TRUITE DES PYRENEES AUX MOUSSERONS. COLLOQUE ENTRE
M. DUBOSC ET l’aUTEUR.
Laissons aux Béarnais ce joli champignon dont ils parfument leurs ragoûts, les Pyrénées sont trop loin de Paris. Nous pouvons d’ailleurs lui substituer le mousseron des prairies ou le mousseron d’automne. Cependant si vous allez aux Eaux-Bonnes pour votre santé , n’oubliez pas , en revenant , de vous arrêter à Pau , où vous pourrez manger, si vous vous portez bien , une petite truite pêchée dans le torrent, cuite sur le gril et servie sur une purée de mousserons. — « Parlez-moi de ce conseil, me dit mon ami Dubosc, voilà ce que j’appelle, moi, la science de la vie. Dites-nous d’abord ce qu’il faut manger, puis vous nous direz comment il faut vivre. Parler hygiène, morale, philosophie à quelqu’un qui est à jeun , cest bien maigre , bien creux. Au reste , après la truite aux mousserons , vous pouvez , cher docteur, me moraliser tout à votre aise , je suis prêt à vous écouter.
— Mes conseils s’adressent un peu à vous , mon cher Dubosc , car votre friandise vous fait quelquefois franchir les bornes de la modération ; mais vous avez pour vous l’exercice, les courses dans la campagne, les promenades
du matin, les lectures philosophiques du soir. Avec cette vie active, intelligente, l’équilibre entre le corps et l’esprit se rétablit aisément. Il n’en est pas ainsi de l’homme qui passe sa vie dans les plaisirs du monde, dans les délices de la table, et qui demande ensuite à un médecin des remèdes pour les maux qui l’affligent. Ce genre de vie lui donne d’abord une activité inquiète , des impressions factices qui le fatiguent et l’énervent. Maîtrisée par les jeux de l’imagination , sa sensualité quitte , reprend , cherche ou dédaigne ce qui est exquis , ce qui est nouveau ; mais bientôt tous ces sentiments orageux changent la volupté en folie. C’est à ce malade de corps et d’esprit que je me permets de donner quelques conseils. L’ennui vous tourmente , lui dis-je , vos heures s’écoulent lentement, le jour vous désirez la nuit, et la nuit vous paraît si longue que vous ne cessez de soupirer après le jour ! Partez , qu’attendez-vous I Allez cueillir sur une verte colline ces jolis mousserons, fils du printemps et de l’automne. La pureté de l’air, la paix des ombrages, quelques petits repas, réveilleront votre esprit, dissiperont votre humeur sombre , vos chagrins , vos caprices , et vous donneront un sommeil paisible.
Ccena brevis juvat , et propc rivum somnus in herbu.
Hor., epist. xiv, lib. T.
Mais n’oubliez pas de ranimer votre âme par de bonnes lectures faites matin et soir, par des méditations morales ou philosophiques. C’est un précepte que nous donnent les meilleurs esprits depuis Pythagore et Galien jusqu’à saint Jérôme. Ce père de l’Eglise a dit : Duorum temporum maxime habendam curain , marte et vespere, ici est, eorum quœ acfuri simus, et eorum quœ gesserimus.
— Voilà, dit M. Dubosc, une belle doctrine. Je n’ai jamais lu saint Jérôme, mais je lis de temps en temps Sénèque. Eh bien ! j’y trouve à peu près le même conseil. Je me couche rarement sans me demander à moi-même : Qu’ai-je fait aujourd’hui? Que ferai-je demain? Vous voyez que si je ne suis pas meilleur, ce n’est point ma faute.
— Continuez , mon ami , vous êtes encore un peu malade , mais vous guérirez , et bientôt votre âme jouira des doux plaisirs de la convalescence. »
AGARIC BRULANT. AGARICUS URENS.
Agaricus urens. Pers. Syn. 553. Bull. t. 528. f. 1. DC. Fl. Fr. 495. Fries. Syst. mycol. 1. 232.
On rencontre cet agaric dans les bois , en automne , tantôt solitaire , tantôt réuni en groupes sur les feuilles pourries.
Son chapeau est convexe en naissant , ensuite aplati , d’un roux cendré , large d’environ deux pouces , doublé de lames de couleur roussâtre , inégales , et dont les plus longues se terminent régulièrement à une ligne environ du pédicule ; celui-ci est plein , cylindrique , haut de quatre à cinq pouces , velu à sa base et d’un jaune sale.
On a trouvé à ce champignon un goût poivré , un peu âcre. Cette qualité doit le faire exclure du nombre des espèces alimentaires.
AGARIC COULEUR DE FROMENT. AGARICUS FRUMENTACEUS.
Agaricus frumentaceus. Bull. t. 571. f. 4. DC. Fl. Fr. 504. Chev. Fl. Par. 1. 436.
Son chapeau est d’abord convexe, puis légèrement concave, arrondi, large de trois pouces, d’un blanc cendré,
marqué de lignes rougeâtres ou d’une teinte vineuse ; ses feuillets sont inégaux , libres et grisâtres. Le pédicule est plein , charnu , cylindrique, un peu renflé à sa base, parsemé de stries d’un jaune ferrugineux.
Ce champignon croît dans les bois , vers la fin de l’été, réuni en groupes de deux à trois individus. Il exhale une odeur semblable à celle de la farine de froment , et on peut le placer parmi les espèces alimentaires.
AGARIC CREVASSÉ. AGARICUS R1MOSÜS.
égarions rimosus. Bull. Champ, t. 58S et 599. Pers. Syn. 510.
DC. Fl. Fr. 517. Sowerb. F un g. t. 525.
Cet agaric a un chapeau peu charnu , large de deux à trois pouces, hérissé d’écailles ou lisse, comme satiné, d’un brun jaunâtre , marqué de fentes inégales , divergentes , d’abord de forme conique , puis mamelonné. Les feuillets sont inégaux , sinueux , libres, jaunâtres. Le pédicule est plein , cylindrique , d’un blanc sale , un peu écailleux et farineux, haut de deux à quatre pouces. Il croît en août et en septembre dans les bois et sur le bord des routes.
Le professeur Bal bis rapporte qu’une famille entière a été empoisonnée à Turin par ce champignon ; mais est-ce bien la même espèce?