‹ Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âgeChapitre 81 sur 340 · Voyez p · texte numérisé non relu

Voyez p

HIST. DE liA. VUIjGATB.

Le texte des Évangiles est très impur. J'ai déjà dit plus haut qu'on (;n trouve les éléments dans un groupe de manuscrits des Évangiles, dont l'un provient de Saint-Denis, un deuxième de Notre-Dame et un autre de Saint-Victor'. C'est, comme il serait facile de le montrer, un texte dont les caractères principaux paraissent espagnols, et qui n'est peut-être pas sans avoir recueilli plus d'une leçon irlandaise.

Le livre des Actes nous offre un choix tout particulier de leçons étrangères à la Vulgate et de gloses, les unes et les autres d'un caractère espagnol et ressemblant surtout aux textes languedociens : tant il est vrai que les textes établis à Paris ont pris, pour pénétrer en France, la route de la Catalogne et de la Septimanie, terre visigothique. Après les exemples que j'ai donnés à la page 96, je ne reproduirai plus que deux spécimens de ces leçons espagnoles ou méridionales :

XXII, 26 : Quo audito centurio quod civem romanum se esse dixit*.

xxvni, 29-31 : Et cum non essent intelligentes egressi sunt Judœi multa secum conquirentes. Mansit autem Paulus biennio toto in suc conductu disputans et suscipiebat omnes qui ingrediebantur ad eum Judœos atque Grœcos, prîedicans regnum Dei et docens quoniam hic est Ghristus filius Dei per quem omnis mundus judicabitur, cum omni flducia sine prohibitione, (Voyez p. 64.)

Telle est la fin du livre des Actes, non seulement dans notre manuscrit, mais dans toute une famille de textes dont les représentants les plus anciens sont en Espagne et les plus récents dans le midi de la France \ Les Épîtres catholiques ont également un texte espagnol ou languedocien, dont voici les deux interpolations les plus caractéristiques :

I Jean, v, 6 : Hic est qui veuit par aquam et sunguinem et spiritum J. G

sed in aqua et sanguine et spiritu ''.

1. Mss. B. N. 206, 17226 et 14407 et M. Br. add. 5463. Voyez plus haut, p. 1)0- 92. .le me borne, en ce moment, à citer quelques passages. M.\tth., vi, 25 : aut qnid bibatis (= <; • ô, anciens textes, gig. B. N. 256**. gat* . Iiolm.). — Luc, xi, 2 : Fiat voluntas tua {= harl. leg^*. œm* . Théod. B. N. 256*. 17226**, ancienne version). — Ib., 4: sed eripe nos a malo (= B. N. 256**. 14407. 17226**, ancien texte).

2. = gig. B. N. 6 [dixerei). 342. 343. 11932. 16262. Vienne 1190. Anibr. E. 53 inf. Harl. 4773, versions provençale, vaudoise et allemande [tcpL).

3. Les mss. que voici ont exactement le texte que nous venons de reproduire: toi. cao. leg\ compl-. ose. Ambr. E. 53 inf. Berne A. 9. B. N. 10. U. 305. 309. 341 (oui. Cliristvs)^ etc., versions provençale (B. N. fr. 2425), catalane et allemande (tepl.). Les mss. suivants au contraire terminent le livre (après sine prohibitione) par les mots: quia hic est J. C. Jllixis Dei per que m incipiet tôt us mundus judicari: leg^. dem. B. N. 4**. 7. 202 (om. quia). 315. 342. 343. 11533. 11932. 16262. Lvon 347. Mars. 250. ms. provençal de Lyon, etc.

4. = toi. cav. compn. ose. leg-**. B. N. 6*. 11553. 16722. Venisel. 8. Vienne 1190*; cf. Théod.. qui n'a Pinlerpolation qu'à la première place {et spir. et sang), et les mss. suivants qui ne Tout qu'à la deuxième: B. N. 341*. compl*. (et sang, et earne) arm. [sed in aq. et sang, et spiritu qui testificantur) et la version provençale. B. N. fr. 2425.

TKXTFS PARISIENS. 00

l Jean, v, 20 : Et scimus quoniam Filius Dei venit, et carnem induit nostri causa et passus est et resurrexit a mortuis et adsumpsit nos, et dédit nobis sensum, etc. *.

Le texte des Épîtres de saint Paul n'est pas non plus un bon texte. Il s'y trouve un certain nombre de mauvaises leçons ou d'interpolations, et plusieurs de ces interpolations se retrouvent dans la bible deRosas, c'està-dire dans le texte catalan, auquel notre manuscrit nous ramène sans cesse *.

L'Apocalypse paraît avoir quelques bonnes leçons. Son texte n'est peutêtre pas sans rappeler celui de certains manuscrits méridionaux.

Nous avons donc retrouvé dans un manuscrit français un texte espagnol ou plutôt catalan, étroitement lié à celui que nous rencontrons, jusqu'au XIII'' siècle, seul usité en Languedoc, où les Visigoths l'avaient sans doute apporté. Il nous reste à prouver que ce texte, méridional par son origine, est en même temps un texte français entre tous.

