‹ Histoire des champignons comestibles et vénéneuxChapitre 111 sur 171 · AGARIC FAUX-MOUSSERON. AGARICUS TORTIL1S · texte numérisé non relu

AGARIC FAUX-MOUSSERON. AGARICUS TORTIL1S

Agarictis torlilis. Bull. t. 144. DC. Fl. Fr. 525. Desv. Fl. de l’Anjou, p. 11.

(PI. 16, Fig. 7 et 8.)

Ce champignon ressemble un peu au vrai mousseron , dont il a presque le parfum. Son chapeau est d’abord hémi-

sphérique , puis conique ou un peu mamelonné , quelquefois aplati, large d’environ deux pouces, et d’un jaune fauve ou d’un blanc roux. Les lames sont inégales, libres , plus colorées sur les bords. Le pédicule est cylindrique, grêle, fibreux , long d’un pouce et demi ; il se tord comme une corde par la dessiccation. On le rencontre, en août et septembre , dans les pâturages et au bord des bois , dans les sables, dans les landes, où il croît par petits groupes.

Suivant les localités, on le nomme faux -mousseron, mousseron pied-dur, mousseron d’automne, mousseron de Dieppe ou d'Orléans. Il est très-parfumé et d’un goût fort agréable. On l’apprête comme tous les autres mousserons.

Il vient dans tous nos bois. Nous l’avons cueilli dans la forêt de Dreux , à Rambouillet , à Saint-Germain , à Montmorency, à Chantilly, à Ermenonville , etc. Il abonde aux environs de Versailles, à Chevreuse, à Châteaufort, dans les prairies de Milon , de Saint-Lambert , de l’abbaye de Port- Royal, etc. Il est très-parfumé et d’un goût fort agréable.

PROMENADE DE VERSAILLES A L’ABBAYE DE PORT-ROYAL. — LE PÈRE SYLVI. LE MAIRE DE TOUSSUS.

Je dois d’abord prier messieurs les savants de me pardonner si je m’écarte un peu de la route ordinaire. Les savants vont droit au but, ils font bien; moi je prends quelquefois un détour, mais si le lecteur m’y suit volontiers, je fais peut-être tout aussi bien.

Voulez-vous visiter l’antique abbaye de Port -Royal, partez par un beau jour d’automne , suivez la belle avenue qui mène à la porte de Bois-Robert. Le garde vous laissera

passer tranquillement , car il est poli comme un concierge de bonne maison.

Tournez à gauche , vous voyez devant vous un fort joli bois qui vous offre quelques plantes d’automne et de beaux champignons ; mais laissez-les aux amateurs paresseux qui ne sauraient franchir une plus grande distance, vous n’en manquerez pas dans les taillis de Bouviers et de Guyancourt. Encore quelques pas , et vous descendez dans un petit vallon bien frais, bien riant, qui recèle la source d'une rivière fameuse. Cherchez; vous ne trouvez rien? Remontez la prairie. Voici trois fontaines dont l’une porte le nom d & Fontaine des G6belins\ c’est, je crois, celle du milieu. Son eau est, dit-on, là plus pure, la plus limpide; les filles du hameau de Bouviers la choisissent pour se rafraîchir le teint , et pour faire cuire les légumes. Voyez ce que c’est qu’une belle renommée : les deux autres Nayades épanchent tristement leurs eaux , tout le monde les dédaigne , et pourtant elles sont tout aussi fraîches , tout aussi pures.

Ces trois fontaines coulent dans la prairie , bientôt leurs eaux se réunissent, et la Bièvre suit tranquillement la pente du vallon , passe à la Minière , arrose les prairies de Bue et de Jouy , fait tourner des moulins, alimente plusieurs fabriques, traverse de charmants villages. . . . Mais que devient-elle ensuite? Hélas! cette Nayade, si pure dans le petit vallon de Bouviers, ne sera bientôt plus qu’un ruis~ seau infect : elle va se mêler aux égouts de Paris.

