PETIT REPAS DE CAMPAGNE
Vous êtes jeune , la fortune vous a comblé de ses dons , mais l’ennui vous dévore , votre intelligence s’affaiblit , vous ne digérez plus , vous ne dormez plus, vous respirez avec peine , et la vie est pour vous un supplice. Vous voulez , dites - vous , quitter la ville , vous soupirez après la campagne , mais vos habitudes paresseuses vous retiennent sur votre ottomane , sur votre lit de repos parfumé d’essences. Pour dissiper cet état d’inertie et de mollesse vous appelez en vain à votre secours le thé , le café, l’alcool. Ces boissons vous réveillent un moment , puis vous jettent dans un stupeur léthargique.
Jeune Sybarite! c’est votre vie entière qu’il faut réformer. Réveillez-vous, le temps presse. Il faut quitter Paris, et ses banquets somptueux , et ses spectacles qui vous énervent, et ses réunions mondaines qui vous dépravent. Ce n’est ni dans les bains de la Seine , ni dans la piscine de Tivoli que vous trouverez un remède à vos maux. Allez respirer l’air des montagnes , nourrissez- vous de fruits , d’herbages , de mets simples , faites l’aumône au
vieillard infirme, à l’orphelin, vous aurez des jours moins tristes, des nuits plus tranquilles, et, peu à peu, vous sentirez le prix de cette nouvelle vie.
Un voyage lointain vous effraie? Eh bien ! venez à Versailles. Voulez -vous visiter avec moi la vallée de Chevreuse , cette fraîche vallée que l’Yvette arrose de son onde pure? Suivez -moi à travers la plaine de Villaroy où le vent fait plier les moissons, et remarquez en passant ce joli chemin bordé de pommiers; ces petits liserons qui , faute d’appui , rampent sur la terre , vous montrent leur porolle plissée avec grâce et d’un rose si doux. Ne cueillez point ce coquelicot au pavillon cramoisi , il exhale une odeur fétide ; c’est le frère du fameux pavot d’Orient , de ce pavot qui enivre , donne la mort , et sauve quelquefois la vie.
Suivons ce petit sentier qui traverse les moissons. Admirez les beaux froments qui couvrent la campagne , mais ne dédaignez point ces seigles qui se hâtent de mûrir pour le pauvre. Bénissons la divine Providence qui a pris en pitié la misère du peuple, et qui, je l’espère, va nous donner une récolte magnifique. Voyez- vous Mérantet , et son petit château, et son parc brillant de verdure? O les beaux ormes ! Qu’il est doux de se reposer sous leur vaste ombrage ! Plus loin voilà de fraîches broussailles plantées sur la colline en face de Magny. Il faut les parcourir , nous nous reposerons après. Prenez garde ! évitez cette pente rocailleuse , glissante. Vous ne tomberiez pas sans doute dans un abîme comme aux Pyrénées ou aux Alpes; cependant faites un petit détour, appuyez-vous sur ce beau frêne qui s’élance dans la nue , un chemin plus facile va nous mener dans un petit vallon bien riant.
Reposons-nous ici sous le feuillage des saules , au bord du ruisseau qui murmure , tout près de ces buissons que le chèvrefeuille et le rosier sauvage enlacent de leurs fraîches guirlandes. Eh quoi! la faim se réveille, votre estomac blasé se réconcilie avec vous ! Cette nouvelle sensation , vous la devez à l’exercice , à la pureté de l’air. Voici un peu de chocolat fait par un artiste consciencieux; vous pourrez ensuite vous désaltérer dans l’onde du ruisseau.
Mais quels accents! quelle harmonie enchanteresse! Votre cœur pourrait-il ne pas être ému de ces accords à la fois si doux , si tendres et si vifs ? C’est une mère au désespoir qui appelle ses petits enfants , qui pleure leur absence, qui les demande aux échos du vallon... Écoutez encore. Elle est heureuse et ravie de les avoir retrouvés , elle leur prodigue ses caresses, elle chante son bonheur et sa joie. Et quelle joie que celle d’une mère! Mais, hélas ! sera-t-elle long -temps heureuse? Le pâtre a entendu sa voix , il a compris son allégresse ; il est là qui cherche, qui convoite sa petite famille, et déjà il la dévore de l’œil. Le cruel ! il va lui ravir le fruit de sa tendresse. . . Adieu , pauvres petits oiseaux! adieu, paisibles nuits ! adieu, chants d’amour ! Vous n’entendez plus que quelques faibles modulations, quelques soupirs qui vont se perdre dans la feuillée.
