‹ Histoire des champignons comestibles et vénéneuxChapitre 122 sur 171 · DANS LES BOIS DE MONTPELLIER · texte numérisé non relu

DANS LES BOIS DE MONTPELLIER

Ne cherchez point l’oronge aux environs de Paris, vous la trouveriez même à grand’peine dans la forêt de Fou-

tainebleau , aux environs d’Étampes et autres cantons où quelques naturalistes l’ont pourtant signalée. Mais si, par un beau jour de septembre , vous parcourez les coteaux de nos provinces du midi , vous la rencontrerez à chaque pas , à l’ombre des châtaigniers , et telle que je l’ai vue , avec sa coupole satinée , unie comme une glace , et toute resplendissante d’or et de pourpre. Vous admirerez aussi la douceur balsamique de l’air qu’on respire dans cette heureuse contrée , et la beauté du ciel , et cet horizon si pur, si vaporeux, et ces vallons dont les ombrages sont si frais , et ces pelouses embaumées du parfum de mille arbrisseaux divers. Courses champêtres, délicieux souvenirs de mes jeunes années , vous me charmez encore à l’automne de ma vie ! Et vous qui les embellissiez par votre présence , Xavier Pouzin , Mathet , Durand , Sainte-Colombe , camarades si aimables , si spirituels , si bons , où êtes-vous? Ah! c’est en vain que je vous appelle..... Au signal donné , nous partions avec l’aurore , le plaisir et l’espérance accompagnaient nos pas ; l’écho répétait ces refrains si gais , inspirés par la muse d’Occitanie , et , en quelques heures , nous avions déposé à notre halte le fruit abondant de nos recherches. Nous n’avions pas , comme les sénateurs romains , des couteaux à manche d’ambre pour éplucher nos champignons ; mais nous étions plus dispos que ces graves personnages, de plus belle humeur, et certainement de meilleur appétit.

Une table de sapin bien blanche, bien polie, dressée sous la voûte verdoyante d’un bouquet de chênes , recevait bientôt nos belles oronges cuites sur le gril , simplement arrosées d’huile, et saupoudrées de poivre et de sel. Le pain était savoureux , le vin bien limpide , et , au

milieu de quelques fruits succulents , dans un asile presque désert , où nous n’avions nul regret du passé , nulle inquiétude pour l’avenir , le café fumait sur l’autel de l’amitié.

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