‹ Histoire des champignons comestibles et vénéneuxChapitre 6 sur 171 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

§ Ier. NATURE ET ORGANISATION DES CHAMPIGNONS.

Nous passerons sous silence les hypothèses des anciens, et les idées non moins singulières de quelques modernes sur l’origine des champignons. Suivant les naturalistes les plus distingués de nos jours , ces productions forment le premier anneau de la chaîne végétale ; et si elles paraissent s’éloigner de la plupart des autres plantes en ce qu’elles sont dépourvues de feuilles et de fleurs , elles s’en rapprochent du moins par leurs parties fructifères. Un champignon quelconque ne peut exister, dit Bulliard, s’il n’est le produit de la graine d’un individu de la même espèce , et ce qu’on appelle vulgairement blanc de champignon , n’est autre chose que sa graine agglutinée à divers corps*.

* L’Ecluse avait reconnu, un des premiers, l’existence des graines dans les champignons. Cette opinion a été embrassée par Micheli, Boccone , Battara, llill , Gleditsch, Schæffer, Adanson, Batsch , Bulliard, Hedwig, Palisot de Beauvois, Paulet et beaucoup d’autres botanistes modernes. Toutefois, Micheli et Bulliard ont admis des attributs mâles et femelles, ou une espèce de pollen analogue à celui des plantes staminifères , lequel , en fécondant les graines, opère la reproduction des champignons. Palisot de Bcauvois (Journal (le üol unique , t. n,

Les champignons croissent par intus-susception , ainsi que les autres plantes, et, comme elles, ils présentent souvent les phénomènes les plus marqués d’irritabilité. Chaque espèce reparaît dans les mêmes lieux , dans les mêmes saisons, avec les mêmes caractères. Quoique beaucoup plus simples dans leur composition générale, ils offrent néanmoins un appareil d’organes plus ou moins compliqué. Parmi leurs parties essentielles, on distingue la racine , le volva, l’anneau, la cortine, le pédicule, le chapeau, la membrane sporulifère et les sporules ou semences.

On appelle racine les fibrilles ou filets blanchâtres, déliés , au moyen desquels les champignons tiennent au sol et y puisent une partie des sucs qui doivent servir à leur nutrition.

Le volva est une espèce de bourse ou membrane ordinairement blanche et plus ou moins épaisse, qui tire son origine de l’extrémité inférieure du pied du champignon à qui elle appartient , qui enveloppe entièrement ou en partie son chapeau dans le premier âge , et dont on aperçoit presque toujours des vestiges , soit à la surface de celui-ci , soit à la base du pédicule. Les amanites de Persoon , les genres jrfialhi s et clathras sont pourvus d’un volva.

L’anneau , qu’on nomme aussi collet ou collier, est une enveloppe partielle qui recouvre d’abord toute la partie inférieure du chapeau , et s’en détache ensuite pour se ra-

p. 155) a cru également reconnaître des organes fe'condants dans la poussière des Vesseloups ; et, d’après son assertion , les véritables graines consistent dans une autre poussière plus fine et moins nombreuse qu’il a observée dans la membrane réticulaire qui forme la base de ees plantes. D'autres naturalistes pensent, et je partage ce sentiment avec M. Persoon, que les champignons sont des plantes aphrodites ou agames , qui se reproduisent tantôt par des gemmes ou bulbes , et tantôt par des sporules ou semences.

battre au sommet du pédicule, où elle forme une sorte de bourrelet annulaire On le trouve dans la section des amanites, clans un assez grand nombre d'agarics , et plus rarement dans les bolets.

On donne le nom de cortine à une espèce de voile mince et filamenteux comme une toile cVaraignce , qui s’étend également du sommet du pédicule aux bords du chapeau , et disparaît presque entièrement à la maturité du champignon. Cette membrane s’observe dans une section de la tribu des agaricées , qui porte le nom de cortinaire.

Le pédicule, que l’on appelle également pied ou tige , est la partie qui supporte le chapeau. Les champignons terrestres en sont rarement dépourvus , mais il manque souvent aux espèces parasites. Il est en général d’une forme cylindrique , quelquefois bulbeux ou renflé à sa base , plein ou fistuleux , sillonné ou lisse , nu ou couvert d’écailles, ordinairement central et droit, quelquefois excentrique ou latéral .

