AGARIC ORONGE. AGARICUS AURANTIACUS
Agaricus aurantiacus . Bull. 1. 120. DC. Fl. Fr. 562. — Amanila aurantiaca. Pers. Syn. 252. — Agaricus cœsareus. All. Fl. Pedem. 559. — Agaricus speciosus. Tourn. FI. de Toulouse, p. 2S6. — Fungus orbicularis aureus. Mich. G en. plant, p. 186. t. 77. f. 1.
(PI. 22, Fig. 1—4.)
Ce beau champignon, si renommé par son goût exquis, par son parfum délicat*, est d’une forme ovoïde et entièrement enveloppé d’une membrane blanche en sortant de terre ; mais bientôt son chapeau déchire le voile qui le couvre , et continue de grandir jusqu’à ce qu’il ait acquis quatre ou cinq pouces de diamètre. Ce chapeau est alors presque plane , orbiculaire , d’un jaune orangé , d’une teinte plus vive vers le centre , très-rarement taché par les débris du volva : sa surface est douce , unie partout ,
* L’oronge n'a pas une odeur bien prononcée , bien expansive , nous disait notre ami M. Dubosc ; mais, lorsqu’on la flaire avec le recueillement d’un vr%i mycophile , les nerfs olfactifs en sont délicieusement émus. Voilà l’impression que je reçois des oronges du Midi. Mais je doute qxie vos oronges de Fontainebleau soient pourvues de cet arôme enchanteur.
Il en est de même des mousserons de la France méridionale. Le mousseron printanier surtout ( agaricus albeilus ) exhale une odeur qui se répand au loin , et lorsque vous arrivez dans les prés , dans les friches où il végète , votre odorat en est embaumé. Vous ne l’avez pas vu encore , cherchez bien , vous allez le cueillir. Des mycophiles, des naturalistes confondent mal à propos ce mousseron des Pyrénées, du Languedoc et de la Provence avec quelques autres champignons qui exhalent une odeur de farine fraîchement moulue, et qui portent aussi, suivant les localités, le nom de mousserons. Vous pouvez manger ceux-ci sans crainte, ils sont agréables au goût, mais ne les comparez point aux mousserons de Saint- Sauveur , de Barèges, de Bagnères de Bigorre et de Perpignan (voyez la section des gymnopes).
On peut en dire autant de la boule de neige , variété du champignon de couche (agaricus eJulis). Elle exhale dans les hautes prairies une odeur musquée, un parfum agréable , pénétrant , que n’a point le champignon ordinaire.
excepté sur les bords, qui sont sensiblement rayés et quelquefois incisés. Les feuillets sont larges , épais, inégaux, sinués et d’un jaune d’or. Le pédicule , à peu près de la même couleur, est plein , bulbeux , haut de quatre à six pouces, entouré à sa partie supérieure d’un anneau jaune, large et rabattu.
On le trouve , vers la fin de l’été , dans les bois peu couverts , principalement dans les bois plantés de châtaigniers. Il abonde dans l’Europe australe, en Italie et en France. Je ne l’ai jamais observé aux environs de Paris , pas même dans la forêt de Fontainebleau , où Paulet dit l’avoir rencontré. Mais il est très-commun aux environs de Bordeaux et de Toulouse , dans les départements de la Charente , de la Dordogne , de la Haute-Yienne , de la Corrèze, de Lot-et-Garonne, du Tarn, de l’Aveyron, du Cantal, de l’Hérault, du Gard, du Rhône, de l’Ardèche, de l’Ariége , des Basses-Pyrénées , etc. On l’appelle , suivant les cantons , oronge, oronge vraie, irandja, dorade, jazeran , jaune d’œuf, mujolo, campairol, etc.; en Piémont, bole reale; à Florence, uovolo ordinario. Sa pulpe est teinte de jaune sous la peau, blanche intérieurement, et non de la couleur d’un abricot bien mûr, comme le dit Paulet. Nous avons observé maintes fois l’espèce qui croît dans le Midi ; elle est bien un peu jaune à la partie qui est en contact avec l’épiderme , mais sa substance intérieure est blanche. A l’appui de notre assertion , nous pouvons citer le témoignage de plusieurs de nos souscripteurs de la Dordogne et de la Haute-Yienne , de même qu’un tableau représentant huit oronges de tout âge, avec leurs couleurs naturelles, qu’a bien voulu nous envoyer le docteur Dieulafoy, l’un des plus savants médecins de Toulouse.
Nous possédons également un très -bel échantillon que M. Bordes a peint l’année dernière dans les bois des environs de Tours. Il a les mêmes nuances que l’oronge du Midi.
On regarde l’agaric oronge comme le plus fin , le plus délicat des champignons. Il était connu chez les Romains sous le nom de boletus. Les Grecs l’appelaient bolites et le préféraient aux autres champignons. Leur amanite était le cep que Galien place au second rang. Apicius, le plus fameux gastronome de l’antiquité, ou, comme l’appelle Pline, nepotum omnium aliissimus gurges , a tracé avec détail le mode de sa préparation. Horace , Sénèque , Juvénal , Pline , Martial , Suétone en font mention sous le nom de boletus , Cicéron sous celui d 'elvella , comme on le voit dans différents passages de leurs écrits. Juvénal en parle comme d’un mets recherché que les riches faisaient placer devant eux , tandis qu’on servait de mauvais champignons aux parasites qu’ils voulaient bien admettre à leur table.
Vilibus ancipiles fungi ponenlur amicis ,
Boletus domino.
(Sat. v.)
Mais c’est surtout Néron qui a rendu ce champignon célèbre ; il l’appelait cibus cleorum , mets des dieux. L’empereur Claude avait été empoisonné avec un plat d’oronges qu’il aimait passionnément; on avait fait son apothéose, et Néron avait pris les rênes de l’empire. Au reste , il paraît que Locuste et Agrippine avaient présidé à la préparation de ces oronges , où on avait introduit du poison, suivant le témoignage de Suétone : Boleti medicati L’histoire accuse aussi le médecin Xénophon d’avoir hâté
la mort de Claude en enfonçant dans sa gorge une plume
enduite d’un poison plus violent.
Cette espèce a beaucoup de ressemblance, pour le port et pour la couleur du chapeau, avec la fausse-oronge [agaricus muscarius ) , dont nous avons donné , il n’y a qu’un instant , la description . Il faut bien se garder de confondre ces deux espèces si différentes par leurs qualités. Voici les principaux caractères qui les distinguent. L’une , la véritable oronge , a un volva ou une espèce de bourse qui la recouvre entièrement dans sa jeunesse ; l’autre a un volva incomplet. La première porte un chapeau d’un jaune orangé , uni , sans verrues. Le chapeau de la seconde est de couleur écarlate , plus ou moins moucheté de petites peaux blanches, écailleuses. L’oronge a un doux parfum, des lames couleur d’or, un pédicule jaunâtre. La fausseoronge exhale une odeur désagréable, et non pas une odeur de champignon , comme le dit Paulet ; ses lames sont blanches ainsi que le pédicule. Une de ses variétés a pourtant le chapeau dépourvu de verrues , et une autre le pédicule légèrement teint de jaune ; mais leurs feuillets sont blancs , et cette nuance ne varie jamais.
Examinez avec soin ces deux espèces de champignon si vous voulez éviter quelque funeste méprise. Le cardinal Caprara , grand amateur d’oronges , faillit s’empoisonner à Fontainebleau avec la fausse-oronge que son cuisinier avait cueillie dans la forêt.