Voyez plus haut, p. G7 et
à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, objet de nos regrets continuels.
Nous avons déjà touché un mot des manuscrits des anciens textes qui proviennent de Corbie ; ils nous montrent les anciennes versions copiées fort longtemps dans cette abbaye. Avant la fin du viii'' siècle, nous allons y voir la Vulgate solidement établie, non sans pactiser pendant bien des années encore avec les textes anciens.
Il existe à la bibliothèque de la ville d'Amiens, sous les numéros 6, 7, 41 et 12, quatre volumes qui ont certainement fait partie d'une bible en un grand nombre de volumes. Quoiqu'ils soient d'un format inégal et qu'ils ne soient pas copiés dans le même système, ils font évidemment partie d'un même ensemble, et la bible complète ne devait pas compter moins de douze volumes. Dans le premier, les cahiers sont marqués à la fin, les vingt-trois premiers par les lettres de l'alphabet, en lilas (ces lettres sont entourées de pointillés verts et rouges), les derniers par des chiffres lilas; dans le deuxième, les lettres de l'alphabet sont employées de même; dans le troisième, les lettres de l'alphabet sont peintes en rouge et en vert et entourées de pointillés en rouge, en noir et en vert; dans le quatrième volume, la marque des cahiers, s'ils ont été marqués, a disparu. La couleur lilas, s'unissant au rouge, au vert et au jaune dans les rubriques en onciale et dans les titres courants, forme le trait caractéristique de ce beau manuscrit. L'écriture est une belle minuscule qu'on pourrait croire du ix^ siècle, si le manuscrit n'était daté.
Au folio 96 du manuscrit 11, à la fin des Machabées, on lit, dans la même onciale en quatre couleurs que nous avons déjà remarquée, cette inscription :
Ego Maur dramnus abb.. propter Dei amorem et propter conpendiuin legentium hoc volumen lieri jussi. Quicumque hune librum legerit Domini misericordiara pro me exoret.
Mordramne fut abbé de Corbie jusqu'à l'an 781, où il abdiqua en faveur d'Adalard.
Le texte de la bible de Mordramne est, comme tous les textes du viii° siècle et comme ceux du commencement du ix", très inégal. Il paraît différer profondément des textes que l'on attribue à Alcuin. Le Pentaleuque contient un grand nombre de leçons mauvaises, dont plusieurs, du reste, sont rares. Il en est de même des livres de Josué et des Juges, où nous rencontrons une interpolation déplacée, signe de compilation'. Le texte des Proverbes n'est ni bon ni mauvais; il contient les additions qui se trouvent partout. Celui des deux Sapiences, et en particulier de l'Ecclésiastique, est très intéressant et absolument en dehors de la tradition
1, Juges, vu, 24: atqvc Jordancn usque Bethbera.
CORBIK. 103
ordinaire; on y trouve quelques très bonnes leçons. Le texte des Machabées n'est pas bon, mais, dans ces livres comme dans les corrections de l'Ecclésiastique, nous rencontrons un certain nombre de leçons, d'un caractère local très accentué, que nous ne retrouverons pas ailleurs que dans les corrections de la grande bible de Gorbie, B. N. 11532 et 11533'.
Plusieurs manuscrits provenant de Corbie, et qui sont de peu plus récents que la bible de Mordramne, nous ont conservé des textes importants ou méritent notre examen à des titres divers.
Le célèbre Psautier de Corbie (bibliothèque d'Amiens, n" 18) est écrit au ix^ siècle ou même entre le viii'' et le ix*" siècle. C'est un Psautier « gallican », suivi des cantiques de l'Ancien et du Nouveau Testament, du Te Deum et du Symbole d'Athanase, mutilé à la fin. Ce beau manuscrit a été certainement écrit au diocèse d'Amiens. On y trouve deux litanies, toutes deux ajoutées dès le ix'' siècle; celle de la fin, folio 14-1 v°, montre les saints de la Picardie, auxquels sont joints à la fin saint Gall, saint Colman, saint Kilian, saint Boniface, etc. '^ ; la première mentionne également les saints du Nord, avec saint Boniface. C'est dans la deuxième que se trouve la prière : Ut imperatorem et exercitiim Francorum conservare digneris, ut eis vitam et sanitalem alque victoriam dones... te rogamun.
