X. LÉPIOTE. LEPIOTA
Pédicule central. Feuillets recouverts en naissant d’une membrane qui se déchire avec le développement du chapeau pour former autour du pédicule un collier fixe ou mobile.
AGARIC ÉLEVÉ. AGARICÜS PROCERUS.
Agaricus coluhrirms. Bull. t. 22 et 23. Fries. Syst. mycol.
i. 20. Desv. Fl. de l’Anjou, p. 12. Balb. Fl. de Lyon. 2. 248.
Larber. FüiNG. 2. 213. t. 40. f. 1.
(PL 17, Fig. 3 et 4.)
Ce beau champignon se fait remarquer par sa haute taille, qui dépasse parfois douze ou quinze pouces lorsque le sol favorise son développement. Son chapeau , d’abord de forme ovoïde , s’évase ensuite peu à peu en forme de parasol ; mais il est toujours plus ou moins mamelonné au centre, d’un roux panaché de brun, recouvert d’ écailles imbriquées, formées par l’épiderme qui se soulève. Les feuillets se terminent à une certaine distance du pédicule; ils sont blanchâtres, libres, inégaux et très-rétrécis à leur base. Le pédicule est panaché de blanc et de brun, cylindrique , fistuleux , renflé à la base en forme de tubercule, muni au sommet d’un collier mobile et persistant.
On le trouve fréquemment, en été et en automne, dans les bois couverts et dans les terres sablonneuses. On lui donne dans nos départements une infinité de noms vulgaires, comme ceux de grisette, de couleuvrêe , coulemelle , coulmotfe9 parasol , potiron à bague . penchinade , capelan ,
bruguet , etc. On le mange en Italie sous le nom de bubbola maggiorc , et on a soin de le distinguer d’une autre espèce plus petite, de couleur ferrugineuse, mouchetée de brun, à pédicule renflé, qu’on appelle, à cause de sa qualité malfaisante, bubbolina ccUiva.
Les Romains ont connu ce champignon. Pline, qui l’avait observé avec soin , compare son chapeau à celui que portaient à Rome les prêtres flamines. Il signale également la hauteur de sa tige : Mox candidi , velnt apice flaminis , insignibus pediculis . (Lib. 12, cap. 23.)
Ce champignon a peu de chair , mais il est très-savoureux, d’une odeur douce et fine. Son usage est très-répandu en France, en Allemagne, en Angleterre et même en Espagne, où il porte le nom de cogomelos. Il n’est pas moins estimé à Florence et dans le Milanais. M. le général Gougeon , officier très-distingué , homme érudit , lettré et friand, l’a observé aux environs d’Udine et dans le Frioul septentrional, où il croît en abondance. Comme il est trèsléger et très-délicat, il faut, dit-il, le faire sauter dans de l’huile fine, après l’avoir assaisonné d’une pointe d’ail, de poivre et de sel. En quelques instants il est cuit.
On le mange aussi en fricassée de poulet , cuit sur le gril ou dans la tourtière, avec du beurre, des fines herbes, du poivre, du sel et de la chapelure de pain. Il est si abondant dans certains cantons, que plus d’un ménage champêtre en fait presque sa nourriture pendant plusieurs semaines. On ne mange point la tige , elle est d’une texture coriace.
Les amateurs de champignons connaissent à peine l’agaric élevé, aux environs de Paris et de Versailles. Il est pourtant assez commun dans les bois de Boulogne , de
Saint-Cloud, de Meudon, de Jouy, de Bièvre, etc. Dans le Haut-Languedoc , on va le cueillir dans les bruyères , d’où lui vient le nom de bruguet , de brugairol. On le mange cuit sur le gril et assaisonné d’huile d’olive. Il croît également dans les Pyrénées-Orientales , à Perpignan , à Céret, à Arles , etc. On le nomme cugumeïlos , et on le prépare comme les mousserons. Il est peu de champignons aussi légers, aussi délicats, aussi faciles à digérer.
Que le bon curé et la dame du château signalent aux pauvres gens cet excellent champignon , dont l’apprêt ne demande qu’un peu d’huile ou de graisse, et un grain de sel. On peut d’ailleurs le mêler avec la chanterelle , avec le mousseron d’automne, le cep, etc. Les personnes aisées ajoutent à ce mélange un peu de jus de citron qui le rend plus salubre et lui donne un meilleur goût.
Vous n’avez point de citrons , pas même de vinaigre Eh bien ! cueillez en même temps que vos champignons une petite herbe qui rampe sur la terre, l’oseille sauvage ( oxalis acetosella) , à laquelle on a donné le joli nom d’ alléluia. Oui , louez le Seigneur qui l’a semée pour les malheureux.
