‹ Histoire des champignons comestibles et vénéneuxChapitre 119 sur 171 · PÉDICULE MUNI D’UN COLLIER · texte numérisé non relu

PÉDICULE MUNI D’UN COLLIER

AGARIC FAUSSE ORONGE. AGARICUS MUSCARIUS.

Agaricus muscarius. Linn. Fl. Suec. 1255. DC. Fl. Fr. 561. — Agaricus pseudoaurantiacus. Bull. Champ. 1. 122. — Amanita muscaria. Pers. Syn. 255.

a. Pilco verrucis flavescentibus ornato.

p. Pilco verrucis denudato.

(PL 13, Fig. 1 et 2. PL 19, Fig. 1 , 2 et 3. PL 20, Fig. 1 .)

Ce champignon est de la plus grande beauté. Son chapeau à moitié épanoui ressemble à une espèce de dôme teint d’un rouge vif et agréablement moucheté de pellicules blanches. Peu à peu ce chapeau s’évase et prend une forme horizontale ; il est large d’environ cinq ou six pouces , et quelquefois davantage, d’une nuance plus foncée au centre, plus ou moins couvert de verrues blanchâtres, formées par les débris du volva ; ses bords sont d’un rouge orangé et quelquefois légèrement striés. Les lames sont d’un blanc de neige , nombreuses , larges , inégales , d’abord revêtues d'une membrane de la même couleur, qui se rabat ensuite sur le pédicule en forme de collier ou d’anneau. Le pédicule est blanchâtre, plein, épais, cylindrique, un peu écailleux , bulbeux à sa base , haut de cinq ou six pouces.

La surface du chapeau est luisante , un peu visqueuse ; sa chair est épaisse, blanche à l’intérieur, jaunâtre près de la peau, d’un goût fade, d’une odeur suspecte. La bulbe du pédicule exhale particulièrement une odeur forte et nauséabonde.

La variété a a des verrues d’une couleur dorée ou citrine , ainsi que l’anneau dont les bords sont finement dentés. Son

pédicule est épais, bulbeux et d’un blanc teint de jaune. Elle n’est, point commune ; je l’ai observée dans les taillis de Porchéfontaine. On la trouve dans les bois des départements méridionaux et dans la forêt de Loches (Indre-et- Loire).

La variété (3 a le chapeau uni , dépourvu de verrues. Elle est moins rouge; ses teintes sont plus douces, surtout vers les bords où le jaune domine. Elle est rare aux environs de Paris ; on la rencontre néanmoins dans les lieux un peu découverts du bois de Meudon. M. Dubois l’indique dans la forêt d’Orléans, et Yan Sterbeeck, dans les bois de la Belgique. Comme elle n’est point tachée par les débris du volva , on pourrait la prendre pour la véritable oronge; mais on ne s’y trompera point , si l’on fait attention que les feuillets de celle-ci sont constamment jaunes, tandis qu’ils sont blancs dans la fausse-oronge et ses variétés.

Les Romains connaissaient la fausse-oronge. La description qu’en fait Pline , en pariant des champignons pernicieux , est aussi exacte que pittoresque : Velut gutias in vertice albas ex tunicâ sua gerunt. Volvam enim terra ob hoc prias gignit , ipsum posieà in volva , ceu in ovo est luteum. Nec tunica minor gratia in cibo infaniis boleti. Rumpitur hæc primo nas cent e : mox increscente , in pedi cuti corpus absumilur.

La fausse-oronge croît abondamment dans tous les bois de l’Europe , vers la fin de l’été et pendant une partie de l’automne. Elle est commune dans les endroits sombres et un peu humides de Verrières, de Meudon, de Vincennes, de Montmorency, etc. , où elle naît tantôt solitaire, et tantôt par groupes plus ou moins nombreux. J ai observé ce

champignon , en 1823, dans les bois de Sainte-Geneviève, non loin des bords de l’Orge. Plus de soixante individus, épars sous un massif de différents arbres, produisaient par leurs vives couleurs l’effet le plus pittoresque. On eût dit que la terre était couverte d’un tapis de pourpre , dont l’éclat était encore relevé parla sombre verdure des autres plantes.

