FAIT PAR M. DE 3MIRBEL
enseignement d’une utilité réelle. Là se trouvent encore de bonnes expériences, une sage critique et des faits d’application que la science aurait grand tort de ne pas livrer à tous. Peutêtre même le seul moyen de les mettre en circulation était - il de les présenter comme l’a fait M. Roques. Il s’attache à détruire des préjugés, des erreurs sur l’usage diététique des champignons; il appelle l’attention sur plusieurs excellentes espèces qu’on néglige ; il s’applique à en réhabiliter d’autres qui , faute d’avoir été bien étudiées, passent pour nuisibles; enfin il indique aux pam res habitants des campagnes, qui trouvent dans les champignons une ressource précieuse, surtout en temps de disette, les préparations les plus économiques, les plus simples et les plus faciles.
L’ouvrage contient vingt-quatre belles planches coloriées, qui ne sont pas inférieures, comme travail d’art et de science, à ce qu’on a publié de plus parfait en ce genre. Quelque exactes et claires que soient les descriptions du naturaliste, on conçoit très-bien qu’elles deviennent encore plus intelligibles par les peintures fidèles qui les accompagnent.
En résumé, M. Roques a fait un bon livre, un livre savant, utile, et par cela même intéressant: ce n’est pas, ce me semble, un grand mal qu’il fait rendu attrayant.
Mirbel.
PRÉFACE
DE LA DEUXIÈME ÉDITION-
La première édition, publiée en 1832, a été rapidement épuisée. Malgré ce succès , nous ne croyons pas avoir fait un excellent livre , nous reconnaissons au contraire combien il est imparfait. Cependant son utilité a été généralement sentie , et depuis long-temps on nous demande une nouvelle édition. Encouragé par l’honorable suffrage de MM. de Mirbel, Desfontaines, Geoffroy-Saint- Ilil aire, Gaudichaud* et autres célèbres natura-
* M. Gaudichaud, membre de l’Institut, connu dans le monde savant par ses travaux de physiologie végétale , après avoir examiné notre Histoire des Champignons > s’est exprimé de la manière suivante :
« J’ai lu avec intérêt , et je puis dire avec plaisir, l’ouvrage intitulé : Histoire des Champignons comestibles et vénéneux , par M. le docteur Roques. Ce travail important décèle à la fois le savant botaniste, l’habile médecin, et, plus que tout cela, l’homme de bien, le philanthrope. Il est fait en conscience , et remarquable surtout par l’ordre parfait qui règne dans ses articles, par l’élégante simplicité de ses descriptions et de leurs détails. Il est rempli d’observations utiles, souvent neuves , résultant des recherches propres à l'auteur, ou de
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listes, nous avons continué nos recherches, afin de rendre notre travail plus complet , plus digne de l i faveur publique.
Nous aimons à citer ici des médecins et des littérateurs distingués dont l’approbation a également contribué au succès de notre ouvrage. Parmi les médecins français ou étrangers , nous sommes beu ceux de pouvoir compter MM. Broussais, Cayol, Pariset, Double, Iloyer-Collard, Bousquet, Bourdon , Jules Guérin , Réveillé-Parise , Miquel, Fusler, Sandras, Dupau , Ségalas , Gaubert, Grimaud de Caux, Pouget, Brierre de Boismont, Dubois d’Amiens, Cottereau , Levavasseur , Gillet de Grammont, Fabre, Pagès, Muller, Larber, Delle Chiase, Dunglison, etc. Ce livre a reçu un accueil non moins honorable à Montpellier , où MM. les professeurs Lordat, Dubreuil , Delille, Dunal, Amador, Kuhnholtz, etc., se sont empressés de le recommander à leurs élèves.
Nous devons aussi de la reconnaissance à M. Charles Nodier, dont les éloges et les encou-
renseignemenls qu’il a puisés dans les meilleurs traités de mycologie français et étrangers.
L’atlas est au-dessus des éloges qu’on pourrait en faire. Il se compose de vingt-quatre planches et de cent à cent vingt figures représentant soixante espèces ou variétés très-distinctes de champignons. On peut dire de ces peintures quelles sont belles et vraies comme la nature » Charles Gaudichaijd.
(Extrait des Annales de la médecine physiologique, par M. le professeur Broussais.)