Le manuscrit 10 d'Amiens jouit d'une certaine célébrité depuis que M. Bensly y a découvert le seul texte complet, connu à ce moment, du IV^ livre d'Esdras. Il est écrit au ix*' siècle. Ce manuscrit est du très petit nombre de ceux dont le texte est antérieur à la mutilation qui a été très probablement faite à Saint-Riquier; il contient donc le fameux passage sur la prière pour les pécheurs qui a été cause de la mutilation du manuscrit B. N. 11505. Les autres manuscrits intacts sont tous en Espagne, excepté un manuscrit qui provient des Cordeliers de Paris (Mazarine 7); le texte du manuscrit de Corbie ne paraît néanmoins pas être parent des textes espagnols.
L'intérêt du manuscrit 13174 de la Bibliothèque nationale réside moins encore dans son texte même que dans une note qui l'accompagne. C'est un manuscrit des Actes, des Épîtres catholiques et de l'Apocalypse, écrit probablement à la lin du ix*" siècle. Le texte en paraît bon. Je n'en citerai qu'un seul verset. Le passage des trois témoins (I Jean, v, 7) s'y lit en ces termes :
Quoniam très siiiit qui tcstimoiiium daat, spiritus aqua et sanguis, et très unum sunt.
t. Notez les leçons Puov,, m, '^0: homineni iacolam p'usfra. — Sai'., vh, 18: (= S. Gall 7). — SiR., I, Si-S'S fiU omis. — vi, 31** : jUa iacinctina ac ligatura (B. N. 11533**). — H Mach., iv. 7 (= B. N. 11533**). — xii, 2 {it.).
2. Une main du ix^ siècle a ajouté dans Tune et Pautre liturgie : S. Adarade (sic), S. Ratberle, S. Precordi.
C'est la leçon des bons manuscrits '. Une deuxième main, presque contemporaine, a complété ainsi ce texte :
Ouoniam très sunt qui testimonium dant in terra, spiritus aqua et sanguis, et très unum sunt; et très sunt qui testimonium dicunt in caelo, Pater Verbura et Spiritus sanctus. et hi très unum [sunt].
Ce texte est exactement (à l'exception des mots quia et et Filins) celui de la première main de la bible de Théodulfe. Mais à la fin du manuscrit, sur le \erso de l'avant-dernière garde (fol. 139), au dos de la page qui contient Tépitaphe du célèbre abbé de Corbie, Ratoldus, le même écrivain sans doute auquel est due la correction qui vient d'être citée, a écrit les quatre variantes que voici :
[A]uu[usTiNusJ : Ouoniam très sunt qui testimonium dicunt in terra, spiritus aqua et sanguis, et hi très unum sunt in Christo Jhesu ; et très sunt qui testimonium dicunt in cselo, Pater Verbum et Spiritus, et hi très unum sunt.
Item : Hi sunt qui testiûcantur in ceelo, Pater et Filius et Spiritus sanctus, et hi très unum sunt.
Athanasius : Très sunt qui testimonium dicunt in cselo, Pater et Verbum et Spiritus, et in Christo Jhesu unum sunt.
FuLGENTius : Très sunt qui testimonium perliibent in coelo, Pater Verbum et Spiritus, et très unum sunt.
Le texte mis sous le nom de saint Augustin est exactement celui du Spéculum attribué à tort à ce Père. La deuxième variante ne se retrouve pas dans les œuvres de saint Augustin; elle parait d'accord avec le texte du palimpseste de Freisingen (^), avec celui de Cassiodore et avec la traduction latine du commentaire de saint Épiphane sur le Cantique des Cantiques ; il faut aussi la rapprocher de la bible de Corbie, qui sera citée tout à l'heure. La citation suivante est tirée du livre du Pseudo-Athanase sur la Trinité; enfin Fulgence est cité exactement d'après sa Responsio ad Arianos. Dans ce curieux essai de comparaison des textes, il y a assurément bien peu de critique, mais une réelle érudition, et c'était sans doute un homme de beaucoup de lectures que le moine de Corbie qui amassait ainsi les variantes du passage le plus discuté de la Bible. Il est vrai que cette érudition-là est la mort des bons textes et l'origine de toutes les interpolations.
Nous avons conservé, parmi les manuscrits de Saint-Germain (B. N. 11532 et 11533), une belle bible en deux volumes qui provient de
1. Am. fuld. harl vall* . paiil. Icg^*. B. N. 1. 2. 3. 4*. 5. 8. 47. 93*. ^ÔO. 8847. lloOô. 17250*. Maz. 189 A. .\ngers 1. 2. 3. Chartres 73. Reims 2. 19. Bauiberg 5. Zurich. Grandv. Berne 4. Cologne 1. Mon/a S. liait G3*. Munich G230. etc. — Arm. Berne A 9*. B. >". G* 11503 et M. Br. i. e. mii* ont le uiême texte avec le mot quia {arm. : et aqua}.