M. l’abbé Laine, vicaire de Saint-Louis, qui a bien voulu faire avec nous, l’été dernier, une excursion dans la vallée de Chevreuse, a cueilli plusieurs de ces champignons que nous avons mangés cuits sur le gril , et simplement assaisonnés de beurre, de poivre et de sel. Ce ragoût villageois n’a point déplu à ce digne ecclésiastique , homme excellent et d’une haute raison , qui a écouté avec tant de bienveillance la lecture de quelques pages de notre nouveau travail. « Cher docteur, m’a-t-il dit , vous écrivez
pour l’homme riche, c’est bien ; mais vous n’oubliez point la classe pauvre, c’est encore mieux, et je vous en félicite. — Oui, monsieur l’abbé , j’aime les pauvres, l’artisan, l’ouvrier des campagnes qui vit avec tant de peine, et qui succombe fort souvent sous le faix qui l’écrase. »
Vers la fin de septembre de la même année (1840), je parcourais le beau plateau de Tels , commune du canton de Valence (Tarn), d’où la vue s’étend sur un vaste horizon. Tout près du petit presbytère modestement assis sur le même plateau , un beau champignon se dessinant en parasol sous un groupe de châtaigniers vient frapper mes regards, et semble m’inviter par sa bonne mine à le cueillir. C’était le bruguet , ainsi qu’on l’appelle dans les montagnes du Tarn et de l’Aveyron. Je fais quelques pas, et j’en vois une foule de la même espèce, le sol en était couvert. M. de Martrin , curé de la paroisse de Tels, a été curieux de connaître mon premier travail sur les'champignons. Je sais qu’il a étudié ces plantes, moins pour luimême que pour les malheureux des hameaux voisins. Eh bien ! qu’il se promène lorsque les feuilles commenceront à jaunir, sur le versant de la colline, en face des ruines féodales de Padiès, ou bien dans les pâturages de la Salle, il aura bientôt de quoi garnir son gril , et son petit jardin lui fournira une partie de l’assaisonnement. Que ne puisje m’asseoir à côté de lui dans son petit réfectoire, ou règne la sagesse, où les besoins de la vie sont agréablement satisfaits ! heureux de pouvoir jouir de sa conversation spirituelle, douce, attachante! En l’écoutant, je me suis dit plus d’une fois : Oh ! c’est bien là le bon pasteur chanté par le poète :
Le pauvre le bénit, et le riche l’estime.
Oui, j’aime à le dire ici. C’est dans la classe des ecclésiastiques éclairés , tolérants , bienveillants , charitables, qu’on trouve cette douce philosophie qui nous console , nous charme, nous ranime et nous porte aux bonnes actions.
VALLON DE CHOISEL (sEINE-ET-OISe) .
C’est ici dans le même vallon , à la même place , sous ces arbres touffus, que ma chère Valentine crayonnait, il y a deux jours, le charmant paysage de Choisel. C’est là qu’elle cueillait avec moi, et ces jolis champignons imitant le parasol des Chinois, et la pulmonaire aux petites coupes d’azur, et l’épilobe dressant au bord du ruisseau ses épis de carmin ; aimable enfant dont les caresses sont si douces, si naïves! Elle est ma joie dans mes courses, ma consolation dans mes peines, mon refuge dans mes vieux jours.
Quel calme ! quelle solitude ! ô la charmante retraite ! Là des pommiers chargés de fruits , des peupliers dont la tête se perd dans la nue ; ici des bouleaux agitant leur élégant feuillage ; au bord des prairies , des saules dont la pâle verdure attriste un peu le regard; à droite, sur le revers de la colline, le sombre et magnifique parc de Dampierre; à gauche, sur le plateau qui domine le vallon, le château de Breteuil, avec ses jardins, ses beaux platanes et ses pins gigantesques.
Mais d’où vient cette odeur suave qui charme mes sens ? c’est la clématite qui abandonne aux brises son parfum et sa blonde chevelure ; c’est le chèvrefeuille qui embaume les buissons. Charmantes fleurs, herbes fraîches de la prairie, vous faites toujours mes délices. En vous aimant, j’adore la Providence qui vous a semées sur nos pas. Oui ,
une voix secrète me crie : Dieu est partout... — Il est clans l’air que je respire , dans les parfums dont je m’enivre. Il est dans les grandes scènes de la nature, dans le mugissement de la tempête , comme dans la mélodie des oiseaux ou dans le doux frémissement du feuillage ; dans les flots courroucés de la mer comme dans l’onde paisible du ruisseau. Il est dans l’ineffable harmonie qui règne
entre la terre et les cieux Il est au fond de mon cœur,
qu’il réchauffe de sa douce flamme, qu’il ouvre au sentiment de la pitié ; il est dans mon esprit , dont il écarte une philosophie hautaine et mensongère.
Voici devant moi, à l’ouest, la petite église de Choisel, surmontée de son petit clocher. Et le presbytère, où est-il? Je le cherche en vain , il échappe à ma vue. Eh bien ! mon imagination le place tout près d’un groupe de tilleuls. C’est là , sous leur frais ombrage , que le bon curé va se reposer le soir des fatigues de la journée. Il a visité plusieurs malades , il a consolé des vieillards infirmes, il pense au bien qu’il fera le lendemain.
Et cette petite maison blanche assise en face de l’église sur un tertre brillant de verdure, n’est-ce pas l’asile de la vertu, de la bienfaisance, la demeure des sœurs de la Charité ? Oui , c’est là que viennent s’instruire les enfants du hameau.... Hélas! cette école chrétienne n’est plus! Les sœurs l’ont abandonnée depuis qu’elles ont perdu leur protecteur, leur ami', M. le comte de Breteuil. Et ces pauvres enfants , que deviendront-ils ? Le pasteur est là , il est aussi l’ami des pauvres... Ma chère Valentine, tu liras sans doute un jour ces lignes ; qu’elles t’apprennent à les aimer, à soulager leur misère, à favoriser leur instruction! Oh! ce sera pour toi une tâche bien facile. Dieu
t’a donné un cœur sensible, compatissant, et j’ai vu de douces larmes briller dans tes yeux quand tu faisais l’aumône à l’orphelin.
D’une âme généreuse, ô volupté suprême !
Un mortel bienfaisant approche de Dieu même.
Racine, la Religion.
AGARIC EN BOUCLIER. AGARICUS CLYPEOLARIUS.
Agaricus clypeolarius. Bull. t. 40 5 et 506. f. 2. DC. Fl. Fr.