Nous avons vu que la grande bible dont nous parlons, et qui a été écrite au IX® siècle, était avant la fin de ce siècle dans l'abbaye de Saint- Riquier. La liste des reliques qui y est copiée est en effet presque identique à celle des reliques qu'Angilbert avait données à cette abbaye {AA. SS. 0. S. B., s. IV, I, p. 114). Nous avons également remarqué que le texte des Évangiles, dans cette bible, est à peu près le même que celui d'un groupe de manuscrits très anciens dont deux sont du vu® siècle et proviennent de Paris. Nous avons vu ensuite les leçons les plus remarquables de notre texte copiées, dès le ix® siècle et peut-être dès l'an 822, sur les marges d'un manuscrit qui est intimement lié à celui-ci et qui a probablement été copié de même à Saint-Riquier.

Deux manuscrits, en outre de ceux que nous connaissons déjà, présentent une relation toute particulière avec le nôtre. Le premier est le manuscrit B. N. 309, du XI* siècle environ. On y voit d'abord les Épîtres de saint Paul, parmi lesquelles l'Épitre aux Laodicéens, qui suit celles aux Thessaloniciens (cette disposition est très rare), puis, au folio 63, la préface des Épîtres catholiques, suivie immédiatement, au verso, des Actes ; après les Actes, les Épîtres catholiques, l'Apocalypse, et, pour finir, l'ar-

\. = m {quia) Hil. toi. cav. compV'^-^. ose. {redemit) Harl. 4773. B. N. 6. 10. 11. 202. 306. 309. 321*. 11553**, etc., et les versions provençale (B. N. fr. 2425) et allemande [tepl.). Tous ces niss. omettent et avant adsumpsit. Cf. B. N. 342* (et iiid. carn. pro nobis et mortuus est et ass. nos), 343, ms. prov. de Lyon et Bible vaudoise [et ind. carn. pro nobis et mortuus est pro nobis et res., etc.) et 1G262 [et ind. carn. pro nob. et mort, est pro nob. et ass. nos).

2. Rom., II, 28: quœ in palam {= Vienne 1190). — vu, 23: captivum me ducentem {= B. N. 6). — I Cur., ii, 1G : nisi spiritus Domini (voyez p. 7 6). — iv, 16: Rngo ergo vos, plâtres. — xi, 24 : Accipite et édite (= B. N. 30.j). — xv, 54 : Cu?n aulem corruptibile hoc iiiduerit incorruptioiiem et morlale, etc. {= d. B. N. 17250** [corriiptum'], avec les meilleurs qiss. grecs). — Ei'u., ii, 5 : cujus yratia sumus salvati (= B. N. 1150)**). — Col., m, 8: turpcm sermoiiem de ore vestro non procédât (= Metz 7**. Monza. B. N. 1*. 3. 342. IIoOj*, etc.).

iOO LES ANCIENS TEXTES FRANÇAIS.

gument des Actes et le Cantique des Cantiques. Le texte des Actes esl exactement celui du manuscrit 93. Il paraît en être à peu près de même dans les Épîtres catholiques '.

L'autre manuscrit est le numéro 305 de la Bibliothèque nationale; il paraît dater également du xi^ siècle. On y lit les Actes des Apôtres, les Épîtres catholiques, et parmi celles-ci l'Epître aux Laodicéens, comprise entre les Colossicns et les Thessaloniciens, enfin l'Apocalypse. Ce manuscrit paraît avoir exactement, dans les Actes, le texte du manuscrit 93. Dans les Épîtres catholiques, dans celles de saint Paul et dans l'Apocalypse, il en est à peu près de même. Mais les Actes nous montrent une particularité tout à fait remarquable. Le nom Dionysius Areopagita (xvii, 34) y est écrit en lettres rouges. Le manuscrit a donc été certainement copié, sinon à Saint-Denis, du moins dans le diocèse de Paris. Si donc nous trouvons notre grande bible copiée, pour les Évangiles, sur le modèle d'un manuscrit de Saint-Denis, si nous la voyons elle-même, au IX* siècle, dans une grande abbaye des bords de la Somme et si elle est étroitement liée à une bible de l'an 822, qui paraît également copiée à Saint-Riquier, si enfin son texte fait encore autorité à Paris au xi** siècle, nous croyons avoir toute raison de l'appeler la bible française. Le texte, en partie espagnol, qu'elle représente a, selon toute apparence, été usité pendant plusieurs siècles en France.

Nous retrouverons, dans le manuscrit 1190 de Vienne, un texte qui rappelle de près celui-ci copié, au commencement du ix^ siècle, dans une abbaye du nord qui est peut-être Saint-Vaast d'Arras. C'est ainsi que notre texte, parti des frontières de l'Espagne, s'est ramifié jusqu'à l'extrémité du royaume des Francs. Mais il nous faut d'abord étudier le texte qui fut usité à la même époque dans le pays que nous appelons aujourd'hui la Lorraine.

Page 1