Limoges, Tours et Fleury
Je parlerai brièvement des manuscrits qui nous viennent de Saint-Martial de Limoges. La grande et superbe bible du ix" siècle (B. N. 5 et 5*) et celle du xi'' siècle (B. N. 8 et 8*), qui est copiée sur la première, se distinguent surtout par la splendeur de leur ornementation, chef-d'œuvre de l'art auquel nous devons les émaux de Limoges. Le manuscrit des Épîtres catholiques qui est connu sous le nom de Codex Lemovicensis (B. N. 2328, viiiMx'' siècle) se rapproche beaucoup plus des manuscrits méridionaux, par son texte mêlé ', autant que par son incipil en lettres enchevêtrées à la mode du Midi. Le manuscrit B. N. 315 contient les Épîtres catholiques, les Actes et l'Apocalypse ; il a été écrit entre le xii® et le xiii® siècle. L'ordre de ses parties est celui du plus grand nombre des manuscrits visigoths; les Épîtres catholiques semblent rappeler également la recension espagnole *. Mais c'est aux bords de la Loire qu'il nous faut arriver, sans nous laisser plus longtemps retenir.
Pour reconnaître les manuscrits écrits à Tours, nous n'avons pas, en dehors du ix° siècle, de signes paléographiques certains. Pourtant le culte de saint Martin et le souvenir d'Alcuin ont laissé une si profonde empreinte sur la vie intellectuelle des Tourangeaux, que nous nous sentons portés à regarder d'abord du côté de Tours, chaque fois qu'un de ces deux grands noms se présente à nous. Or le hasard a rapproché, sur les rayons de la Bibliothèque nationale, deux manuscrits qui ont ces marques d'origine et qui trahissent l'un et l'autre un modèle espagnol.
Le manuscrit B. N. 112 contient les Livres sapientiaux et les grands Prophètes. Entre les deux parties se lit, d'une écriture un peu plus récente, la légende de saint Martin. La Sapience est précédée d'un sommaire que nous ne trouvons nulle part, sinon dans trois manuscrits espagnols. A la fin de l'Ecclésiastique, on trouve une note du copiste, dont le modèle est peut-être espagnol % mais que je ne retrouve, dans les mêmes termes, que dans un seul manuscrit, dans les Évangiles copiés à Tours par le célèbre Adalbald : Vos qui lectores estis orateproscriptore si Deo habeatis adjutorem. Le manuscrit 113 de la Bibliothèque nationale contient également les cinq livres sapientiaux, mais suivis d'un choix de textes hétérogènes. Tantôt c'est une épître d'AIbinus magistei\ c'est-à-dire d'Alcuin, tantôt ce sont des extraits d'un traité du prêtre espagnol Orose et des célèbres
1 . I Jean, y, 7 : Quia très sunt qui testimonium dicunl in terra spiritus aqna et samjiiis et hi très unum sunt; et très sunt qui testimonium perhibent Verbum et Spiritus (sic) et très unum sunt in Christo Jhesu.
2. I Jean, y, 7: Quoniam très sunt qui testimonium dant in terra, caro aqua et sanguis ; et très sunt qui testimonium dant in terra (sic), Pater Verbum et S. S. et hi très unum sunt.