscrit, le texte viennois dérive, on n'en peut douter, dans plusieurs de ses parties, des textes espagnols. A-t-il à sa base, dans d'autres parties, la bible de Théodulfe ou le texte sur lequel Théodulfe a pris modèle? Ce n'est pas le moment d'en décider, mais l'origine espagnole de notre texte est certaine. J'ajoute qu'il présente très peu de rapprochements avec des textes répandus dans d'autres régions du midi de la France et qui proviennent sans doute aussi des textes espagnols, je veux dire avec les textes languedociens.
1. XXXI, 29-30: multœ fecerunt potenllans (sic).,, timorem autem Domini ipsa coalaudat.
2. Sap., VII, 18: et consinnniationes fcmporum et medilatioaes omnium corum mulationes et divisiones temponim. — Sm., xxxvii. \2^ après Justitia: yoli con.siliari cum eo qui siispectum te habet et ab œmulatitibus tibi absconde consilium.
3. 1 Pierre, iv, 4: In (jiio peregrinantur. — II Pierre, ii, 4: sed carccribus caligiiiis iiiferi retnidens (radidit in judicium cniciandos reserrari. — I Jean, IV, 6: Qui novit Deum audit nos quia nos ex Dco su mus. Qui autem... — Ib., 8: Qui non diligit fratrem suum non habet caritafem et non novit Deum... et ex hoc. . .
4. AcT., IV, 18: Consenticnlibas omnibus denunciaverunt. — xxvii, 41: in locum bilhalassum, iiùi duo maria conveniebant {= cav. etc.). — xxviii, 29-31 : Et cum non essent inicHajcntes eyressi sunl Judci multa secum conquirenfes. Mansit aulem Paulus biennio lofo in conduclu suo disputans et recipiebal omnes qui in(jrediet)antur ad eum Judeos atque Grecos, prœdicans regnum Dei et docens quoniam hic est Christus filius Dei per quem omnis mundus judicabitur, cnm omni Jiducia sine prohibilione {= tôt. car. leg\ etc. — 2^ main: per quem omnis mundùs incipiet judicari (aiaïKiuc la lin), cf. B. >'. 4**. 7. 342, etc.).
5. Apoc, XXII, 21, 1'° m.: cum omnibus (oui. robis amen = B. N. 11503). — 2'' m.: vobiscum amen.
G. I Jean, v, 7. f'^ui.: Quoniam très sunt qui tesfimonium dant {•2" m.: in ferra) spiritus aqua et sanguis et très unum sunt (2" m.: Et très sunt qui testimonium dicunt in cœlo Pater et Filius et Spirilus sanclus cl hii Ires unum sunt).
Le texte que nous allons étudier est à la fois le plus remarquable et le moins français des anciens textes copiés en France. Le lecteur sait déjà qu'il n'y a pas, à proprement parler, de textes français, et que la France doit à l'étranger ce que ses manuscrits de la Bible ont de meilleur et de pire. Le manuscrit que nous allons étudier n'est que la seconde moitié d'une bible. C'est le manuscrit latin 11553 de la Bibliothèque nationale. Il a porté à Saint-Germain, depuis 1744- (plus exactement depuis les années 1735 à 1744), le numéro 86, mais la cote sous laquelle il est connu est Sangermanensis 15 : c'est le numéro de 1677 (peut-être est-il antérieur), qu'il portait lors des travaux des bénédictins, auxquels il doit sa légitime célébrité. Robert Estienne, qui l'avait coUationné pour sa belle édition de 1540 ', l'a désigné par l'abréviation : Ge.l. Je ne sais pourquoi ni comment on a tiré de ces trois lettres le barbarisme : Gennaimm latum. Estienne a lui-même transcrit sa formule en écrivant : S. Germani exemplar latum, et il serait imprudent de vouloir corriger son latin. Des extraits importants de notre manuscrit ont été publiés, les Cantiques, Judith, Tobie et les Machabées par Sabatier, saint Matthieu dans les collations de Martianay et de Sabatier, les Évangiles dans l'édition, en cours, de M. Wordsworth. L'évêque de Salisbury en a donné une notice que je n'ai pas à louer, mais il n'a pas porté son attention sur toutes les parties du manuscrit ; il sera d'autant plus nécessaire pour nous d'étudier le volume que Richard Simon appelait « cet excellent manuscrit de Saint-Germain-des-Prez ». Le manuscrit paraît écrit dans la première moitié du IX® siècle ; son original était, en beaucoup d'endroits, disposé per cola et commata-.
