Boletus subtoryentosus . Pers. Syn. 506. — Boletus
cupreus. Sh.eff. Fung. t. 153.
(PL 8, Fig. 4.)
Cette espèce varie beaucoup dans sa forme , sa couleur et ses dimensions. Son pédicule est cylindrique, fibreux, grêle ou épais , aminci ou renflé à sa base , d’une couleur jaune ou rougeâtre , quelquefois parsemé de lignes purpurines disposées en réseau. Son chapeau est arrondi , convexe , tomenteux ou glabre , tantôt fauve , tantôt d’un rouge brun ; sa surface avec l’âge se fend quelquefois en aréoles polygones , ce qui lui donne un aspect singulier. Les tubes sont d’un beau jaune , larges , irréguliers , trèsfaciles à détacher de la substance charnue , qui est mollasse , jaune, et prend une teinte grisâtre, verdâtre ou bleuâtre lorsqu’on l’entame. Quelquefois aussi ce changement de couleur n’a point lieu , ou du moins il est peu sensible.
Tous les bois des environs de Paris produisent abondamment le bolet chrysentère, depuis le mois de juillet jusqu’au mois d’octobre. On le trouve aussi dare nos départements méridionaux , où il acquiert de plus fortes dimensions ; ses tubes jaunes , très-dilatés , et sa tige ordinairement grêle, plus ou moins rougeâtre, ou de couleur lie de vin, le font distinguer aisément des véritables ceps.
Bien qu’il figure parmi les espèces comestibles dans quelques traités sur les champignons, nous pensons qu’il
est plus prudent de n’en pas faire usage ; d’ailleurs il n’a rien d’agréable au goût , et il se rapproche par ses caractères physiques de quelques champignons dont Paulet a constaté les effets délétères. Nous nous bornerons à mentionner ici \e pin au jaunâtre ou pain de loup , à chapeau d’un brun fauve , à tubes jaunes , larges ; le petit pinau jaune , dont le chapeau est également doublé de tubes larges et flavescents; enfin le cheviller roux brun , à chapeau couleur de feuille morte , à tubes anguleux , grands et d’un jaune verdâtre.
Toutes ces espèces changent plus ou moins de couleur aussitôt qu’on incise leur tissu. Les unes tourmentent les animaux , les autres ont donné la mort à des enfants , ont excité des douleurs viscérales, la cardialgie, le resserrement spasmodique de la gorge et la gangrène. Mais ces divers champignons , dont Paulet a donné une description incomplète , ne sont probablement que de simples variétés du bolet chrysentère.
Le bolet livide de Bulliard (t. 490. f. t.) a aussi beaucoup de rapport avec cette dernière espèce. Son chapeau est roussâtre ou d’un jaune livide , doublé de tubes trèscourts, égaux , jaunâtres et décurrents. On le trouve dans les bois humides et marécageux. Sa chair est d’une texture molle, spongieuse, d’un goût désagréable; elle verdit quand on l’entame.
Nous ne saurions assez le redire , on doit rejeter toutes les espèces de bolet dont la substance ne conserve point sa couleur primitive. Récoltées pour les véritables ceps , avec qui elles ont d’ailleurs quelques traits de ressemblance , elles donnent lieu à de nombreux empoisonnements dans les campagnes.
Les effets nuisibles de ces champignons étaient connus des anciens. Pline, qui leur donne le nom de suilli, recommande de se méfier de ceux qui ont une teinte livide. Le même auteur nous apprend qu’Annæus Sérénus, capitaine des gardes de Néron , périt avec tous ses convives pour avoir mangé des champignons vénéneux.