Les bibles de Saint-Riquier
La bible en deux volumes qui porte les numéros 11504 et 11505 à la Bibliothèque nationale a formé les manuscrits 3 et i, puis 16 et 17 de Saint-Germain ; Robert Estienne la désignait du nom de manuscrit long de Saint-Germain, c( Ge. o. ». Dans l'O initial de l'Ecclésiastique (t. II, fol. 11 v°), on lit la date : Ânno régnante domno Hludovvicus VII f, c'estî\-dire 822. Le monogramme qui est au centre de cette légende était entouré d'une autre inscription qui a été grattée ; il a pour initiale un M et il semble devoir se lire : Michael Gabnhel. Au folio 206 du même volume, avant les Épîtres catholiques, on lit : Giihernalor Michael Gabrihel angelo. Les notes tironiennes qui suivent ces mots ne paraissent pas devoir nous aider à débrouiller le mystère de l'origine de notre manuscrit ; M. Omont y a retrouvé les lettres : Qui monach... anim... do... con... La paléographie est celle des manuscrits copiés dans le nord de la France. Le manuscrit vient de Corbie, mais il était au xv° siècle à Saint-Germain. Dans cette abbaye, un culte spécial était consacré aux archanges. La tour de l'entrée était sous l'invocation de saint Michel : il en fut du reste ainsi de plusieurs couvents aux temps anciens du moyen âge. A Saint-Riquier, les tours du parvis étaient sous l'invocation des archanges '.
En tête de la Genèse nous lisons dix-huit vers :
In hoc quinque libri retinentiir codice Moysis...
Ces vers sont d'Alcuin. Néanmoins le texte de notre manuscrit ne semble avoir rien de commun avec les textes copiés à Tours non plus qu'avec le Codex Vallicellianus. Il en est de même du manuscrit 1190 de Vienne, qui est, de toutes les bibles, celle qui contient le plus grand nombre de poèmes d'Alcuin. L'ordre des livres indiqué dans ce petit poème n'est en rien celui que l'on retrouve dans notre manuscrit ; celui-ci se rencontre, à cet égard, avec les manuscrits de Tours.
Nous étudierons en détail le texte de ce manuscrit, sans nous occuper, pour le moment, des nombreuses corrections et additions de la seconde main.
La Genèse présente un texte très remarquable, où l'on relève des leçons très rares et souvent très bonnes, et qui ne se retrouvent que dans un petit nombre de manuscrits*. Peut-être celui auquel notre texte ressem- IdIc le plus est-il le manuscrit en onciale de la bibliothèque ottobonienne.
1. Voyez Albert Lenoir, V Architecture monastique, t. Il, p. 67.
2. Gen., III, 15* : Ipse conteret capat tuum {= ottob. toi* . vall* . Tours 10*. Monza G. i et L. |). — Ex., xxviii, 42* : femina (= am* . toi. ottob. Zurich. B.N. 45. 11532). — xxxii. 15*: tabulas testimonii manu l)ei scriptas {= Théod.). — Ib., 28*: quasi tria milia {= toi. ottob. B. N. 11532*). — Nombres, xxiy, 22* : de stirpe Cham (= vall. B. N. 1. 2. 3. 6. G8. Zurich. Monza. Eins. 1).
au Vatican '. Néanmoins, les interpolations et les mauvaises leçons n'y manquent pas*. Le texte des Rois est un bon texte, sans les interpolations ; il s'y est pourtant glissé quelques-unes des additions que nous reconnaîtrons plus tard comme faisant partie du texte de Théodulfe'.
Les Prophètes suivent les livres des Rois. Le texte paraît en être assez pur, néanmoins on y rencontre quelques interpolations ^
Job et le Psautier manquent ; ces deux livres devaient remplir deux cahiers à la fin du premier volume.
Les livres sapientiaux montrent un bon texte, qui ressemble de près à celui de Théodulfe sans lui être identique. Au reste une grande partie de l'Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques et la plus grande partie de la Sapience ont disparu. Le deuxième livre des Chroniques se termine (t. II, fol. 50 V) par cette note :
Explicit liber. Si quis in hac interpretatione voliierlt quid reprehendere, interroget hebreos, suam coriscientiam recelât, videat ordinem textumque sermonis, et tune nostri laboris si potuerit detrahat.
Après les livres d'Esdras et de Néhémie, on lit le m® et le iv' livre d'Esdras. Ces deux livres apocryphes sont disposés dans un ordre particulier', que nous ne retrouvons exactement dans aucun autre manuscrit. Malgré cette différence dans la disposition des parties, nous remarquons ce fait étrange que tous les manuscrits du iv^ livre d'Esdras qui sont connus, à l'exception de celui de Corbie (Amiens 21), d'un manuscrit de la Mazarine (n° 7) et des trois qui sont en Espagne, soit 8i manuscrits, et tous les textes imprimés, ont notre manuscrit 11505 pour original, pour le IV® livre d'Esdras seulement. En effet, dans notre manuscrit, une main inconnue a coupé un feuillet entre les mots : et injusticix non dormibunt et : primus Abraham propter Sodomitas (vu, 35 et 36). La raison en est
1 . Manuscrit de Toctateuque, en onciale, écrit au viii® siècle par un nommé Dominicus. Voyez, sur ce ms., qui était appelé autrefois Codex Cerviiiiamis, Vercellone.
t. I, p. LXXXVII.
2. Voyez en particulier le grattage de Nombres, iv, 14, qui cache la leçon omtiia vasa, etc. — Ex., xxxvi, 34 : (= Vulg.). — Ib., 38 : quas openiit auro.
3. I Rois, XX, 12: Vivit Dominus Deus Israël (= Théod*. B. N. 11532. 11353).
— Il Rois, V, 20 : et percussit eos ibi (= Théod*.). — vi, 20 : benedixit cum et ait (item). — IV Rois, xxi, 26 : Dormirifque cum patribus suis et sepclicntnt eum.
4. Es., xiii, 5* : omnem terratn Chaldœonim et Babylonis (= B. N. 6**. Genève 1 ).
— JÉR., Li, 11, à la tin : Rcx Mcdonim, etc.).
6. F° 60 v° (d'une écriture plus fine) : Darius autem rex (III Esdr., m, 1 — v, 3)... ascendcre simul cum illis. Doxa patri ke io ke aio pneumati ke nin ke eis (os eonis... 61 : Liber Ezrœ proph. secundus filii Sarei (IV Esdr., i, 1 — ii. 48)... 62 v° : et quanta mirabilia (2° m.: Domini Dei) vidisfi... Inc. liber Ezrx tertius : Et fecit phase Josias (III Esdr., i, |— », 15)-.. c^ Dabihniain llierusalem. Inc. liber Ezrœ quarlus cum iwrsus. II DC. Anno tricesimo ruincc cirifads eram in Babilonem eyo Salathihel qui et Ezras (IV Esdr^. m, 1 — xiv, 47)... 70 v©: Et Jeci sic... Inc. liber quinfus Ezrx cum ver. IICCXXX. Ecce loqucre (IV Esdr., xv-xvi)... 73 : ad dcvoralionem ignis.