PROPRIÉTÉS DÉLÉTÈRES

La nature du climat ne modifie en aucune manière les qualités malfaisantes de ce champignon; il est vénéneux dans tous les pays. On le redoute en Italie, où on l’appelle uvolaccio , ozolo malejico, etc. Dans le nord, il n’est pas moins nuisible, et, malgré l’assertion contraire de quelques naturalistes ou voyageurs, les Russes ne sauraient en faire usage impunément , témoin l’accident funeste arrivé à la veuve du czar Alexis, laquelle perdit la vie pour avoir mangé de semblables champignons. Loësel rapporte [Flora prussica) que six Lithuaniens furent également empoisonnés par la fausse-o ronge.

Les effets qu’elle produit sur les habitants du Kamtschatka n’attestent pas moins ses principes virulents, puisqu’une certaine dose suffit pour provoquer un état d’ivresse et. même un délire furieux. Suivant Krascheminikow (A Tatural History of Kamtschtka ), certains magnats préparent avec ce champignon une liqueur excitante, qui les jette dans un état d’ivresse accompagné de délire et d’une joie insolite. Gmelin et Pallasont aussi constaté sa propriété enivrante.

Le professeur Yauquelin a obtenu de la fausse-oronge , par l’analyse chimique , plusieurs sels et une substance grasse dans laquelle réside son action vénéneuse. On a fait

des expériences sur les animaux , et notamment sur les chiens et les chats, pour connaître ses effets délétères. En général ces animaux succombent au bout de dix ou douze heures, s’ils ne sont pas secourus. Bulliard remarque que les chiens éprouvent des douleurs plus vives que les chats. Le docteur Paulet avait empoisonné un chien de moyenne taille avec trois de ces champignons. Le poison avait déjà provoqué, au bout de dix ou douze heures, des spasmes, des tremblements , beaucoup de faiblesse , et , quelques heures plus tard , un état de stupeur. L’animal fut sauvé à l’aide de trois grains de tartre émétique et d’un peu d’huile d’olive qui lui firent rejeter les champignons.

Les expériences que j’ai tentées moi-même sur des chiens ont produit des effets à peu près semblables. Un de ces animaux a vomi une pâtée empoisonnée que je lui avais fait prendre , après avoir éprouvé une sorte de vertige avec des mouvements convulsifs, et il s’est promptement rétabli. Un autre, qui n’avait point rejeté le poison, est tombé dans un état de stupeur et de faiblesse , qui s’est terminé par la mort. Les vaisseaux du cerveau étaient gorgés de sang et les tuniques de l’estomac légèrement enflammées.

Le docteur Pouget a donné en ma présence à un chien d’assez forte taille plusieurs de ces champignons. Cet animal n’en a été que médiocrement affecté ; mais il avait déjà résisté à quelques autres épreuves de cette nature. Ce n’est pas la première fois que nous avons trouvé des animaux dont l’organisation s’est montrée réfractaire à l’activité des poisons, à moins qu’on ne leur en donnât des doses considérables.

La fausse-oronge produit les mêmes effets sur l’homme , ainsi que le prouvent les observations suivantes.

PREMIERE OBSERVATION

M. Imbert , ancien officier de cavalerie , avait cueilli clans le bois de Meudon , pendant l’automne de 1813, des champignons mouchetés qu’il avait pris pour des oronges. En rentrant chez lui , il se fit préparer un plat assez copieux de ces champignons , qu’il mangea en grande partie. Peu de temps après , il éprouva des nausées , des étourdissements et une si forte propension au sommeil , qu’il fut obligé de se jeter sur son lit.

Son domestique , qui l’avait quitté peu d’instants après son dîner pour aller faire quelques commissions , le trouva à son retour sans connaissance , et fit appeler du secours. M. ****, chirurgien , se contenta de lui appliquer un vésicatoire à la nuque. Ayant appris , à mon arrivée , qu’il avait mangé des champignons des bois, je demandai s’il en restait encore , et aussitôt on me fit voir une fausseoronge d’une grande dimension qu’on avait conservée pour le lendemain. Le malade avait le pouls extrêmement faible , le visage pâle , la respiration courte et la région de l’estomac très-distendue. Dans l’espace d’une heure , et à différentes reprises , je lui fis avaler avec une difficulté extrême quatre grains d’émétique dissous dans trois onces d’eau. Les dernières cuillerées provoquèrent enfin le vomissement , avec l’expulsion des champignons vénéneux presque entiers. Mais le malade retomba bientôt après dans un état comateux. On eut recours à une potion stimulante fortement éthérée, et on donna un lavement préparé avec une dissolution de six grains de tartrate antimonié de potasse et de six gros de sulfate de soude. On

appliqua des sinapismes , on frictionna les membres inférieurs avec un Uniment volatil camphré.

