AGARIC GRIS DE SOURIS. AGARICUS MURINUS. N
Cette espèce se fait remarquer par la grâce et l’élégance de son port. Son chapeau , de forme conique en sortant du volva, s’évase peu à peu, devient plane, ensuite légèrement concave ; mais le centre est toujours un peu mamelonné Sa surface est unie, satinée, d’un gris de souris ou d’un gris argenté, d’une teinte plus foncée au milieu, un peu striée sur les bords , et quelquefois tachée de quelques plaques ou pellicules blanches, irrégulières. Les feuillets sont trèsminces , presque égaux , entremêlés de quelques demifeuiliets, et d’un blanc mat. Le pédicule est de la même couleur, sans anneau, haut d’environ trois pouces, fistu-
leux, aminci au sommet, bulbeux à la base, où se montrent quelques fragments du volva.
On trouve ce champignon , en juillet et août , dans les lieux ombragés. Je l’ai observé dans les bois de Versailles et dans les allées du parc de la cour Roland. Il est peu charnu, d’une saveur fade, d’une odeur un peu nauséeuse. On doit s’en défier. Il a quelque affinité avec l’espèce suivante, qui est très-vénéneuse.
AGARIC CONIQUE. AGARICUS CONICUS.
Agavicus conicus. Picco. Mém. soc. méd. 5. icon.
Recouvert d’un volva mince et très -blanc en sortant de terre, ce champignon offre dans son développement un chapeau de forme toujours conique, d’une couleur gris de souris, satiné, garni en dessous de lames inégales en longueur, blanches ou d’un jaune pâle. Le pédicule est plein, blanchâtre , un peu courbé , long de quatre à cinq pouces , dépourvu d’anneau, renflé à sa base, où l’on remarque quelques débris du volva.
On trouve cette espèce en automne, au bord des chemins, particulièrement en Piémont. Elle a quelques traits de ressemblance avec notre agaricus murinus ; mais elle en diffère par la forme constamment conique du chapeau. Nous ne l’avons jamais rencontrée dans nos bois.
Le docteur Picco, médecin de Turin, a observé et parfaitement décrit ses effets délétères. Cette belle observation a été traduite de l’italien par le docteur Tournon, de Toulouse. Elle a également paru dans les Mémoires de la Société royale de médecine. Nous nous bornerons à en donner ici la partie la plus substantielle.
Une famille entière fut empoisonnée avec un plat de ces
champignons. Sur six individus, il en mourut quatre, après avoir éprouvé les plus horribles angoisses. On observa des douleurs gastriques plus ou moins aiguës, des vomissements de matières verdâtres , sanguinolentes , un spasme violent de tout le canal alimentaire, la rétraction des membres inférieurs, des suffocations , un état permanent d’anxiété, etc. Le délire et une espèce de léthargie vinrent mettre un terme à tant de souffrances.
Les quatre malades qui succombèrent n’avaient été soumis à aucun traitement. Deux seulement avaient pris de la thériaque de Venise , remède incendiaire , dont on a tant abusé anciennement dans les phlegmasies viscérales. Le docteur Picco parvint à sauver les deux autres par des vomitifs, des potions éthérées et des saignées générales. Mais leur convalescence fut longue et pénible. Une année après, ils n’étaient pas encore parfaitement rétablis.