BOLET MARBRÉ. BOLETUS MARMOREUS. N
(PL 6, Fig. 1 et 2.)
Cette belle espèce ne vient pas dans les bois des environs de Paris. Elle n’a été ni figurée ni décrite dans aucun ouvrage. Nous ne pensons pas qu’on puisse la rapporter comme variété à l’espèce suivante, bien qu’elle soit pourvue comme elle de pores d’un rouge de sang. Son chapeau est charnu, très-épais, un peu voûté, large d’environ quatre pouces, d’un fauve clair, légèrement nuancé de rose , comme marbré au sommet , blanchâtre sur les bords , doublé de tubes étroits , allongés , d’un rouge intense à leur orifice. La tige est très-forte , cylindrique , haute de trois à quatre pouces et d’un rouge de carmin.
On trouve ce bolet , en automne , dans nos provinces méridionales. M. Bordes l’a récolté et peint dans la forêt de Verneuil (Indre-et-Loire). Sa chair est épaisse, un peu spongieuse , blanchâtre ; mais elle brunit aussitôt qu’on l’entame , surtout dans la partie qui avoisine le pédicule. On range ce champignon parmi les faux ceps ,‘ et ce n’est pas sans raison qu’on en redoute l’usage.
BOLET PERNICIEUX. BOLETVS PERmCIOSVS. N.
JJulelus luriih û. Purs. Syn. 502. Trattlx. Fung. t. 9. f. 17. — Bolelas rubeolarius. Bull. t. 100 et t. 4£0 I)C. Fl. Fr. 528. Desv. Fl. de l’Anjou. 6. — Su'llus rubeolarius. Foir. Encycl. met. 7. p. 500.
(PL 7, Fig. 1, 2 et 3.)
Cette espèce justifie parfaitement son nom par son aspect et sa qualité délétère. Elle porte le plus souvent un chapeau très-ample , creusé en voûte , épais , d’une couleur brune ou fauve , quelquefois d’un gris olivâtre ou d’un jaune livide. Les tubes sont allongés , égaux , jaunes intérieurement , d’un rouge de sang à leur orifice , quelquefois d’un rouge brun ou couleur de brique pilée , et quelquefois aussi d’une teinte jaunâtre. Le pédicule , ordinairement épais, renflé à sa base, est quelquefois aminci, haut de quatre à cinq pouces , jaune , rougeâtre , ou marqué dans toute sa longueur de stries de couleur amarante , filandreux , spongieux , jaunâtre intérieurement.
On rencontre fréquemment ce champignon dans tous les bois. Il varie dans ses dimensions et dans la nuance du chapeau. Les deux variétés les plus remarquables ont les pores d’un rouge vineux ou d’un jaune rougeâtre ; elles sont très-communes, en été et en automne, dans les bruyères , dans les allées et au bord des bois. Nous les avons souvent observées à côté du bo]et comestible , sur les gazons du parc de Saint-Cloud, clans les bois de Villed’Avray, de Meudon , de Verrières, etc. Il est d’autant plus essentiel de signaler ce rapprochement qu’on pourrait confondre ces espèces dont les qualités sont si différentes.
Le bolet pernicieux a du reste un caractère qui lui est propre , et qui annonce en général des qualités suspectes. La chair du chapeau est molle , visqueuse , naturellement jaune ; mais aussitôt qu’on l’entame ou qu’on la froisse , elle prend , ainsi que les tubes et le pédicule, une teinte grisâtre, verte, bleue, brune ou d’un noir de fumée. Elle exhale d’ailleurs une odeur forte , nauséeuse , analogue à celle du foie de soufre , et elle contient un principe résineux très-délétère. Dans quelques localités , on désigne ce bolet et ses variétés sous le nom de faux ceps , et on se donne bien de garde d’en faire usage. Paulet a donné à l’espèce principale le nom vulgaire d 'ognon de loup.
Le bolet tubéreux de Bulliarcl [bolet us iuberosus, t. 100) est pour quelques botanistes une simple variété qu’on peut manger sans inconvénient lorsqu’il est jeune. Bulliard dit même que ce champignon a un goût exquis , mais qu’il acquiert en vieillissant une amertume insupportable. Je conseille à tous les amateurs de champignons de n’en point faire l’épreuve, elle pourrait leur être funeste. Palisot de Beauvois a fait aussi l’éloge des qualités alimentaires de ce même champignon qu’il a pris pour une variété du bolet comestible ( boletus edulis ) ; mais il est aisé de voir qu’il a confondu deux espèces différentes. Le bolet comestible est bien pourvu d’un pédicule tubéreux , mais ni l’espèce principale ni ses variétés ne changent de couleur lorsqu’on entame leur substance. Palisot de Beauvois s’est montré naturaliste habile dans ses divers mémoires sur la mjTïologie ; mais il ne paraît pas avoir fait une étude assez suivie des champignons sous le rapport de leur usage diététique. Ici il attribue des qualités salubres à une espèce évidemment suspecte ; ailleurs , il range
parmi les champignons vénéneux une autre espèce qui fournit une nourriture saine et abondante.