Le lendemain matin , à sept heures , même état d’insensibilité et d’affaissement. Deux larges vésicatoires furent appliqués à la partie intérieure des cuisses. On donna quelques cuillerées d’une potion composée de deux onces d’eau de menthe , d’autant d’acétate d’ammoniaque et d’une once et demie de sirop de limon. Vers midi , le malade avalait plus facilement , la stupeur était moins profonde. On continua la potion , et, à huit heures du soir, il avait repris l’usage des sens. Il s’établit dès lors une diarrhée que j’eus soin d’entretenir avec quelques lavements , et des boissons délayantes où l’on ajoutait un peu d’oxymel. Le malade éprouva néanmoins pendant quelques jours une sorte d’incohérence dans les idées qui se dissipa par un régime restaurant.

Il n’est pas douteux que l’acétate d’ammoniaque ne se soit montré très-efficace dans cet empoisonnement. Je suis persuadé que c’est un des moyens les plus énergiques et les plus salutaires dans les accidents produits par les poisons végétaux avec prostration des forces, surtout lorsque la matière vénéneuse a été éliminée du canal digestif. Les éléments qui constituent ce remède sont très-propres à ranimer l’action vitale et à combattre les principes délétères des poisons narcotiques.

DEUXIÈME OBSERVATION

Madame la princesse de Conti fut empoisonnée à Fontainebleau avec la fausse- oronge. Deux heures après le dîner, elle éprouva des envies de vomir, accompagnées de défaillances et d’anxiétés ; enfin , elle tomba dans un état

de stupeur et d’anéantissement qui fit craindre pour sa vie. Vingt-sept grains de tartre émétique , administrés dans la journée , n’avaient encore produit aucun effet , lorsque le suc de raifort , et surtout un lavement préparé avec une forte décoction de tabac , procurèrent l’évacuation entière des champignons. La princesse rendit beaucoup de sang par les selles ; sa convalescence fut longue. Le lait contribua beaucoup à son rétablissement.

Le docteur Paulet , à qui nous avons emprunté cette observation , a recueilli quelques autres faits sur l’action délétère de la fausse-oronge. Les symptômes s’y montrent pourtant avec moins d’intensité. Les vomitifs, l’eau tiède, les boissons miellées , etc. , ont suffi pour faire rejeter le poison.

TROISIÈME OBSERVATION

Vicat , dans son Traité clés plantes vénéneuses de la Suisse, parle de deux familles qui furent empoisonnées par le même champignon, et guéries également par l’émétique et l’eau miellée. Mais l’un de ces malades , âgé de soixante ans, fut comme frappé d’apoplexie. Depuis plusieurs heures , il était plongé dans un profond assoupissement. Après les premiers vomissements, il devint furieux , tout son corps était en convulsion. Lorsque le conduit alimentaire fut débarrassé des substances vénéneuses, deux vésicatoires contribuèrent à dissiper le délire qui avait duré environ vingt-quatre heures.

QUATRIÈME OBSERVATION

Une famille d’Orléans s’empoisonna en mangeant des fausses-oronges. On guérit les personnes malades en les

faisant vomir promptement. M. Dubois fait observer que les morceaux de champignon rejetés par l’effet du vomitif avaient singulièrement augmenté de volume ; mais il nous laisse ignorer les autres phénomènes qui avaient accompagné cet empoisonnement. (Dubois, Flore d’Orléans , pag. 163.)

