ANCIENS TEXTES DES ÉVANGILES
grand nombre de leçons moins bonnes, dont une grande partie sont d'accord avec le Codex Fuldensis ; on n'y relève pourtant aucune leçon très mauvaise ni extraordinaire, sinon, Jean, vu, 29, l'interpolation des manuscrits espagnols et irlandais : Et si diœero, etc., leçon adoptée par plusieurs manuscrits français qui vont suivre et par les textes languedociens ', et, Jean, xiii, 32, l'omission de Si Deus clarificatus est in eo. Certaines corrections paraissent contemporaines ; le deuxième correcteur, qui est du VIII® siècle, a introduit certaines leçons curieuses et rares, telles que Matth., XX VII, 16 : qui propter homicidium missus fuerit in carcere, et l'interpolation irlandaise, ib,, v. 28 : indueruni eum tunicam purpuream et...., ainsi que Luc, xi, 2 et 4 : [Fiat voluntd\s \tuà\... sed eripe nos a malo.
Je rangerai aussitôt après le manuscrit de Notre-Dame un manuscrit de Colbert, qui porte la cote de Saint-Denis marquée au xv^ siècle, le manuscrit B. N. 256. 11 est également écrit d'une écriture onciale du \if siècle. C'est une Vulgate avec beaucoup de leçons des anciennes versions. J'en pourrais citer un grand nombre pour leur ressemblance avec le texte du manuscrit précédemment cité et avec la bible de Saint-Riquier (B. N. 93) dont il sera bientôt question. Je mentionnerai en particulier la correction, Matth., vi, 25 : mit quid bibatis, et la grande interpolation, Matth., xx, 28 : vos autem quœretis de pusillo crescere et de majore minoris esse. Inirantes autem, etc. *.
Nous rencontrons souvent, d'accord avec les manuscrits 17226 et 256, deux autres manuscrits qu'il nous faut considérer de plus près. Le premier n'est pas ancien, il paraît dater de la fin du ix® siècle, c'est un manuscrit de Saint-Victor, B. N. 14407. Il est écrit d'une orthographe très irrégulière et par là même il montre qu'il n'est pas dans la tradition des textes corrigés. Dans les numéros des sommaires, on remarque Vepisema employé pour le chiffre 6. Je ne m'arrête à ce manuscrit que pour le rapprocher nettement des deux manuscrits qui précèdent K
Le manuscrit additional 5463 du Musée britannique nous retiendra quelques instants de plus, car il nous offre un problème qui doit trouver une solution. C'est un fort beau manuscrit copié avec soin, presque sans
1. Ego scio eum, et si dixero quia nescio eum, ero similis vobis mendax, et scio eum, quia, etc. (= toi. compP'^. sem. ose. keii. S. Gall 60. mm. mt. g^. Autan 3. B. N. 93. 256*. 11505*. 14407. 17226. M. Br. add. 5463. Grandv. B. N. 342. 343. 11932. 16262 et les versions provençales, vaudoisc et allemande [^e/>/.]).
2. Ce texte, qui varie à rinfini dans les mss., se trouve ici dans la recension des mss. de Tancienne version « européenne » (mss. a (b) n h ?- = compl^ . M. Br. I. D. III et mss. languedociens). Le texte de notre ms. est en tout semblable à celui du ms. 12 de Douai (viii®-ix° siècle), qui provient de Marchiennes.
3. En voici quelques leçons: Matth., xxi, 17 : et docebat eos de regno Dei. — XXVI, 26: manducate. — Marc, yi, 3: faber filius et Mariae. — Luc, xviii, 14: magis quam ille phariseus. — xxi, 8: quia ego sumChristus. — xxiii, 53: exciso in petra, ^
ratures, et très bien conservé. L'orthographe est ancienne. Il est écrit per cola et commata en écriture onciale. Il est admis que ce manuscrit a été copié par ordre d'Aton, qui fut abbé de Saint-Vincent de Volturno, près de Bénévent, entre 739 et 760 environ. Je ne crois pas que cette attribution ait aucun fondement. Voici sur quoi on l'appuie : Au folio 239 v°, on lit, en lignes alternativement rouges et noires :
Précepte pli patris Atoni obtemperans exig-uus monachus Lupus beali Hieronimi labore translatuin evangeliorum scribsi libruoi, etc.
D'autre part on voit, au folio 76 v°, d'une écriture plus ou moins lombarde qui paraît du xii^ siècle, un Ventarius Ubrorum hujus ecclesie sancti Pétri monasterii de Benevento. Il est donc probable que le manuscrit a été au XII' siècle à Bénévent. Mais la conclusion qui fait d'Aton un abbé du duché de Bénévent me paraît aussi aventureuse que le raisonnement par lequel on a retrouvé au Mont-Cassin l'écrivain du Codex Amiatinus. 11 n'y a pas l'ombre d'une raison paléograpliique pour placer l'origine de notre manuscrit au sud de l'Italie, et son écriture ressemble fort à l'onciale artificielle du commencement du ix^ siècle. Le texte est fort rapproché de celui du groupe parisien, qui vient d'être étudié, sans toutefois y être identique ; on y trouve ce mélange de leçons espagnoles et irlandaises qui nous a semblé former le fond des textes français des Évangiles '.
En face de ce groupe de manuscrits, échelonnés entre le vu® et le IX® siècle, et auxquels l'Église de Paris paraît servir de centre, je pourrais mentionner une autre famille de textes interpolés des Évangiles, dont le texte paraît se rattacher à celui d'une grande bible (B. N. 11505) qui provient de Saint-Germain *. Dans l'un ou l'autre de ces manuscrits, je pourrais montrer des interpolations irlandaises ou des particularités évidemment anglo-saxonnes \ Je devrais également rendre le lecteur attentif à un manuscrit de Bichelieu, paraissant du x® siècle (B. N. 16275), dont le texte n'est pas ordinaire et où une deuxième main a introduit des leçons irlandaises. Mais ces manuscrits sont d'époque récente et il doit nous suffire d'avoir trouvé, au milieu du pagus de Paris, une famille de textes géographiquement bien déterminés, où les anciens textes espagnols et irlandais se sont, pour ainsi dire, rencontrés.
1. Je ne citerai que les deux interpolations. Jean, m, 6: caro est, quia de carne nalum est... spiritus est, quia Deus spirilus est et ex Deo natus est.
2. B. N. 9386 (ix° siècle, de la cathédrale de Chartres), 264 (ix« siècle) et 268 x' siècle).
3. Ms. B. N. 9386, Matth., xxvh, 49, interpolation irlandaise. — Ms. 268, interprétation des noms hébreux comme dans les mss. irlandais et particulièrement dans le ms. d'Echtcrnach. — Dans les deux mêmes mss., le sommaire de saint Luc, mutilé des premiers mots, commence par Ommutuit, comme dans les Évangiles de saint Augustin (Bodl. 857; voyez ci-dessus, p. 57).