‹ Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âgeChapitre 96 sur 340 · MANUSCRITS GRECS-LATINS · texte numérisé non relu

MANUSCRITS GRECS-LATINS

tenait une version latine écrite à côté du grec et toute semblable à celle du Codex Bœrneriaiius. Allant plus loin, M. Corssen croit pouvoir reconnaître une parenté particulière entre l'original commun de nos deux manuscrits et le célèbre Codex Claromontanus, et c'est dans le nord de l'Italie qu'il met l'auteur commun de l'une et de l'autre édition bilingue. Cette hypothèse, qui a été très vivement attaquée et que nous n'avons pas à examiner ici, n'a en elle-même rien qui nous déplaise. En effet, le texte latin qui y avait place était, autant que nous pouvons en juger, un texte (( italien ». Un autre texte bilingue, le Codex Laudiamis des Actes des Apôtres ', provient de Sardaigne. Chacun sait quelle est l'importance de l'Italie dans l'histoire des manuscrits grecs. Dans ce pays, qui garda longtemps la tradition et l'usage du grec, les manuscrits bilingues étaient tout naturellement à leur place. Je pourrais montrer un manuscrit grec-latin, écrit en Italie au xiv^ siècle (B. N. grec. 54-), dont la très remarquable illustration présente un rapport étrange avec un texte iconographique, moitié grec, moitié latin, qui est copié au milieu du Codex Sangallensis cité plus haut. Mais ce n'est pas le moment d'insister sur ce sujet.

On trouve à Saint-Gall (n'' 17) un Psautier bilingue dont le texte grec a trouvé place dans une célèbre édition des Psaumes ; ce manuscrit a été écrit à Saint-Gall à la fin du ix® siècle. Il vaudrait la peine de rechercher s'il n'y a pas quelque rapport de dépendance entre ce manuscrit et un Psautier grec-latin du ix^ siècle, écrit par une main irlandaise, qui est conservé à la Bibliothèque de Bâle (A. VII. 3). L'écriture de ce dernier manuscrit est celle des plus beaux manuscrits irlandais. On y lit un hymne en l'honneur de sainte Brigitte, où il est question de nostra insula que vocatur beatissima. Il est pourtant fort probable que ce beau manuscrit n'a pas été copié en Irlande. M. Omont cite la note qu'on lit en regard du Ps. XXXI : Hue usque scripsi. Hic incipil ad Marcellum nunc. On sait que, sous le nom de Marcellus, le célèbre Mœngal dirigea les écoles de Saint- Gall, où il avait été élevé, puis celles de l'abbaye de Grandval, que des liens intimes unissaient à Saint-Gall. Il existe à Saint-Gall plusieurs chartes écrites par lui entre les années 853 et 865 '.

Au jugement de M. P. de Lagarde, le texte grec du manuscrit de Saint- Gall ou plutôt de son modèle se retrouve dans le Psautier quadruple de Salomonin, dont nous aurons à parler tout à l'heure. Le rapprochement du nom de Marcellus et de celui de Salomon III, son élève, n'est pas sans intérêt pour nous. D'après M. de Lagarde, le Psautier « hébraïque » de Salomon III est copié sur le même modèle que le manuscrit 107 de Reichenau (x^ siècle), actuellement à Karlsruhe. Il y aurait à faire, sur

1 . Bodl. Laitd. F. 82 (vu® siècle). Le latin qui accompagne le texte grec paraît une Vulgate adaptée mot à mot au grec. C'est à ce ms. que Bède paraît avoir emprunté les leçons qu'il cite ex grœco.

2. Wartmann, Urkundenbuch der Abtei S. Gallen, t. II, p. 44, 48 et GO.

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la filiation des manuscrits de Saint-Gall et des abbayes qui en dépendaient, (.Les recherches qui ne seraient pas sans profit. Les manuscrits grecs-latins (le l'Alémanie ont certainement été nombreux. A Saint-Gall, nous trouvons, sous le numéro 1395, p. 336-361, des débris d'un autre manuscrit grec-latin des Psaumes, du x*' siècle ; à Trêves (n° 7), un Psautier avec texte grec interlinéaire, du commencement du x^ siècle, que M. Keuffer pense, avec toute apparence de raison, copié à Keichenau (nous pourrions îijouter : ou à Saint-Gall).

En mettant entre mes mains le Psautier grec-latin de Bâle, dont il a été parlé plus haut, M. Sieber, le bibliothécaire que nous regrettons, m'a t'ait remarquer la ressemblance toute particulière de ce manuscrit avec les manuscrits bien connus des Évangiles et de saint Paul, le Sangalleum et le Bœrnerianus. On ne peut guère douter en effet que ces trois manuscrits n'aient été copiés en même temps et au même lieu. Si ce ne sont pas des parties détachées d'un même manuscrit, ce sont en tous cas les produits d'un même atelier. En dehors de l'écriture grecque, qui est absolument caractéristique et qui trahit la main d'un scribe irlandais, la manière même dont le latin est appliqué sur le grec, les procédés d'adaptation de la Vulgate au texte original et les nombreuses traductions doubles qu'unit la particule vel, attestent la parenté intime du Psautier de Bàle avec les deux manuscrits du Nouveau Testament. Il n'en est pas absolument de même du manuscrit grec-latin des Psaumes qui est conservé à l'Arsenal (n° 8407). Ce manuscrit est signé de Sedulius Scottus, si tant (îst que le nom même de cet écrivain soit certain. En tous cas, ni l'attribution de ce manuscrit à un moine de Saint-Gall, vivant en 818, n'est justifiée (car le passage d'Hepidannus qui contient ce nom paraît interpolé), ni il n'est possible d'identifier à coup sûr notre copiste avec le maître de l'école cathédrale de Liège, qui vécut entre 84-0 et 868. Le manuscrit vient de Saint-Mihiel et il était auparavant à Saint-Nicolas-du- Pré, à Verdun. Une chose est certaine, c'est que, si le manuscrit de l'Arsenal se distingue, par bien des traits, de ceux que nous avons attribués à Saint-Gall, il est néanmoins de la même école, et il a été également copié par une main irlandaise.

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