CINQUIEME OBSERVATION

M. Dufour, médecin de Montargis , avait cueilli dans la forêt des oronges , des ceps et des coulemelles. Leur préparation consista à les dépouiller de leur peau et de leur pédicule , à les couper par tranches , et à les faire cuire dans leur jus, avec du beurre et des fines herbes sous le four de campagne. Ce plat fut mangé à dîner par ce médecin , sa femme , ses trois enfants et une domestique. Quelques heures après , celle-ci , qui avait mangé le plus de ces champignons , se plaignit d’étourdissements , de vertiges et d’un léger soulèvement d’estomac. La face était rouge et enflammée, l’œil saillant et vif, le pouls plein.

.La fille aînée de M. Dufour, âgée de douze ans, éprouva les mêmes accidents sans nausées. Une petite fille de dix-huit mois , qui n’avait mangé que du pain trempé de jus , s’endormit si profondément sur la table , qu’on ne put l’éveiller. On la mit au lit , où elle resta seize heures dans un sommeil si tranquille et si doux , qu’on ne crut pas devoir la troubler par des médicaments. Enfin elle s’éveilla en demandant du pain , sans avoir éprouvé d’autre mal qu’un sommeil intense et inaccoutumé. Le fils , âgé de onze ans , qui était sorti , éprouva un peu plus tard des étourdissements et une sorte d’ivresse.,

M. Dufour et sa femme ne furent nullement incommodés. Cependant tout le monde prit de l’émétique en lavage. Au vomitif, le docteur fit succéder une potion anti-spasmodique fortement éthérée , et le soir même la guérison fut complète.

Huit petits canards , qui avaient mangé les épluchures des champignons , moururent quelques heures après. Un gros canard eut des étourdissements ; il ne pouvait se tenir sur ses pattes, et il trébuchait comme s’il eût été ivre. On l’avait oublié pendant quelques heures, on le trouva mourant. On lui donna deux cuillerées de vin de Malaga avec du sucre et six gouttes d’éther; on l’enveloppa de fumier chaud , et le lendemain on le vit barboter dans la cour.

Le docteur Dufour observe qu’il n’y avait que deux oronges dans sa récolte , qu’il divisa en trois parts , et qu’elles entrèrent dans son lot. Deux personnes qui l’avaient accompagné mangèrent impunément leur portion. [Gazette de santé , 21 août 1812, n° 16.)

D’après les symptômes qui ont accompagné cet empoisonnement , il est très-probable qu’il a été causé par l’amanite mouchetée qu’on aura prise pour l’oronge. En effet, les fortes pluies peuvent enlever les débris du volva qui couvrent la fausse-oronge , et la faire ressembler en quelque sorte à l’espèce salubre ; il y a d’ailleurs une variété qui n’a point de verrues sur le chapeau. Il est donc essentiel d’examiner attentivement les autres caractères qui les distinguent. Le plus saillant et le moins équivoque est la couleur des lames qui est différente dans ces deux champignons. L’oronge a des lames couleur d’or; celles de l’agaric moucheté et de ses variétés sont constamment blanches.

SIXIÈME OBSERVATION

M. le docteur Yadrot a consigné dans sa dissertation inaugurale un empoisonnement produit, en Russie, par le même champignon , sur plusieurs soldats de l’armée française , qui succombèrent après avoir éprouvé des déchirements d’entrailles , une soif ardente , des suffocations , des sueurs froides, etc. La tunique interne du canal digestif était enflammée sur plusieurs points , et offrait des taches gangréneuses plus ou moins étendues.

SEPTIÈME OBSERVATION

M. Haüer, libraire de Saint-Pétersbourg, a été témoin, il y a quelques années , d’un empoisonnement produit par la fausse-oronge. Un jeune Kalmouk mangea dans une campagne, aux environs de Saint-Pétersbourg, la moitié seulement d’un de ces champignons qu’il venait de cueillir dans les bois. Deux heures après , il eut des nausées , des étourdissements suivis de délire et d’une faiblesse extrême. Enfin , il s’évanouit. On lui donna abondamment de l’eau chaude , puis du thé. Il rejeta le champignon , et peu à peu les symptômes se calmèrent. M. Haüer nous a communiqué ce fait tout nouvellement.

HUITIÈME OBSERVATION

Enfin, la fausse-oronge a empoisonné plusieurs personnes de Versailles dans les premiers jours d’octobre de l’année dernière (1840).

