PRODUITS PAR LES CHAMPIGNONS VENENEUX
L’empoisonnement qui résulte de l’usage de ces plantes offre des symptômes dont le nombre et l’intensité varient , suivant les espèces et leur mode d’action sur l’organisme. Tantôt la présence du poison se manifeste par une anxiété générale , des nausées , et le resserrement spasmodique de la gorge; par des étourdissements, des vertiges, une sorte de somnolence ou de stupeur, et autres signes propres aux substances narcotiques : tantôt les douleurs aiguës du canal alimentaire , les tranchées , les vomissements répétés , opiniâtres, les déjections copieuses, noirâtres, quelquefois sanguinolentes , le météorisme , les crampes , etc. , signalent les qualités âcres du poison. Dans d’autres circonstances, les champignons agissent à la fois ou alternativement par leurs principes corrosifs et narcotiques ; cette
HJSTOIJW: DES CHAMPIGNONS
double agression a lieu après l’usage des amanites vénéneuses , de quelques espèces d’agarics ou de bolets. Alors éclatent les signes les plus variés et les plus graves : on éprouve une sorte de déchirement dans les entrailles , une soif ardente, des suffocations, une agitation extrême, une constipation invincible ou un violent choléra-morbus. A ces symptômes se réunissent le hoquet, le délire, des vertiges, des convulsions générales ou partielles, des défaillances; le pouls est concentré, convulsif, intermittent; le corps se couvre d’une sueur de glace ; les forces s’éteignent, et la mort vient enfin terminer cette série d’angoisses et de douleurs *.
Certains malades conservent toutes leurs facultés intellectuelles ; d’autres sont insensibles , plongés dans une stupeur profonde; d’autres sont en proie à un délire furieux , ont des visions fantastiques , des rêves effrayants. Un ami du docteur Rosa fut tout-à-coup saisi d’un délire frénétique ; il tenait les propos les plus extravagants , et se croyait au milieu des enfers. Après des tourments inexprimables, il vomit des champignons, et fut soulagé.
( Rosa , Saggio di osservazioni sopra aïcune malattie. ) Au reste , le tempérament , le climat , le sexe , l’âge , l’irritabilité individuelle , la quantité de poison , etc. , peuvent varier et modifier à l’infini cet appareil de symptômes.
L’action délétère des champignons se développe plus ou moins promptement, suivant les espèces dont on a fait usage. Quelquefois on éprouve les premiers effets du
* Les champignons vénéneux ont beaucoup d’analogie avec plusieurs familles de plantes délétères, telles que les renoncules, les ombellifères, les solanées, etc. Voyez notre Phy Lographie médicale, ou Histoire des substances héroïques et des poisons tirés du règne végétal, nouv. édit., Paris, 1835.
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poison immédiatement ou peu de temps après le repas, le plus souvent au bout de cinq ou six heures ; quelquefois aussi la plus grande partie de la nuit se passe sans orage, et le sommeil est aussi tranquille qu’à l’ordinaire. C’est ainsi que l’agaric bulbeux et ses variétés ne donnent ordinairement des marques sensibles de leur activité vénéneuse que dix ou douze heures après leur ingestion.
D’après les phénomènes physiologiques que nous venons d’énumérer, on voit que la plupart des champignons vénéneux réunissent l’âcreté des substances irritantes à l’énergie des poisons stupéfiants ; qu’ils enflamment les tissus gastriques, en même temps qu’ils attaquent le système nerveux, dont ils pervertissent les fonctions. Heureusement les espèces qui passent pour être malfaisantes ne produisent pas toujours des .symptômes aussi graves , et les accidents qu’on éprouve se bornent quelquefois à une sorte de malaise , à un peu de faiblesse et d’engourdissement qui se dissipent lorsque la digestion est terminée. Mais aussi que les hommes assez téméraires pour faire usage sans distinction de toutes les espèces qui se rencontrent sous leurs pas sachent bien qu’il en est dont le principe vireux est tellement subtil , qu’elles donnent la mort en quelques heures , si l’on n’est secouru d’une manière prompte et efficace *.
Parmi les altérations organiques que nous révèle l’autopsie, à la suite de l’empoisonnement par les champignons, on remarque une inflammation plus ou moins profonde des
* Un célèbre naturaliste, M. Bory de Saint-Vincent, me disait , il y a quelques années, qu’il mangeait indifféremment de toutes les espèces de champignons, et qu'il n’en redoutait nullement les mauvais effets. Je doute qu’il parlât sérieusement. Quoi qu’il en soit , je ne pense pas qu’il ait fait ses expériences avec un ragoût de russules caustiques ou d’amanites bulbeuses.
tuniques du canal alimentaire, des taches noirâtres ou d’un rouge livide, des érosions , des eschares gangréneuses sur différents points de l’estomac et des intestins. L’épiploon , le mésentère , la rate , le foie , la vessie , etc. , sont plus ou moins phlogosés. Les poumons sont quelquefois parsemés de taches bleuâtres et gorgés d’un sang noir. Les membranes et les ventricules du cerveau sont aussi enflammés ; les vaisseaux qui s’y distribuent sont injectés , et offrent , lorsqu’on les incise , des gouttelettes de sang , comme on le voit chez les sujets morts d’apoplexie.
On observe à l’extérieur, principalement à la région lombaire , des vergetures , des plaques brunes ou livides ; la face est plus ou moins bouffie, de couleur bleuâtre; l’abdomen offre parfois une intumescence horrible par les gaz fétides qui remplissent le tube intestinal.