‹ Histoire des champignons comestibles et vénéneuxChapitre 34 sur 171 · POLYPORE. POLYPORUS · texte numérisé non relu

POLYPORE. POLYPORUS

Chapeau sessile ou pédiculé, latéral ou central, parfois multiplié et rameux. Tubes réunis et soudés avec la substance du chapeau.

* CHATEAU SESSILE.

POLYPORE ODORANT. POLYPORÜS SUAVEOLENS.

Polyporus suaveoîeng. Fries. Syst. mycol. 1. p. 566. Chev. FL Par. 1. p. 25T. — Bolelus svaveolens. Pers. Syn. 550. Sowerb. Füng. t. 228, Ekslin. Dissert. de Bol. sitaveol. icon.

Cette espèce se fait remarquer par sa blancheur et par l’odeur suave qu’elle exhale. Elle est sessile , épaisse, semi-orbi cul aire , un peu sinuée en ses bords , dénuée de zones et légèrement tomenteuse à sa surface. Ses tubes sont irréguliers , arrondis ou anguleux , assez grands et teints d’une couleur roussâtre. Elle croît, en automne, sur les vieux troncs de saule, et particulièrement sur le saule blanc, le saule fragile, le saule amandier. On la trouve en France, en Allemagne, en Suède, en Russie, en Angleterre. Linné l’a également observée en Laponie, où elle est très-recherchée par les jeunes gens qui ne connaissent pas de parfum plus agréable lorsqu’ils vont faire la cour à leurs maîtresses. « O Vénus ! s’écrie Linné , loi à qui sufn fisent à peine, dans d’autres pays , les diamants, l’or, » la pourpre , les concerts , les spectacles, ici tu es satis- » faite d’un simple champignon ! »

Le polypore odorant est d’une consistance molle , un peu coriace ; son parenchyme est d’un blanc de lait. Il faut le cueillir vers la fin de l’automne ou pendant l’hiver. Lorsque les chaleurs se font sentir, il ne tarde pas à être dévoré par les insectes, et il se décompose au point que, vers le mois de juillet , il en reste à peine quelques vestiges. 11 exhale, lorsqu’il est récent, une odeur douce ,

aromatique, semblable à celle de l’iris de Florence ou de la \iolette. Sa saveur est acidulé, un peu amère. Ces deux principes dominent dans quelques individus, d’autres n’offrent aucune saveur bien sensible, d’après la remarque du docteur Enslin , qui a publié une savante dissertation sur les propriétés de cette espèce de champignon.

Frischmann , chimiste d’Erlang , qui a procédé à son analyse, en a obtenu : 1° une eau distillée odorante, un peu nauséeuse , et d’une légère amertume , sans' aucune trace d’huile volatile; 2° une liqueur d’un beau rouge, un peu acide , d’une odeur de suie ; une huile empyreumatique noire , fétide , et une concrétion sulfureuse ; 3° un extrait aqueux inodore , d’une saveur amarescente , un peu salée ; 4° un extrait alcoolique plus salé , plus amer, et surtout beaucoup plus odorant que l’extrait aqueux; 5° un sel cristallisé , d’une saveur analogue à celle du sulfate de potasse , de la chaux , une terre siliceuse et quelques parties de fer.

Cette substance , beaucoup plus douce que le bolet du mélèze , paraît se recommander à l’attention des médecins par sa qualité balsamique et légèrement excitante. On l’employait déjà au dix-septième siècle dans les affections graves du poumon. Sartorius et Boeder en font l’éloge dans la phthisie avancée. Le docteur Enslin en parle comme d’un médicament administré avec beaucoup de succès à Erlang , par les professeurs Schinidel et Wendt , et il a recueilli lui-même plusieurs faits du plus grand intérêt. Comme la monographie où il les a consignées est peu connue en France , quelques-uns de nos lecteurs seront sans doute bien aises d’en trouver ici une exacte analyse.

PREMIÈRE OBSERVATION

Un jeune homme âgé de vingt-un ans est pris d’une toux sèche avec crachement de sang, après s’être exposé à l’air par un temps froid et humide ; c’était au commencement de l’automne. On calme l'hémoptysie au moyen d’une saignée et de quelques adoucissants. Cependant la toux persiste pendant tout l’hiver, avec une expectoration de matières muqueuses , mêlées de temps en temps d’un peu de çang. Au commencement du printemps , les crachats, devenus verdâtres, exhalent une odeur désagréable. Le malade est consumé par la fièvre, et dépérit sensiblement. Point de sommeil , inappétence , sueurs copieuses , chute des forces , intumescence des pieds , avec diarrhée. C’est dans cet état que le malade réclama les soins du docteur Enslin , qui le mit de suite à l’usage d’un électuaire préparé avec la poudre de polypore odorant et le miel , à la dose d’une petite cuillerée quatre fois par jour. Ce remède produisit de si heureux effets , que les sueurs ainsi que la toux diminuèrent sensiblement. Les crachats étaient néanmoins toujours les mêmes ; le traitement fut continué pendant plusieurs mois , et le malade en obtint une guérison parfaite.