Allons , jeune homme! un peu de courage ! Quittons ce petit vallon , Magny, Milon , Chevreuse, nous appellent. Vous trouverez là de belles plantes , des menthes parfumées , et vous pourrez y cueillir encore ce chèvrefeuille qui vous charme par son air d’abandon , par ses grâces naturelles, par ses festons si vermeils.
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Nous gravissons lentement la côte qui mène à Magny. Voici sa petite église. Là sont des écoles chrétiennes où les enfants des hameaux voisins se réunissent à la voix des frères et des sœurs qui leur apprennent à lire, à écrire, à aimer Dieu. Oh! qu’ils bénissent la mémoire du généreux vieillard qui a fondé ces écoles , et dont tous les pas dans la carrière de la vie sont marqués par des bienfaits!
En quittant Magny, nous entrons dans un bois qui se prolonge sur le versant de la colline , et va se perdre à Milon-la-Chapelle. Encore un petit vallon gracieux , solitaire, où coule un ruisseau qui fait tourner plusieurs moulins, et dont la fraîcheur se répand dans les belles prairies qui s’étendent depuis Saint-Lambert jusqu’à Saint-Remy. Eh quoi! vous ne voyez pas cette chapelle entourée de petites maisons couvertes de chaume! vous n’entendez pas le son argentin de sa petite cloche , simple et douce mélodie qui fait battre le cœur des vrais fidèles ! Hélas ! la foi va s’affaiblissant de jour en jour. Les mauvaises passions, les doctrines anarchiques, l’égoïsme, la cupidité, le mensonge, ont pénétré dans toutes les classes, et nos journaux ne sont remplis que de meurtres , d’assassinats , d’empoisonnements’, de suicides, de tentatives de révolte, digne cortège des révolutions politiques.
Eloignons ces tristes pensées. Courons à Chevreuse, et n’oublions pas en gravissant le coteau d’y cueillir quelques champignons. En voilà de délicieux qui couvrent la pelouse. C’est le petit mousseron des pacages , au chapeau blanc un peu teint de jaune ; c’est la chanterelle aux formes attrayantes , on dirait de l’or semé à pleines mains sur le gazon. Enfin nous touchons aux ruines du château de Chevreuse , où quelques tours sont encore debout , où
croissent le lierre et le sureau , triste parure du désert. Mais d’ici la vue plane sur une campagne charmante, sur des sites pittoresques dignes du peintre et du poète. La beauté du ciel, la pureté de l’air, la fraîcheur des bocages, tout , jusqu’à l’odeur qu’exhalent les foins qu’on a coupés dans le vallon , pénètre l’âme d’un sentiment que nous ne saurions exprimer.
Lecteur! nous vous avons bien fait attendre. Vous avez couru avec nous les bois, les coteaux, les vallons, et, pour tant de fatigue, tant de patience, nous n’avons à vous offrir qu’une omelette aux champignons. Mais enfin la voici. Vous faites blanchir vos champignons à l’eau bouillante, vous les pressez, vous les hachez avec quelques fines herbes , et vous les faites cuire à la poêle avec du beurre frais , du poivre et du sel. Vous y mêlez vos œufs bien battus , votre omelette est faite. Les vins délicats sont rares à Chevreuse , mais vous y trouvez du vin d’Orléans , du vin de Chablis , et l’Yvette vous donne une eau fraîche et limpide. Aimez-vous les fraises? Elles abondent dans les bois et dans les jardins. — Des champignons, des œufs, quelques fraises, de l’eau fraîche et du vin médiocre, y pensez-vous? C’est là le régime d’un anachorète. — Eh bien ! notre jeune sybarite a trouvé ce petit repas délicieux. Faites comme lui. Si vous avez mené une vie trop mondaine , si votre âme , votre esprit , votre corps souffrent , hâtez-vous de corriger votre hygiène. Allez respirer un air pur et balsamique, courez les champs , agitez vos muscles , secouez vos vices ; vivez simplement , fuyez les délices de la table , fuyez surtout ces hommes voluptueux qui ont le palais plus sensible que le cœur, ces gourmands incorrigibles dont toutes les fa-
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cul tés sont abruties , qui traînent dans la douleur une vieillesse prématurée , et qui meurent comme ils ont vécu.
§ IX. CORTINAIRE. CORTINARIA.
Pédicule central. Feuillets recouverts en naissant d’une membrane incomplète , qui laisse sur le pédicule ou aux bords du chapeau un collier soyeux, arachnoïde.