Le manuscrit commence au milieu du cantique de Moïse (Misisti iram tuam, Ex., xv, 7-19), lequel est suivi des Cantiques d'Amhacum (Hab., m), d'Anne (I Rois, ii, 1-10) et d'Esaïe (Es., xxvi, 9-19), ainsi que du Cantique des Trois-Jeunes-Gens (Dan., m, 26-90) ; les uns et les autres sont reproduits d'après le Psautier a romain », c'est-à-dire d'après une ancienne version. Les Proverbes commencent au folio 2, après les mots Explicit psalterium ; ils sont interrompus à la fin du folio 8 (xxvii, 25). Le texte de ce livre est fort intéressant et particulièrement bon, meilleur assuré-
1. Voyez rexcellente étude des manuscrits de R. Estienne que M. Wordsvvorlh a donnée dans ses Old-latin biblical texts, n° I, p. 47.
2. Dans les Cantiques et dans les Livres sapientlaux, la fin des stiques est marquée par trois points.
HIST. DE L.A VUIiGATB. 5
ment que le texle du Codex Amialinus \ Ce texte paraît le même que nous avons déjà l'tîncontré dans la première bible d'Alcalâ. Mais les mauvaises leçons, ou plutôt les leçons de l'ancienne version, prennent leur revanche sur les marges. Le texte du livre des Proverbes est en général, on le sait, un des plus tourmentés *. Les interpolations y foisonnent, et, de celles-ci, les unes sont usuelles et se retrouvent même dans la Vulgate officielle, les autres, tout particulièrement celles de notre seconde main, sont rares et d'un caractère particulièrement espagnol K Ainsi il se trouve qu'autant que nous pouvons savoir, le texte de notre manuscrit est, pour la première main, un très bon texte espagnol, pour la deuxième, un mauvais texte mêlé qui est lui-même, en tout ou en partie, espagnol.
Par suite de la perte d'un cahier, la fin du livre des Proverbes manque, ainsi que l'Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques et le commencement de laSapiencede Salomon. La Sapience n'est conservée que depuis le chapitre X, v. 1 ; elle est suivie de l'Ecclésiastique, à la fin duquel se lit la prière de Salomon, reproduite d'après l'ancienne version. Le texte de ces deux livres est d'un caractère particulièrement distingué. M. de Lagarde a publié les deux Sapiences d'après le Codex Amiatiiius% dans la pensée de faire voir combien ce célèbre manuscrit est peu digne de foi dans ces livres. Notre manuscrit, au contraire, a conservé ici un texte excellent'. Je ne dis pas qu'il soit sans faute ; ainsi, Sm., ix, 11, la leçon : Ciim aliéna muliere
\. Puov., IV, 27, il y a des traces de grattage sous les mots: vias enim — producit (om. cav. compt^*. Metz 7*. B. N. 11533. Piiy; Théod** omet vias enim — siiiistris sunt; Orl. 13 om. itinera — producet). — vi, 11: Si vero — Juyiet a te est omis (=: cav. leg-. carcass. Metz 7*). — xv, 26: om. finnabitur ab eo [= toi. cav.).
2. Le P. Denifle lui a consacré une intéressante étude (Archiv, t. IV, p. 473).
3. Puov., IX, 18: Qui adpiicabitur illi descendet ad injeros, nani qui descesscrit ab ca salvabitur (= Théod**. cav. [habscesserit liab eis]. B. >'.93**.ll505**. 1 1940 [ces 3 mss. : adplicatur... abscesserit], textes du xiii" siècle et version vaudoise). — XI, 4: JJeJuuclus justus relinquet psenitentiam, promptus autem fit et in.suilabi/is impiorum iateritus (unique). — xiii, 13 (au lieu de: Animes, etc.): Filio doloso nihil erit boni; servo autem sapicnti prospcri erunt actus, et diri- (jentur vise ejus (= Théod**. B. N. 17. 11505**; cf. 1194U** et version vaudoise). — XV, 28: Acceplx apud Dominum vive justorum, et per ip.'sos etiam inimici amici fiunt (= 11505** et version vaudoise; cf. 11940**). — xvi, 17 : Qui accipit disciplinam in bonis erit, qui autem cusiodit increpationes sapiens Jiet. Qui cuslodit vias suas custodit animam suam, diliijens autem vitum parcet ori suo (= toi. cf. cav.). — XIX, 23, après ad vitam: i\am qui sine timoré est habitat in focis quse non visitât yEternus (unique). — xx, 1 1 : e^ si cum sancfo fuerit, directa est via ejus (unique). — Je ne reproduis pas les interpolations qui se retrouvent dans la Vulgate oflicielle, xii, 11''; xv, 5''; xvi, 5''; xvii, IG''; xvni, S** et 22**).