DEUXIÈME OBSERVATION

Un homme âgé de trente-six ans éprouve plusieurs accès de fièvre , un mois avant la mort de sa femme , qui était phthisique. Présumant qu’il est atteint d’une fièvre intermittente , il avale du poivre délayé dans de l’eau-devie. Son état maladif empire , et le force à garder le lit. La fièvre prend le caractère d’une intermittente quoti-

dienne , et , dans un très-court espace de temps , les forces du malade s’épuisent. Une toux vive , des crachats d’une odeur désagréable , une continuelle insomnie , la perte totale de l’appétit, l’enflure des pieds, la diarrhée, la prostration des forces , duraient depuis trois mois , et ne laissaient presque plus d’espoir de guérison. On passe sous silence une foule de remèdes tentés par le malade sans aucun succès , ou du moins avec peu de fruit. On eut recours au polypore odorant , et son action fut si promptement efficace , que , dans l’espace d’un mois , la fièvre avait déjà disparu. La toux et l’expectoration cédèrent en même temps , l’enflure des pieds un peu plus tard.

TROISIÈME OBSERVATION

Le malade qui fait le sujet de cette troisième observation était âgé de trente-deux ans. Il devint phthisique après avoir éprouvé pendant long-temps des douleurs de poitrine, de la fièvre, des anxiétés, une toux sèche, une saveur de sang inhérente à la gorge , quelquefois un peu acide, et se manifestant après les repas. Pendant les progrès de la maladie, la fièvre s’exaspéra de plus en plus, l’expectoration devint rougeâtre, de couleur de brique. A ces symptômes déjà très-graves se joignirent une respiration difficile , une toux opiniâtre , la perte totale du sommeil , un amaigrissement extrême , la faiblesse et la raucité de la voix , enfin des crachats purulents.

L’usage du lait de chèvre et du quinquina avait produit de bons effets au commencement de la maladie ; la fièvre avait diminué sensiblement , les crachats étaient moins mauvais , et ce goût acide inhérent au gosier, qui avait beaucoup tourmenté le malade, n’existait déjà plus. Tou-

tefois , l’enrouement avait résisté à ces remèdes , et la fièvre ayant bientôt reparu avec plus de violence, le malade fut contraint de garder le lit. Les crachats devinrent très-visqueux; l’expectoration était très-difficile. On substitua le lichen d’Islande à l’écorce du Pérou. Il y -eut d’abord une légère amélioration, qui ne se soutint pas, et l’on eut recours à de nouveaux moyens. De petites doses de myrrhe et de sucre contribuèrent à rendre l’expectoration plus facile ; le malade fut mis en outre à l’usage d’un électuaire préparé avec la racine de grande consoude, le lichen pulmonaire , le quinquina , le polypore odorant et le sirop de gomme ammoniaque. Ce traitement ayant singulièrement modéré la fièvre hectique , on administra une poudre composée de polypore odorant et de sucre de lait , par parties égales , à la dose d’un scrupule quatre fois par jour. L’usage de cette poudre fut continué pendant plusieurs mois , et suivi d’un succès complet.

Ces trois observations , recueillies par un homme instruit , m’ont paru devoir fixer l’attention des médecins. Dans les deux premières , le polypore odorant a eu à lui seul les honneurs de la cure , et l’on doit le considérer dans la troisième comme un puissant auxiliaire. Malgré le peu de confiance qu’on accorde maintenant à beaucoup de remèdes prônés jadis avec un enthousiasme ridicule, ne pourrait-on pas tenter de nouvelles expériences lorsqu’il s’agit d’une maladie si cruelle , qui exerce principalement ses ravages sur la plus belle portion de l’espèce humaine , et l’entraîne dans la tombe au printemps de la vie?

On administre le polypore odorant en poudre , qu’on mêle avec du sucre , ou qu’on incorpore avec du miel , sous la forme d’électuaire. La dose est d’un scrupule à un

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gros , qu’on répète plusieurs fois par jour. L’emploi de ce médicament ne doit pas faire négliger les autres indications qui peuvent s’offrir dans le traitement de la phthisie pulmonaire. On le combine parfois d’une manière avantageuse avec l’écorce du Pérou.

Le dcedalea suaveolens de Persoon ( Boleius suaveo'ens. Bull.) croît également sur les vieux saules , et paraît jouir des mêmes propriétés.’ Il se distingue de notre polypore par son chapeau roussâtre, plus ou moins zoné, et par une odeur d’anis très-pénétrante qu’il conserve long-temps. Au reste , l’un et l’autre , dans leur état de fraîcheur, nous paraissent d’une qualité suspecte ; leur tissu coriace les rend d’ailleurs peu propres à servir d’aliment.

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