Le chapeau est la partie supérieure et principale d’un grand nombre d’agarics et de bolets; il varie singulièrement dans sa forme et dans sa consistance. Ordinairement il affecte la forme hémisphérique ; quelquefois il présente celle d’un parasol, d’une soucoupe, d’un entonnoir, ou celle d’un cône arrondi , d’une mitre, d’une massue, etc. Il est charnu ou coriace , parfois mince et transparent , glabre ou velu , lisse ou parsemé de papilles produites par l’épiderme qui se soulève sous la forme d’écailles imbriquées , et qu’il importe de ne pas confondre avec les verrues ou pellicules de certaines amanites.

La partie la plus essentielle des champignons est celle qui porte les organes reproducteurs. On l’appelle membrane

sporulifère , séminifère ou hyménium. A sa surface se trouvent les semences , soit nues , soit renfermées dans de petites vessies ou utricules. Cette membrane forme en se repliant les tubes ou pores des bolets , les lames ou feuillets des agarics , les veines ou nervures dicothomes des chanterelles. Elle est lisse dans les clavaires, les helvelles, hérissée de pointes ou aiguillons dans les hydnes. Sa couleur, rarement la même que celle du chapeau, devient plus foncée à la maturité des graines.

Les utricules qui composent l’hyménium , et qu’on désigne également sous le nom de thèques (asc?) , sont des corps sphériques ou ovales où sont renfermées les sporules. Leur finesse est extrême , et leur nombre quelquefois si considérable, que l’hyménium semble entièrement formé par leur réunion. Pour les bien observer, il suffit de placer la surface sporulifère sur une glace posée horizontalement. Après quelques heures, on voit la place couverte dune matière pulvérulente, entièrement composée d’utricuîes. Ce sont ces utricules qui font paraître pendant un certain temps la surface des hydnes , des clavaires , etc. , comme saupoudrée d’une farine glauque semblable à celle qu’on remarque dans les fruits.

Les sporules , que quelques botanistes appellent aussi gongyles , sont en général ovales ou arrondies , quelque fois de forme anguleuse. Observées au microscope, elles sont diaphanes , homogènes , ou divisées par des cloisons transversales très-déliées. Leur surface est enduite d’une humeur visqueuse , au moyen de laquelle elles s’attachent aux corps sur lesquels elles ont été lancées par les vents , à la maturité de la plante. Les pluies les précipitent également sur la terre , et si des circonstances favorables se-

condent leur développement , on voit bientôt de vastes surfaces couvertes de champignons. Ces graines varient, comme celles des autres végétaux, dans leur nombre, dans leur situation , leur insertion , leurs dimensions , leur couleur, etc. .Dans les pézizes, les helvelles, les morilles, elles sont ordinairement au nombre de huit dans chaque utricule, d’où elles s’échappent avec élasticité et sous forme de poussière fine. Quelquefois elles sont répandues sur tous les points de la surface du champignon (les clavaires), ou fixées à sa partie supérieure (les pézizes). Le plus souvent elles occupent la partie inférieure du chapeau (les agarics, les chanterelles, les bolets). Parfois aussi, dans la tribu des lycoperdonées , par exemple , elles sont renfermées dans une sorte de sac, et leur nombre est incalculable.

Les lycoperdons se distinguent par une enveloppe commune ou péridium , d’abord charnu , ferme , puis spongieux et rempli d’une poussière très-fine formée par les sporules. Cette poussière s’échappe en fusée lorsque le péridium se déchire à la maturité du champignon.

Les tubéracées , petite famille à laquelle appartiennent les truffes, offrent à leur intérieur de petites veines qui en font paraître la chair comme marbrée. Leurs réceptacles ne s’ouvrent point , mais ils renferment des sporanges séparés les uns des autres par des veinules que Fries prend pour un hyménium. Suivant Persoon, les sporules placées entre les veines sont transparentes et munies d’un court pédicelle.

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