Gravissons ce petit coteau, nous trouverons Guyancourt dans la plaine. Voici de superbes vaches, au poil noir et luisant, qu’on ramène du pâturage. Comme leurs mamelles sont gonflées de lait! Entrons dans la ferme. « La petite

mère! pourrais-je avoir une tasse de lait tout chaud, tout fumant? — Vraiment oui, mon brave monsieur. — Me permettrez- vous de le voir traire? C’est un avant-goût qui me fait tant de plaisir. » Et à l’instant elle prend un vase de terre qu’elle rince et qu’elle essuie avec soin. Le nectar coule abondamment , puis on le passe à travers un linge bien blanc. Je m’abreuve de lait , et je remercie la petite paysanne , au teint un peu rembruni , à l’œil éveillé. . « Portez-vous votre lait à Versailles? lui dis-je. — Oui, monsieur. Nous fournissons des pensionnats, des couvents et plusieurs cafés. — Est-il toujours aussi pur, aussi crémeux? Et ne faites-vous pas comme à Paris, où il est d’abord écrémé, puis épaissi avec de la fécule et du caramel ? Elle me répond d’abord par un mouvement de tête et par un sourire malin, puis elle me dit gravement : Ici nous ne trompons personne, nous le donnons comme la nature l’a fait.

Après cette petite stationne dirige mes pas vers la route de Chevreuse , je traverse rapidement le petit village de Voisins, et j’aperçois enfin du haut de la côte les ruines de l’ancienne abbaye de Port-Royal. Je descends à droite dans le vallon, je vois de belles pièces d’eau , des jardins, des bocages encore verdoyants , et quelques ruines qui me disent : C’est là qu’était l’abbaye. Mais j’oublie bientôt et les ruines et les bocages ; tout s’efface devant l’image du père Sylvi. C’est le père des pauvres, le bienfaiteur de l’humanité, le protecteur de l’orphelin que je voudrais voir. J’interroge tous ceux que je rencontre , je demande où est la demeure du père Sylvi. Hélas! on me dit que ce généreux vieillard est absent pour quelques jours. « Mais savezvous que M. Louis de Sylvi est janséniste? — Qui vous l’a dit? — La rumeur publique. — La rumeur publique et la

calomnie marchent souvent ensemble. Tout ce que je sais, moi, c’est qu’il croit en Dieu, et qu’il fait beaucoup de bien aux hommes. »

Je m’approche avec respect de la modeste habitation de ce philanthrope. Je crois respirer comme un parfum de vertu qui s’exhale aux alentours. Il est riche, mais ce n’est pas pour lui , c’est pour l’indigent. Tous les hameaux voisins retentissent de ses louanges. Le bûcheron et le berger, le vieillard et la jeune fille , prient le ciel de prolonger ses jours. Il a fondé à Saint-Lambert et à Magny-les-Hameaux des écoles chrétiennes , où des frères et des sœurs apprennent aux enfants à aimer Dieu , à lire , à écrire et à travailler.

Et l’on connaît à peine son nom à la ville , et le monde ignore le bien qu’il a fait ! Mais que lui importe le bruit du monde , c’est dans son cœur qu’il trouve sa récompense ! Il n’aura ni statues, ni monuments; mais la bergère reconnaissante chantera long -temps ses bienfaits , et l’écho du rocher les redira au vallon. On parle de Marius assis sur les ruines de Carthage, et tous les écoliers savent par cœur l’histoire de cet homme de sang, de ce bourreau qui remplit Rome de carnage et de deuil. Oh ! parlez-moi plutôt de cet homme vénérable assis sur les ruines de Port-Royal : l’un faisait répandre des larmes par sa cruauté ; l’autre les essuie par ses vertus , par ses bienfaits.

Cueillons maintenant le mousseron d’automne ; il se plaît dans ce vallon , il veut aussi nourrir l’habitant du hameau. Parcourons les bois de Labrosse , nous le trouverons sur la pelouse, au bord des petits sentiers, et jusqu’à la porte du petit presbytère de Saint-Lambert. M. le curé çannaît-il

ce champignon ? Il peut le cueillir sans crainte , le manger frais, ou le faire sécher pour l’hiver. Ses omelettes et ses petits ragoûts en seront agréablement parfumés. Qu’il se promène dans la prairie ou sur les coteaux voisins , il le rencontrera partout , depuis la fin d’août jusqu’à la fin de novembre.

Pour nous , noire provision est faite. Après avoir traversé la pleine de Magny, nous descendons dans le vallon de Châteaufort, nous gravissons la côte qui conduit au village, et nous allons déposer nos mousserons chez un excellent homme, M. Marolles , ancien maire de Toussus, qui nous fait un accueil plein de cordialité. ,

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