M. George, officier comptable à l’hôpital militaire de Versailles , avait cueilli de ces champignons dans les bois de Gonart. Madame George les prépara elle-même avec

de l’huile d’olive, du poivre et du sel, après les avoir lavés à plusieurs eaux et pressés dans un linge. Ce plat de champignons fut mangé à déjeuner par M. et madame George , par leur jeune demoiselle , et par M. Laurent , employé à l’hôpital militaire. La mère et la fille éprouvèrent, avant de quitter la table, un malaise général, des nausées , de l’oppression , des étourdissements , puis une sorte de défaillance. Quelques tasses de thé qu’on donna à madame George provoquèrent plusieurs vomissements, et l’expulsion d’une partie de la matière vénéneuse. La jeune personne eut des vomissements spontanés. Cependant elles éprouvaient encore des vertiges, de la faiblesse, de l’anxiété, et ces symptômes ne se dissipèrent qu’après l’usage ,d’une potion émétisée qui expulsa entièrement les champignons à moitié digérés.

M. George n’était encore que faiblement atteint. Il crut que le changement d’air pourrait lui faire du bien ; il sortit et fut prendre dans un café un petit verre d’eaude-vie , dans l’espoir que cette liqueur excitante lui ferait digérer les champignons. Mais , peu de temps après , il se trouva dans un tel état de faiblesse , qu’un de ses amis fut obligé de lui donner le bras , de le soutenir et de le reconduire à la maison. En arrivant , ses forces se raniment , sa tête s’exalte , et , livré à une joie insolite , il dit à madame George : « Tu es empoisonnée, ma femme! Eh bien ! je le suis aussi. Tant mieux ! Mourons ensemble , nous ne nous quitterons pas. » Passant ensuite de cette espèce de gaieté folle à une sorte d’enthousiasme pour Napoléon, il crie plusieurs fois : Vive l’empereur! Et puis, vo}'ant quelques champignons qu’on avait conservés, il devient furieux, il les jette à terre et les écrase sous ses

pieds. On lui donne de l’eau émétisée qui produit plusieurs vomissements. Enfin, des lavements huileux dans lesquels on a fait dissoudre plusieurs grains d’émétique provoquent d’abondantes évacuations , et les symptômes se calment peu à peu.

M. Laurent avait peu mangé de champignons. Il éprouva néanmoins quelques étourdissements, de la faiblesse , des nausées et des coliques. Il se guérit en prenant du thé , puis de l’eau émétisée.

M. George avait cueilli ces champignons , parce que M. Pernot, ancien maire de Vaugirard, lui avait dit qu’ils étaient de bonne qualité, et qu’il en faisait usage lui-même depuis long-temps. Mais M. Pernot, avant de les faire cuire , les passe à l’eau bouillante , et les fait macérer ensuite dans du vinaigre. Nul doute que le vinaigre ne s’empare des principes vénéneux de la fausse-oronge , ou qu’il n’affaiblisse du moins leur énergie ; c’est un moyen qu’on emploie en Russie , mais qui ne nous rassure pas entièrement ; et notre mycophile pourrait bien quelque jour être victime de son imprudence.

Madame George , excellente mère de famille , a écouté avec attention nos avertissements, et nous a bien promis de renoncer à ces mauvais champignons. Elle connaît parfaitement ceux qui viennent dans les pâturages, voilà ceux qu’elle peut manger sans risque.

Qu’on nous dise tant qu’on voudra que le maire de Vaugirard mange la fausse-oronge; que des gardes-du-corps s’en régalaient jadis dans da forêt de Saint-Germain, tout cela ne saurait détruire les faits que nous avons mis sous les yeux du lecteur. Nous lui conseillons de ne point s’en rapporter à des expériences , à des moyens de précaution

qui pourraient compromettre sa santé et même sa vie. Il verra encore , quelques pages plus bas , que le cardinal Caprara faillit périr à Fontainebleau pour avoir mangé un de ces champignons qu’il avait pris pour l’oronge si estimée en Italie.

