SAINT-VAAST
Le dernier de ces deux poèmes se termine par ces quatre vers :
Codicibus sacris hostili c'.ade periistis
Et radÔ fervens hoc reparavit opus.
Hoc opus, hoc etenim flammis te substrait atris,
0 Icctor, si tu pacis amore legis.
Ces vers ne sont pas une addition au poème d'Alcuin, ils en font partie, mais l'un d'eux, au moins, est emprunté à un auteur plus ancien. Trois fois, dans sa correspondance ', Alcuin répète en le variant le vers de Juvencus :
Hoc opus, hoc etenim forsan me subtrahet igni.
Quant aux mots : Et radû (c'est-à-dire Radon) fervens, ils sont parfaitement lisibles et ne peuvent être lus autrement. Ces vers ne sont pas inconnus de ceux qui s'occupent de la Vulgate. En tète du Codex Amiatinus, dans le fameux cahier préliminaire qui, par son original, remonte fort près de Cassiodore, on lit, au-dessous de l'image d'un homme écrivant :
Codicibus sacris hostili clade perustis Esra Deo fervens hoc reparavit opus.
11 faut néanmoins nous garder de prendre une fausse piste. Nos deux vers ne sont probablement pas plus anciens qu' Alcuin. D'après M. Corssen ', ils ont été inscrits dans le Codex Amiatinus par une main postérieure. Le personnage dont ces deux vers accompagnent le portrait n'est sans doute pas Esdras, mais saint Jérôme. Mais il paraît qu'un manuscrit de Ratisbonne, aujourd'hui perdu, qui contenait les poèmes d'Alcuin, avait conservé la leçon : Ezra Deo fervens. Nous n'avons donc aucune raison de penser qu' Alcuin, dans son poème, ait fait la moindre allusion à son ami, l'abbé de Saint-Vaast, Radon, ni à l'incendie du monastère d'Arras.
Mais tout n'est pas dit avec ces mots. La leçon Et radô est trop certaine el, dans un manuscrit du nord de la France, elle est trop remarquable pour que nous puissions passer devant elle sans lui prêter attention. L'incendie de Saint-Vaast a été un événement historique. Une lettre d'Alcuin^ lui est consacrée, et c'est l'abbé de Tours qui a composé les inscriptions de l'église reconstruite par Radon \ La première commence par ces vers :
Haec domus aima Dei flammis crepitantibus olim
Arsit et in cineres tota redacta ruit.
Sed, mi.serante Deo, Rado, vcnerabilis abba,
Gonstruxit meUus ac renovavit eam.
1. Epistola 126 (fin de 790). Jaffé, Monumenta Alcuiniatia, p. 510; <?/) 166 (de 801), Jaffé, p. 607.
2. JahrOucher fiir protestantische Théologie, t. XVIII, 1892, p. 626. La même remarque avait déjà été faite par M. White.
3. Jaffé. Mon. Aie, p. 729, ep. 224. Sur Radon, voyez Sickel, Acta Karolinorum, t. I, p. 80.