TOURS ET ANGERS
longtemps on n'a pas connu d'autre manuscrit de ce texte intéressant ; M. Paul de Lagarde en a récemment signalé un deuxième à la Bodléienne ' . Un troisième manuscrit, dans lequel la Vulgate succède à l'ancien texte au verset 15 du chapitre xxxviii, se trouve à Saint-Gall (n° 11, p. 271) : ce manuscrit est le plus ancien de tous ceux qui sont conservés, car il est de la fin du yiii° siècle. Enfin un quatrième texte, presque identique mais fragmentaire, se voit à la bibliothèque du chapitre de Tolède, sur les marges de la bible visigothique dont nous avons parlé. A la fin de cette ancienne version, nous lisons, dans le manuscrit de Tours (fol. 99 v**), après les mots : et defunctus est senex plenns dierum, les mots suivants, précédés d'un obèle : Scriptum est autem resurrecturum eum cum his quos Dominus siiscitabit, puis, aussitôt après, la note : Hic inlerpretatur de syriaco libro in terra quidem habitasse Auxitiden.... Le petit texte auquel nous faisons allusion ne se trouve, sous cette forme, que dans deux autres manuscrits, dans celui de la Bodléienne, qui est anglais, mais copié sur un original du Midi, et dans un manuscrit d'Angers, qui est plus ancien que le nôtre. Dans le manuscrit n° 3 d'Angers, du x^ siècle, nous lisons, après la slichométrie de Job :
Hos sermones in ali [sic] inveni exemplar cum superiori versu quem addidi annis CCXL.VIII. Scriptum est autem eum resurrecturum cum his quos Deus suscitabit. Hic interpretatur de syriaco libro. In terra quidem habitasse Auxitidi....
Nous pouvons difficilement nous soustraire à la pensée que nous avons, ici encore, un texte des bords de la Loire.
Voici maintenant l'explication des premiers mots de la note du manuscrit d'Angers.
Au dernier verset du livre de Job, après les mots centum et quadraginta annis, on lit, dans l'ancienne version revue par saint Jérôme, les mots suivants, qui sont étrangers à l'hébreu : Et omnes anni vitx ejus fuerunt CCXLVIIl. Ces quelques mots nous ramènent encore à l'Espagne ou au midi de la France. En effet, dans trois manuscrits espagnols % nous lisons à la fin du livre de Job à peu près les mêmes mots : Omnes anni vit3d ejus fuerunt CCLX anni (le manuscrit de Léon lit, par une confusion qui est tout espagnole ^ : CCXC). Un manuscrit français (B. N. 15468, de Saint-Riquier, xiii® siècle), contient une note analogue : Et facti sunt dies vitse ejus CCLXVl. Seuls, le manuscrit de Montpellier que nous avons étudié (Harl. 4773) et un autre manuscrit méridional (Lausanne, U. 964) ont le même chiffre que celui de Tours et celui d'Angers, mais dans un autre contexte". C'est ainsi que l'histoire des textes des bords de la Loire nous oblige sans cesse à diriger nos yeux vers la frontière des Pyrénées.