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ragements nous ont été si utiles. Cet aimable et savant académicien n’avait jamais mangé de champignons des bois. « Je ne craindrais pourtant pas, disait-il, d’en manger si M. Roques les avait cueillis, et je me fierais volontiers à ses études consciencieuses. » M. Loève Veimars parcourait les bois des environs de Provins pour nous soumettre quelques espèces usuelles dans le pays, et particulièrement le bolet orangé, qu’on y mange sous le nom d 'oronge. Pourrions-nous oublier ici M. Frédéric Fayot, qui nous a donné tant de preuves d’amitié et de bienveillance , soit dans nos relations intimes , soit dans ses écrits.
Dans la plupart des journaux scientifiques ou littéraires , nous avons trouvé la même bienveillance , et, si nous ne craignions de nous compromettre avec quelques graves personnages, nous passerions tout bonnement de la science et de la littérature a la cuisine, où nous avons été fort bien , et même trop bien traité. Nous parlerions d’un homme célèbre , d’un artiste incomparable, enlevé si jeune encore, et au milieu de sa gloire, au monde friand. Tous les hommes de goût font déjà nommé, c’est Carême, le cuisinier des empereurs, des rois, et des grands financiers de l’Europe, qui sont aussi des rois. Ce bon Carême voulait faire passer notre nom à la postérité ! Il nous avait associé à MM. Broussais, Rossini et Boïeldieu. « Voyez, s’écriait-il, les grands musiciens,
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les savants médecins ! ils sont tous gastronomes ; témoins Rossini et Boïeldieu, Broussais et Joseph Roques. » ( Gastronomie du dix-neuvième Siècle . »
Nous nommerions également Grimod de la Reynière et le marquis de Cussy, qui avaient voulu nous enrôler sous leur dr-apeau , nous homme rustique , courant les bois , et dînant sans façon sous la treille du hameau, lorsque notre estomac en révolte nous crie : Arrête, tu n’iras pas plus loin. L’impitoyable mort les a aussi ravis à leurs admirateurs; mais la renommée dira partout les grandes choses qu’ils ont faites pour le perfectionnement de l’art , et quelque plume plus habile que la nôtre nous conservera leurs savantes doctrines, leurs traditions, leurs bons mots, surtout leurs bonnes recettes. Nous combattions pourtant leur hygiène, leur manière de vivre un peu trop mondaine ; ils nous aimaient, ils ne s’en offensaient point, et plus d’une fois ils ont suivi nos leçons de tempérance.
Revenons à notre deuxième édition. Enfin, notre langage a été compris, et nos vœux sont exaucés. Depuis la publication de notre livre, médecins, naturalistes, propriétaires ruraux, cultivateurs, le pauvre , le riche , l’ouvrier, l’artiste, le curé de village , ont parcouru les bois pour y cueillir des champignons. Des magistrats , des militaires en retraite, se sont fait un plaisir de nous suivre dans nos courses pour apprendre à connaître une famille de plantes dont on a dit tant
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de bien et tant de mal. La, sur la mousse , a l’ombre des châtaigniers et des chênes, tous les champignons étaient observés, sévèrement contrôlés, d’après leurs caractères essentiels, leur couleur, leur goût, leur parfum; et les espèces réputées comestibles n’étaient admises qu après leur rigoureux examen.
Nous avons sous les yeux des lettres de médecins , de maires , de curés , qui nous apprennent que notre travail a été fort utile dans plusieurs cantons où le riche et le pauvre se nourrissent de ceps, de mousserons, de clavaires, d’oronges, etc. Aux environs de Versailles, où notre ouvrage a été très-répandu , presque tout le monde mange des champignons. Parmi les mycophiles les plus zélés, nous comptons M. de Reboul, ancien magistrat; MM. les docteurs Navarre, Pénard, Vitry, Braillard, Mora ; M. Lefebvre, pharmacien; MM. Charbonneau, Vuel et Portier, libraires; M. Douchain , architecte; M. Kersalaun , ancien colonel d’infanterie ; M. le comte de Jousselin; M. Jourdain, inspecteur des forêts ; enfin nos bons et honorables amis M. de Germonville et M. de Louvain.
Des Parisiens ont fait exprès le voyage de Versailles pour y subir l'initiation mycologique *.
Nous conservons ce mot employé par M. de La Reynière , qui hésitait à manger des champignons des bois. « Docteur, prenez garde! vous voulez absolument me faire subir l'initiation mycologique , vous