Malgré les effets délétères de la fausse-oronge , on a cherché à l’introduire dans la matière médicale , et quelques médecins allemands ont cru trouver dans son action un nouveau remède contre l’épilepsie. (Gruner, Dissertaiio de virtutibus agarici muscarii.) On emploie ce champignon, préalablement desséché , sous la forme pulvérulente , à la dose d’un gros. On en saupoudre aussi les ulcères atoniques rebelles , et cette application a été quelquefois suivie d’heureux effets. Les champignons vénéneux , et particulièrement la fausse-oronge, peuvent bien, à raison de leurs propriétés excitantes , offrir de nouveaux moyens thérapeutiques ; mais les faits qu’on a recueillis jusqu’ici ne sont pas assez nombreux pour qu’on puisse déterminer d’une manière précise l’emploi de ces plantes délétères. Celui qui voudra se livrer à ce genre d’essais devra agir avec une extrême réserve.

AGARIC FULIGINEUX. AGAMCUS FUL1GINOSUS. N.

(PI. 20, Fig. 2.)

Cette espèce d’amanite , dont je ne trouve nulle part la description , s’élève à la hauteur de trois à quatre pouces sur un pédicule droit, blanc, épais, d’une grosseur à peu près égale partout, excepté à la base, qui est renflée en forme de bulbe. Le collier est éga'ement blan", très-long, rabattu et presque collé sur le pédicule. Le chapeau est

HISTOIRE t>ES CHAMPIGNONS

arrondi , convexe , régulier, de trois à quatre pouces de diamètre, un peu visqueux, luisant, d’une couleur presque noire ou fuligineuse, avec un reflet roussâtre, parsemé de verrues blanches , globuleuses , semblables à des gouttes de lait. Les feuillets sont d’un blanc pur, serrés et d’une longueur inégale.

La substance du chapeau est épaisse, ferme, blanche intérieurement , d’une couleur paille sous la peau ; elle a peu d’odeur : mais son goût , d’abord fade , douceâtre , puis un peu âcre, n’annonce point un champignon salubre, sans compter que celui-ci appartient à un groupe qui renferme un assez grand nombre d’espèces malfaisantes.

L’agaric fuligineux est assez rare. Je l’ai rencontré une ou deux fois dans mes excursions à Meudon, et une autre fois dans les taillis de Sainte -Geneviève. Il paraît se plaire dans les lieux frais et herbeux.

AGARIC DARTREUX. AGARICUS HERPETICUS. N.

Agaricus pantherinas. DC. FI. Fr. suppl. 559?

(PI. 20, Fig. 3.)

Ce champignon a un pédicule blanc , haut d’environ trois pouces , un peu aminci au sommet , plus épais et renflé en forme de bulbe à sa base , muni d’un anneau de la même couleur et dont les bords sont denticulés. Le chapeau est d’abord de forme hémisphérique , ensuite presque plane , large de deux à trois pouces , couleur de feuille morte ou d’un roux plus ou moins prononcé , strié sur les bords , -taché de petites écailles ou pellicules blanches , nombreuses , agglomérées sur toute sa surface , et qui lui donnent un aspect dartreux. Les feuillets sont mul-

tipliës , entremêlés de quelques feuillets plus courts et d’une couleur blanchâtre.

On trouve cette espèce d’amanite, en automne, au bord des bois. Je l’ai observée à Vilîe-d’Avray, non loin de l’étang. Sa chair est blanche , assez ferme ; mais elle n’a rien d’agréable au goût ni à l’odorat. On doit s’en défier.

AGARIC RUDE. AGARTCUS ASPER .

Agaricus asper. DC. Fl. Fr. 559. — Amanita aspera. Pers.

Syn. 256. — Agaricus verrucosus. Bull. Champ, t. 316.

On rencontre cette espèce ordinairement solitaire dans les endroits humides des bois, en été et en automne. Elle a un chapeau large d’environ trois pouces, épais, charnu, d’abord hémisphérique, ensuite un peu concave, d’un brun rougeâtre, couvert de plaques irrégulières, proéminentes, un peu farineuses , et doublé de feuillets nombreux , inégaux , d’un blanc de neige. Le pédicule est long de deux ou trois pouces , un peu renflé à sa base , d’un bistre rougeâtre, et muni d’un anneau de la même couleur que les feuillets.

Ce champignon a une chair blanche intérieurement, d’un rouge vineux à sa superficie, et d’un goût salé, styptique. Il est vénéneux.

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